Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

samedi 4 juillet 2009

Des chercheurs australiens détruisent les cellules cancéreuses avec un "Cheval de Troie"



Voici une nouvelle que je considère comme majeure et dont vous ne trouverez nulle trace dans la presse française.

Des chercheurs australiens ont mis au point une technique originale et efficace pour combattre le cancer.

Si la recherche contre le cancer est si difficile, c'est que les cellules cancéreuses sont très versatiles et réagissent à toute attaque. Parfois, si une chimiothérapie n'arrive pas à tout éliminer du premier coup, les cellules cancéreuses restantes mutent et deviennent résistantes au traitement. Une deuxième chimiothérapie sera alors beaucoup moins efficace.

Les chercheurs de EnGeneIC ont trouvé une astuce. Ils ont mis au point une nano-cellule, dérivée d'une bactérie, dont le rôle est de pénétrer les cellules cancéreuses et de les "désarmer". Cette nano-cellule, appelée EDV (EnGenelC Delivery Vehicle) s'attache à la cellule cancéreuse et la pénètre. Une fois à l'intérieur, elle libère des molécules d'acide ribonucléique, appelé siRNA, qui bloque la production des protéines avec lesquelles la cellule cancéreuse se défend contre la chimiothérapie.

C'est le "Cheval de Troie" qui rend les cellules cancéreuses sans défense.

On envoie alors une deuxième vague de nano-cellules EDV (EnGenelC Delivery Vehicle), qui vont ne pénétrer que les cellules cancéreuses (et pas les cellules saines), qui pénètre par la "porte" ouverte par la vague précédente, et qui une fois à l'intérieur vont libérer les agents chimiothérapeutiques qui vont tuer la cellule cancéreuse.

Je résume : on envoie d'abord un Cheval de Troie qui fait tomber les défenses. On envoie ensuite le traitement qui tue la cellule cancéreuse.

Superbe !

La beauté de cette technique c'est que :
(1) La chimiothérapie est ciblée sur les cellules cancéreuses, et que sur celles-là.
(2) Une fois les défenses tombées, on peut répéter le traitement chimiothérapeutique si nécessaire autant de fois que l'on veut. Les cellules cancéreuses sont sans défense.
(3) Le traitement est très "léger" comparé à la chimiothérapie classique, avec ses effets secondaires insupportables.

Les résultats des tests sur des souris, auxquelles on avait implanté un cancer humain hautement agressif et résistant aux traitements de chimiothérapie, ont été spectaculaires : au bout de 70 jours, toutes les souris traitées n'avaient plus aucune cellule cancéreuse. 100% de résultats positifs !

Toutefois, la méthode d'injection du cancer humain sous la peau des souris ne permet pas encore de conclure sur l'efficacité de ce traitement sur des métastases réparties dans tout le corps.

Ce traitement révolutionnaire va être testé sur des patients cancéreux de longue durée dans trois hôpitaux de Melbourne d'ici la fin de l'année.

Vatsala N Brahmbhatt, un des chercheurs d'EnGeneIC, a déclaré : "On veut contribuer à ce que le cancer puisse être géré comme une simple maladie chronique, au lieu d'être considéré comme un arrêt de mort."

En tous cas, je trouve l'idée remarquable, et, si ça marche vraiment, ça vaut un prix Nobel !

Pour en savoir plus :
1. Hi-tech 'Trojan horse' can kill cancer cells: researchers (AFP)
2. Australian scientists kill cancer cells with "trojan horse" (Reuters)
3. New Cancer Treatment Shows Promise in Testing (The New York Times)
4. Sequential treatment of drug-resistant tumors with targeted minicells containing siRNA or a cytotoxic drug (Nature)
5. EnGeneIC (site officiel)

Crédit photo : AFP

11 Comments:

Anonymous Grégoire said...

Merci Luc, c'est l'information de loin la plus intéressante que j'ai lue aujourd'hui, même si je n'ai pas vraiment compris comment le "cheval de Troie" parvenait à désactiver les défenses de la celulle cible. Espérons que ça n'est pas qu'une annonce de plus...

samedi, 04 juillet, 2009  
Blogger Bruno du grand sud est said...

Mais pourquoi donc ai-je du mal à y croire?

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Jack said...

Voici qui me rappelle furieusement le scénario du film Je suis une légende. La plupart des humains ont muté en loup-garous suite à un traitement "miraculeux" anticancer dont le vecteur était un virus génétiquement modifié...

Pour rester dans la SF le société EnGen est citée dans un autre film...mais lequel déjà ? Ah oui, Jurassic Park, mais c'est InGen, on y est presque...

L'article est totalement muet sur la manière dont ces bactéries vecteurs "reconnaissent" les cellules cancéreuse, car c'est bien le problème central des traitements anticancéreux ; trouver les cibles du traitement.
L'autre voie plus prometteuse encore serait le traitement qui empêche les erreurs de réplication : mais ne rêvons pas ce traitement là porte un nom, la vie éternelle!

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Luc said...

@ Grégoire :

Voilà comment ça marche.

On utilise une "nano-cell". C'est une structure sub micronique en polymère que EnGenelC a réussi à développer en utilisant la nanotechnologie, qui est une science qui est en train de faire des progrès fulgurants et dont on ne parle pas beaucoup dans la presse.

Cela fait quelques années que les plus grands centres de recherche travaillent sur les "nano-cells", particulièrement dans le but de combattre le cancer.

L'idée, c'est que cette structure artificielle microscopique agit comme un robot, un véhicule, (EnGenelC Delivery Vehicle) qui viendrait pénétrer la cellule cancéreuse pour y délivrer le produit qu'on veut. On met dans le "coffre" du véhicule sub micronique le produit qu'on veut administrer, et le robot fait le travail.

Je sais bien, comme le fait remarque Bruno, qu'on a du mal à y croire, et qu'on se croirait dans le film Le Voyage fantastique, mais c'est la réalité.

Le CNRS explique très bien ce dont il s'agit dans son article La vectorisation des médicaments.

Le prestigieux MIT avait déjà publier une communication en juillet 2005 expliquant leurs recherches pour concevoir une "nanocell" capable de délivrer des toxines anti-cancer directement dans la cellule cancéreuse (lire : MIT engineers an anti-cancer smart bomb).

EnGeneIC utilise à la base la même technique que celle développée en 2005 par le MIT, mais, grâce au "Cheval de Troie", il empêchent les cellules cancéreuses d'évoluer pour devenir plus résistantes au traitement de chimiothérapie ciblée.

C'est là la grosse astuce !

Alors, Grégoire, comment font-ils ? Eh bien, comme je l'ai écrit dans mon article :
- La nanocell pénètre dans la cellule cancéreuse, avec une charge de siRNA (Small interfering RNA), qui est de l'acide ribonucléique.
- Cet acide empêche la cellule cancéreuse de fabriquer les protéines avec lesquelles elle se défend contre la chimiothérapie. Elle devient donc vulnérable et sans défense.

L'opération cheval de Troie a alors parfaitement réussi : le pont-levis de la forteresse est abaissé et la cellule cancéreuse n'a plus aucune défense.

Alors on peut envoyer la deuxième nanocell, qui elle a dans son "coffre" la charge de toxines qui va tuer la cellule.

C'est cette fameuse étape du Cheval de Troie qui permet d'éradiquer toutes les cellules cancéreuses et qui est une vraie percée par rapport aux travaux du MIT.

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Luc said...

@ Jack : "L'article est totalement muet sur la manière dont ces bactéries vecteurs "reconnaissent" les cellules cancéreuse"

C'était compliqué sur un sujet aussi technique d'en parler en moins de trente lignes.

Pour comprendre comment les nano-vecteurs (nano-cells) reconnaissent les cellules cancéreuses par adressage moléculaire, le mieux c'est de regarder le petit film du CNRS visible ici en cliquant sur l'onglet "3ème génération".

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Luc said...

@ Jack : Voici le texte du commentaire du petit film du CNRS :

"Nanovecteurs de troisième génération

Les nanovecteurs de troisième génération, ici des liposomes de deuxième génération que l’on a ensuite "décorés" d’acide folique, sont injectés au patient par voie intraveineuse. L’acide folique permettra aux liposomes de reconnaître, de manière sélective, les récepteurs à l’acide folique qui sont hyper-exprimés à la surface des cellules cancéreuses. C’est ce que l’on appelle l’adressage moléculaire.

Les liposomes, 70 fois plus petits que les globules rouges, entrent alors dans le torrent circulatoire.

Dans la circulation sanguine, les liposomes pégylés et décorés rencontrent des opsonines qui ne peuvent pas s’y fixer. L’organisme ne les reconnaît donc pas comme étant des corps étrangers.

Au niveau du foie, la reconnaissance par les récepteurs des cellules de Küpffer ne va pas se faire. Les liposomes pégylés et décorés ne sont donc pas captés par ces macrophages hépatiques et ils continuent leur chemin dans la circulation sanguine.

En arrivant à proximité d’un tissu tumoral, les liposomes pégylés et décorés rencontrent un épithélium vasculaire discontinu. Ils vont alors pouvoir diffuser passivement au travers de l’épithélium vasculaire et atteindre la tumeur.

Grâce à l’acide folique présent à leur surface, les liposomes se fixent sélectivement sur les cellules cibles tumorales, porteuses du récepteur à l’acide folique. Ils sont ensuite internalisés par endocytose, au sein d’endosomes.Le médicament est alors libéré dans la cellule malade."


(source : CNRS)

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Luc said...

@ Jack : lien direct vers le petit film du CNRS.

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Jack said...

Merci Luc, avec toi il suffit de demander!
Je note que le document est issu du CNRS : qui s'intéresse donc aussi à cette technique, mais communique sans doute moins, vers le grand public.
Il y a tellement de personnes concernées de près ou de loin par cette maladie, qu'il faut éviter de leur donner de faux espoirs; du moins je pense.
Si ces "nanovecteurs" démontrent leur efficacité sur l'homme, il faudra ensuite être en mesure de les produire à des couts abordables...
Gardons donc espoir, mais en modérant notre enthousiasme.

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Padraig said...

D'ici à ce que ces nano-machins-trucs déclenchent d'autres maladies...

Ceci étant, voilà une bonne idée d'investissement pour l'avenir : les nano technologies. J'avais été frappé lors d'un voyage en Russie de constater que ce pays investissait vraiment beaucoup là dedans, alors que chez nous, c'est un peu confidentiel, je trouve...

Donc, Nicolas, s'il te reste un peu d'argent à allouer lors de ton méga emprunt, pense aux nano-technologies !

dimanche, 05 juillet, 2009  
Blogger Padraig said...

Jack, tu parles de "vie éternelle"... Dieu nous en garde ! Le monde deviendrai un repère de vieux-jeunes croutons grincheux ! Place aux jeunes !

D'ailleurs, si on crève pas du cancer, ça sera forcément d'autre chose...

Et d'ailleurs, j'ai ma place réservée au paradis. Donc, y'a pas de lézard !

lundi, 06 juillet, 2009  
Blogger Jack said...

"Le monde un repère de vieux-jeunes croutons grincheux !"

Pourquoi, ça n'est pas déjà le cas, dans nos contrées?
Dieu nous garde de la vie éternelle, en effet.

lundi, 06 juillet, 2009  

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