Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

dimanche 14 mai 2006

A propos de l'affaire Clearstream

Comme tout le monde en parle de ce scandale, il fallait bien qu'on aborde le sujet au zinc de "Chez Luc" ...

Clearstream Banking S.A. est une banque d'affaire Luxembourgeoise spécialisée dans le transfert de fonds international, autrement appelé le "clearing". Elle opère 80.000 transactions par jour, pour un montant de 180 milliards d'Euros par jour. Bien qu'elle déclare qu'elle n'a aucun compte de personnes privées, on la soupçonne de servir de platefrome de blanchissement d'argent, via des comptes anonymes. Ces soupçons se sont précisés depuis la publication de deux livres par le journaliste d'investigation Denis Robert : Révélation$ (2001) et La domination du monde (2006).

Là au milieu vient se greffer une autre histoire. En 1991, la France vend 6 frégates à Taïwan, et cela donne lieu à 5 milliards de Francs de commissions occultes qui s'évaporent dans la nature. D'après Denis Robert, cet argent a transité par Clearstream.

En novembre 2003, Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS, remet un listing truqué au général Rondot, haut fonctionnaire de la DGSE. En janvier 2004, Jean-Louis Gergorin exhibe le listing truqué devant Dominique de Villepin.


Crédit infographie : Reuters

Ce listing mentionne des noms de personnalités, dont Alain Gomez, Andrew Wang, Philippe Delmas, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Sarkozy, etc. Le 9 janvier 2004, Dominique de Villepin charge le Général Rondot d'enquêter.


Crédit infographie : Reuters

Et puis, dès le mois de mai 2004, le général Rondot va conclure très vite que le listing qui a été remis par Jean-Louis Gergorin est un faux, qui a été trafiqué. Mais cette information, Michèle Alliot-Marie et Dominique de Villepin ne la donneront pas à Nicolas Sarkozy, préférant sans doute qu'il "mijote", ce qui a été le cas, jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy porte plainte le 31 janvier 2006, suivi par Dominique Strauss-Kahn le 18 avril et Jean-Pierre Chevènement le 19 avril.

Tout cela aboutit au scandale de première grandeur auquel nous assistons actuellement, médusés. Il a même été question un moment que Dominique de Villepin soit viré. Mais, je vous rassure, ce ne sera pas le cas. Pourquoi ? La réponse se trouve dans le livre "La tragédie du Président", de Franz-Olivier Giesbert, cité dans Le Canard Enchaîné du 10 mai 2006 : en 1997, au lendemain de la funeste dissolution, Villepin lui a dit, sûr de lui et dominateur : "Le Président ne peux pas me virer. Il m'a introduit dans le saint des saints. Je sais beaucoup de choses. A l'extérieur de son système, je deviendrais une bombe à retardement." Donc, Dominique de Villepin restera Premier Ministre jusqu'aux présidentielels de 2007, quoi qu'il arrive ...

D'après tout ce qui filtre quotidiennement dans la presse, il semble que, à la base de tout cela il y ait un "corbeau" qui aurait monté cette affaire de toutes pièces. Selon toutes les sources concordantes, ce corbeau serait Jean-Louis Gergorin :


Crédit photo : BBDP

Franchement, vous trouvez qu'il a une tête de corbeau ?

Pour en savoir plus :
1. Clearstream (Wikipedia)
2. Clearstream (site officiel)

16 Comments:

Blogger Patrick said...

Moralité : se méfier des beaux-parleurs du genre flamboyant. Ou alors, les envoyer faire des discours à l'ONU pour défendre des intérêts indéfendables... Mais, de grâce, ne leur donnez pas le pouvoir...

dimanche, 14 mai, 2006  
Blogger Philippe Piriac said...

Luc

Deux commentaires

O Une société de clearing ,c'est fait pour faire des compensations interbancaires. Où est le problème. Penses tu que nous devrions demander aux Douanes des frontières de bloquer toutes les voitures tant qu'elles n'ont pas été fouillées? Quelle est le cout/bénéfice de la qualité totale?

1. Pourquoi ne pas attendre que l'affaire soit instruite etjugée par des juges avant ce nième commentaire? et ce d'autant qu'on en est probablement qu'au début de l'instruction

2. Quand tu cites les presomptions sur un homme réputé corbeau( pourlequel je n'ai pas d'apriori négatif ou positif), pourquoi ne pas rappeler le principe de présomption d'innocence
En diminuant la taille de la photo n tu aurais largement assez de place pour le faire

3. Puisque tu cites la presse, pourquoi ne pas citer les hypothèses évoquées par la presse affirmant que Sarko est informé de fait depuis plus longtemps et qu'il a adopté opportunément la position de la victime?

En gros, n'as tu pas l'impression de te transformer un peu trop vite en un jury populaire?
En plus dela presse, on a une justice et un bulletin de vote.

dimanche, 14 mai, 2006  
Blogger Luc said...

@ Philippe :

(1) Ce n'est pas un enième commentaire, c'est une petite synthèse remettant un certain nombre de faits en perspective.

(2) Concernant Gergorin, j'ai juste posé la question : il a la tête de l'emploi, ou pas ?

(3) Concernant la presse, on est abreuvé de retournements quotidiens tous azimuths, et je n'ai pas voulu trop alourdir la note en voulant être exhaustif à tout prix ...

... Et puis, Clearstream, tout le monde en parle. Donc, on peut en discuter au bar "Chez Luc", où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... C'est juste un bar, qui n'a pas la prétention de s'ériger en jury populaire ! ;-)

dimanche, 14 mai, 2006  
Blogger Patrick said...

Moi, ce qui me sidère, dans cette affaire, c'est que l'auteur de cette embrouille (qui qu'il puisse être) n'ai pas (encore) été victime d'un regrettable accident (genre se noyer dans une flaque d'eau), ou n'ai pas (encore) été retrouvé suicidé de 15 balles tirées dans le dos... Usuellement, dans notre bonne République, c'est comme ça que se conclue ce genre d'affaire, non ? Et alors, circulez, y'a plus rien à voir...

dimanche, 14 mai, 2006  
Blogger Jack said...

Il ne me fait pas un excellent effet ce Jean-Louis Gergorin : mais même au comptoir on ne doit pas juger les gens sur la mine.
Enfin tout cela m’a plutôt l’air d’un « sombre marécage » que d’un « courant d’eau clair »!

Et pendant ce temps là...

dimanche, 14 mai, 2006  
Blogger Patrick said...

Philippe, ta foi en la Justice pour ce genre d'affaire est proprement admirable. Pour ma part, je serais très étonné que la Justice puisse faire son travail correctement dans un délai compatible avec la raison : qu'un jugement intervienne dans 10 ans, je ne considèrerais guère cela comme étant de la bonne Justice... Enfin, on verra...

A ce sujet, je trouve un peu bouffon l'annonce au moins 15 jours à l'avance d'une perquisition chez un haut dirigeant. Moi, à la place du haut dirigeant en question, je pense que je mettrai à profit ce généreux délais pour remettre en service ma cheminée (même en plein mois de mai) pour faire un bon feu de vieux documents "sans intérêt"... Mais, bon...

dimanche, 14 mai, 2006  
Blogger Vicnent 31415 said...

Pour ma part, je pense que justement, Luc, "on" en parle trop. On assiste à une pure campagne de dénigrement, conduisant à une charge incroyable et sans précédent de la part du monde et de leurs totalement puants soi disants journalistes, qui jettent toute information disponible à la foule, sans ménagement, sans précaution aucune.

Viol du secret de l'instruction, déontologie et éthique nulle.

Comme d'habitude, les journalistes français font dans le sensationnalisme merdeux.

C'est attérant et écoeurant. J'espère de tout coeur qu'ils vont s'en prendre plein la gueule.

En attendant, le climat est délère au possible, le parti socialiste, en panne d'idée depuis 5 ans nous sort une motion de censure : mais où est la présomption d'innocence ? qui juge et qui doit enquêter en France ? Il faut diffamer pour retourner un gouvernement maintenant ? Pays de merde !!!!!!! on marche sur la tête, la France va encore se ridiculiser, et ça sera bien fait pour notre gueule.

Ce qui est vachement malheureux, c'est que chaque claque ne serve pas de leçon... Pauvre pays de cons !

lundi, 15 mai, 2006  
Blogger Luc said...

Hé hé hé ... voilà un commentaire comme je les aime. Bien râpeux, bien réactif, bien râleur !!!

Mais bien sûr, Vincent, que je suis pour la présomption d'innocence, et pour le secret de l'instruction, mais je te fais remarquer que :

(1) Ce n'est pas Le Monde qui a sorti l'affaire, mais le Canard Enchaîné, journal satirique paraissant le mercredi pour lequel j'ai le plus grand respect. En effet leurs journalistes sont de vrais journalistes et ce qu'ils publient depuis plusieurs génération est tout à fait nécessaire pour la bonne santé de notre République. Bien sûr, ensuite Le Monde en a remis une couche, mais aussi Le Parisien, Le Figaro, Le Point, et plus récemment Le Journal du Dimanche.

(2) Gergorin n'en n'est pas à son coup d'essai. Je cite Libération : En 1984, il entre au service de Jean-Luc Lagardère, en charge des questions de stratégie pour sa filiale Matra. L'affaire Thomson va révéler le deuxième Gergorin : l'homme de l'espionnite et des coups tordus. Pour répondre à la campagne de déstabilisation orchestrée contre le groupe Lagardère par le clan d'Alain Gomez, le patron de Thomson (rebaptisé aujourd'hui Thales), Gergorin semble prêt à tout. «C'était à la limite du comique. Son chauffeur faisait des filatures, son assistante planquait dans des bars pour rapporter des informations sur Gomez», se souvient un proche. Pour déstabiliser le camp de Thomson, il est accusé d'avoir acheté les services de la DST pour 300 000 francs en liquide livrés dans un sac de sport (ce qu'il niera toujours).

(3) Je suis par ailleurs surpris sur le fait que Clearstream, on n'en parle qu'en France.

Mais en conclusion, je suis quand même d'accord avec toi : le spectacle de ce déballage et des contorsions qu'il provoque est assez atterrant.

lundi, 15 mai, 2006  
Blogger Vicnent 31415 said...

ok.
je ne sais pas si on en parle qu'en France, mais je viens de longuement en discuter avec un ami (digne de confiance) dont la petite amie est en Angleterre (finance, london) depuis 9 ans : et bien visiblement, ça s'exclaffe, là bas, quand on parle de la France... et pas qu'un peu...
Les boules...

lundi, 15 mai, 2006  
Blogger Patrick said...

J'ai entendu une petite interview d'Eva JOLY (ancienne juge spécialisée en délinquance financière, donc un peu encombrante pour certains, que la France a renvoyé dans ses foyers il y a quelques années), qui estime que cette affaire Clearstream n'est qu'un écran de fumée pour dissimuler la vraie affaire : celle des frégates. Pour elle, les seules questions d'intérêt sont : Y a-t-il eu des commissions ? Pour quelle valeur ? Qui en a bénéficié ?

mardi, 16 mai, 2006  
Blogger Patrick said...

Et, au passage, pour mettre les choses au clair entre nous, je dément CATEGORIQUEMENT posséder un compte bancaire au Japon, ni même en Italie. Je n'ai pas non plus bénéficié de bons de pétrole de la part de mon grand ami personnel Saddam Hussein. Et je ne suis pour rien du tout dans toutes ces embrouilles. Voilà.

mardi, 16 mai, 2006  
Blogger Luc said...

@ Patrick : tu déments ? C'est louche, ça cache quelque chose ...

;-)

mardi, 16 mai, 2006  
Blogger Luc said...

Détail croustillant : Imad Lahoud est le fils de Victor Lahoud, un officier supérieur libanais ayant participé avec Pierre Rondot, lui-même père de Philippe Rondot, à la création des services de renseignement syriens et libanais sous mandat français.

Pour en savoir plus, voir Affaire Clearstream 2.

mardi, 16 mai, 2006  
Blogger Luc said...

Donc, je posais la question : "A-t-il une tête de corbeau ?" La réponse était oui : Jean-Louis Gergorin est l'auteur de toutes les lettres anonymes ! (Le Figaro)

... et c'est lui-même qui l'affirme !

Et comme il a avoué être le corbeau urbi et orbi, il s'est fait lourder d' EADS : ''Noël Forgeard, président exécutif d'EADS, a demandé à Jean-Paul Gut, directeur genéral d'EADS, d'engager, en tant que supérieur hiérarchique de l'intéressé, une procédure de licenciement à l'encontre de Jean-Louis Gergorin" (communiqué d'EADS).

samedi, 20 mai, 2006  
Blogger Patrick said...

Corbeau, corbeau... Vraiment ? Si j'ai bien suivi, c'est le Juge Van Ruymbeke qui lui a demandé de faire ces lettres anonymes (pour préserver la sécurité de Gergorin)...

Bon, enfin, tout ça, c'est pas très grave, juste un peu de calomnie (quoi de plus banal en politique), et l'occasion pour quelqu'un de mettre une peau de banane sous les pieds de son adversaire... Et c'est finalement lui qui glisse dessus : il y a finalement une morale à cette histoire ! De Gaulle disait : à lancer des boules puantes sur ses adversaires, on finit par sentir plus mauvais qu'eux - c'est pour cela qu'il n'a jamais évoqué la Francisque décernée à Mitterrand par Pétain...

Non, ce qui importe, c'est le sort des gigantesques rétro-commissions sur la vente des frégates Taïwanaises. Parce que là, c'est pas de la petite calomnie, c'est de la méga-corruption... Mais, chut, surtout, ne parlons pas de ça, car là, il y a peut-être des gens très très haut placés qui sont très directement en cause...

samedi, 20 mai, 2006  
Blogger Luc said...

Effectivement, le juge Renaud Van Ruymbeke avait bien dit qu'il savait qui était l'auteur des lettres anonymes. Mais lui seul savait qui c'était.

Maintenant tout le monde sait qui c'était : Jean-Louis Gergorin. Le corbeau s'est démasqué.

Si ça se trouve, quelqu'un sait qui est le corbeau de l'affaire Gregory. Mais tant que le secret est bien gardé, l'auteur des lettres anonymes reste un "corbeau".

samedi, 20 mai, 2006  

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