Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

mardi 20 novembre 2007

7ème jour de grève SNCF et RATP


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Le 13 novembre à 20 heures, la SNCF s'est mise en grève, comme la RATP. En effet, l'augmentation de l'espérance de vie et la pyramide des âges imposent une réactualisation des régimes de retraites, vu qu'on est dans le système par répartition, et non pas par capitalisation. Alors, tout le monde doit faire un effort. Les cheminots comme les autres.

Seulement, voilà : les cheminots ont un pouvoir de nuisance hors du commun. Alors, ils en usent et en abusent. A chaque automne, on a droit aux feuilles mortes et aux grèves SNCF. Alors, c'est la galère pour tous les usagers. (A la SNCF et à la RATP, il n'y a pas de clients, il n'y a que des usagers ...)

Remarquons tout de même que la réforme des régimes spéciaux, c'est déjà bouclé depuis longtemps à l'EDF, à GDF et à France Télécom. Mais à la SNCF, ça coince. Pourquoi ?

Eh bien parce que ça fait plus de 50 ans que la CGT cultive l'affrontement pour l'affrontement et refuse chaque fois de négocier et de signer des accords. La grève, à la SNCF et la RATP, c'est devenu presque une culture. Faire chier l'usager, pour la base, c'est presque devenu une vocation, un sacerdoce.

Alors, aujourd'hui, on arrive à la situation surréaliste suivante : Bernard Thibault, le patron de la CGT, aimerait bien négocier. Mais il est pris de court face à Sud-Rail, un syndicat minoritaire d'extrême gauche, qui a bien l'intention de tout bloquer jusqu'à ce que les thèses irréelles de Besancenot soient ratifiées (37,5 années de cotisation pour tout le monde, cheminot ou pas). Thibault, ça fait des années qu'il bloque le système. Alors, maintenant qu'il voudrait négocier, forcément, ça coince.

Besancenot, parlons-en. Depuis que le PS est devenu complètement inaudible, il reste seul en lice face à l'UMP. Alors, lui, son grand truc c'est d'obtenir dans la rue une victoire qui effacerait les 2% qu'il a obtenu au 1er tour des législatives. C'est précisément pour cela qu'il a obtenu que les négociations à la SNCF ne s'ouvrent que demain, donc après la fameuse "jonction" avec la grève des fonctionnaires qui a eu lieu aujourd'hui même. (A ce propos, ma factrice préférée est venue nous porter le courrier en expliquant qu'elle ne faisait pas grève. Comme quoi ...)

Mais le "grand soir" n'aura pas lieu. Novembre 2007, ce n'est pas Mai 68. C'est même le mouvement de grève le plus impopulaire de toute l'histoire des mouvements de grève.

A ce titre, et sans doute à ce titre seulement, nous avons vécu aujourd'hui un jour historique et fondateur. Aujourd'hui est le jour où les cheminots de la SNCF et de la RATP se sont à jamais discrédités au yeux des "usagers" qui ont vécu aujourd'hui leur septième jour d'enfer, juste au motif que ces messieurs-dames veulent rester à l'écart de l'effort de solidarité nationale qui est nécessaire pour conserver notre système de retraite par répartition ...

Pour en savoir plus :
1. Le point sur les perturbations mardi, les prévisions pour mercredi (Le Nouvel Obs)
2. Toutes les grèves de novembre : transports, justice, fonction publique... (Le Nouvel Obs)
3. La CGT joue sa survie (Challenges)
4. Jour de grève (Chez Luc)
5. Client ou usager (Chez Luc)

Crédit vidéo : Mister Olive via Charles Bremner

13 Comments:

Blogger Patrick said...

Un truc qui me stupéfie dans le conflit actuel : le gouvernement demandait que les grèves cessent avant de commencer les négociations... Ils prennent les grévistes et syndicalistes pour des demeurés ou quoi ? Pour un gouvernement qui se réfère volontiers aux "accords de Grenelle", il devrait se souvenir que ces accords se sont élaborés en pleine crise pendant laquelle le pays était totalement paralysé. Et que c'est cette pression énorme des syndicats qui a amené lesdits accords (27 mai)... Les grèves ne se sont terminées que début juin...

Bon, enfin, ils ont maintenant admis que les négociations se tiendraient même avec la grève. C'est quand même un peu plus réaliste...

Et puis ils auraient très grand tord de laisser la grogne se développer, ça serait un jeu très dangereux, à mon humble avis...

mercredi, 21 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Au fait, Luc, tu remarques fort justement que le PS est assez inaudible sur ce coup-là. Je pense qu'ils laissent faire le sale boulot par Sarko (en ne critiquant que du bout des lèvres), et comme ça, quand ils reviendront aux affaires, la situation des retraites sera réglée.

Un peu comme Blair a profité des sales boulots qu'avait fait Thatcher avant lui...

mercredi, 21 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

Les cheminots en remettent une couche :

La direction de la SNCF a annoncé mercredi matin qu'une "action coordonnée de sabotage" avait eu lieu "entre 6h10 et 6h30" sur des lignes TGV des réseaux Est, Atlantique, Nord et Sud-Est. Sur toutes ces lignes, les trains circulent au ralenti. Pour la SNCF, ces sabotages sont destinés "à contrer la reprise observée des trafics".

Sur la ligne à grande vitesse Atlantique, "un incendie très important d'artères de câbles au kilomètre 108 a endommagé sur 30 km le réseau de signalisation", explique la SNCF, qui souligne qu'"aucun train ne peut circuler" et que "les TGV sont détournés par les lignes classiques". Sur les LGV Nord et Sud-Est, "la fermeture volontaire de commutateurs de signalisation crée des incidents de signalisation, tandis que d'autres incendies ponctuels de câbles ont été signalés", précise la SNCF.

Sur la LGV Est, "un incendie volontaire d'artères de câbles empêche la circulation normale des trains depuis 6h10". Le parquet de Meaux enquête sur ce dernier sabotage. D'après les premiers éléments de l'enquête, un ou plusieurs hommes ont découpé le grillage interdisant l'accès à la voie, avant de soulever les dalles en béton protégeant les chemins de câble et de fibre optique. Ils ont alors déposé un chiffon enflammé déclenchant un incendie qui a "fondu" les câbles servant à la signalisation et aux télécommunications.


Source : Sabotage sur plusieurs lignes TGV (TF1)

mercredi, 21 novembre, 2007  
Blogger Paul said...

J'habite Lille et je travaille à Paris, je suis donc à la fois client de la SNCF et de la RATP. Et non, je ne suis pas spécialement en colère contre les cheminots, je n'adhère pas à ce discours des "usagers pris en otages". Ils ont le droit de faire la grève, et par défaut ce mouvement montre à quel point ils sont indispensables au bon fonctionnement de la société.

mercredi, 21 novembre, 2007  
Blogger JDX38 said...

Un élément non encore pris en compte: quel est l'impact écologique d'un tel mouvement social? Je m'explique: à l'heure où on nous rebat les oreilles de gaz à effet de serre, quel est le coût en CO2 des heures et des kilomètres de bouchons générés par ces grèves? Tous ces syndicats seraient-ils anti écolo? Déjà qu'ils ne se préoccupent pas des cotisations que devront payer leurs propres enfants, alors le dioxyde de carbone...

mercredi, 21 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Paul, j'aime bien les cheminots et la SNCF.

Mais il est un fait que quand les ouvriers d'une boîte privée (disons une manufacture de biscuits) font grève, ils font du tort à leur patron propriétaire de la boîte, qui va du coup perdre de l'argent. Ils font donc judicieusement pression sur le patron qui tient les cordons de la bourse et qui peut dénouer le conflit.

Il se trouve que dans le cas des cheminots, en faisant la grève, c'est bien aux usagers qu'ils font du tort, pas vraiment à leur patron qui est comme eux salarié, et qui ne subit aucun préjudice (juste un désagrément managérial)... Usagers qui ne sont pour rien du tout dans le conflit, et qui ne détiennent aucune clé pour le dénouer...

Donc le vocable de "prise en otage des usagers" est peut-être un peu excessif, mais il y a quand même un peu de ça... Et même un peu beaucoup, non ?

jeudi, 22 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Patrick : Tu as raison : il y a quand même de ça.

En plus c'est la première fois, à ma connaissance dans un conflit social de ce type, que l'opinion publique déclare : "Pourvu que le gouvernement tienne bon !"

D'habitude, l'opinion publique est plutôt du côté des grévistes ...

jeudi, 22 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

D'un autre côté, ce n'est pas vraiment leur volonté, cette "prise d'otages", c'est juste inhérent à la fonction... Evidemment, ça serait plus sympa de faire la grève en travaillant mais en imposant la gratuité - là, ils auraient la sympathie du public ! Mais voilà, c'est illégal...

Ce n'est pas quand même tout à fait comme si les employés de la biscuiterie sus-mentionnée prenaient en otage des passants et les menaçaient pour faire pression sur leur patron...

jeudi, 22 novembre, 2007  
Blogger Véronique S said...

pour avoir plus d'impact qu'une biscuiterie, je prends l'exemple de la santé: vous remarquerez que quand les hôpitaux (service public) font grève (urgentistes, infirmières,etc), ils CONTINUENT de travailler!
Leur action se résoud à reporter les interventions qui peuvent l'être et à scotcher sur leurs blouses "grévistes"...
Je me demande ainsi le sentiment que Paul, par exemple, après avoir glisser dans la file d'attente de la RATP, aurait si le SAMU ou les pompiers n'arrivaient pas DU TOUT pour lui porter secours...
Peu-être serait-il bon de faire prêter serment aux services publics dans leur ensemble pour qu'ils aient une meilleure notion de leur devoir civique...

jeudi, 22 novembre, 2007  
Blogger Paul said...

Hum, quand les routiers bloquent les autoroutes, que les agriculteurs saccagent les préfectures ou, comme hier, que les café-tabacs ferment, il me semble que c'est aussi le citoyen lambda qui est directement affecté, non ?

Je doute fort que des cheminots continuant à conduire les trains avec un brassard "gréviste" aient une chance de se faire entendre.

Toute l'histoire des rapports sociaux montre que c'est par la pression que les travailleurs ont réussi à défendre leurs droits.

Alors, bien sûr, on peut vouloir revenir au XIXeme siècle ou bien en Corée du Nord, où les grèves sont illégales. Mais je préfère passer une semaine à marcher une fois tous les dix ans que vivre dans un pays où les citoyens sont muselés.

jeudi, 22 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Paul, quand les routiers bloquent les autoroutes, que les agriculteurs saccagent les préfectures, ce n'est pas vraiment de la grève (qui se définit comme un arrêt concerté du travail)... C'est bel et bien de la prise d'otage et du vandalisme...

Je te rejoins pour penser que la grève est un droit très important. Mais pas le saccage des préfectures, par exemple...

Dans le cas qui nous occupe, je comprend très bien que certains cheminots (qui n'ont sans doute pas voté pour Nicolas), essayent de réduire l'impact des réformes en cours - même si, au fond, ils comprennent que ces réformes sont inéluctables.

jeudi, 22 novembre, 2007  
Blogger Jack said...

@Luc : le lien de la video est rompu...
@tous: le roulants ne sont pas si bêtes, depuis longtemps, ils seraient d'accord pour conduire les trains et donc assurer le service, mais gratuit avec guichets fermés et contrôleurs ne contrôlant pas. Manque de pot le personnel derrière les guichets n'est pas disposé à faire grève pour ceux qui gagnent plus qu'eux...
Et depuis que le droit de grève existent, ils n'ont pas encore eu l'idée de "partager" leur pertes pour grève...
Drôle non ?

jeudi, 29 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Jack : Le lien est remis. Il y a le son mais plus les images. (pb de copyright ...)

jeudi, 29 novembre, 2007  

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