Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

mardi 6 janvier 2009

Tiendra ? Tiendra pas ?



EDF vient de lancer une "alerte rouge". Ce soir (6 janvier 2009), un peu avant 19 heures, il est probable que le réseau d’électricité national ne sera pas capable de subvenir à la demande d’électricité, avec une prévision de consommation jamais atteinte (et une consommation réelle qui la surpasse encore !). Pour éviter le black-out généralisé, le réseau de transport devra délester des quartiers, villes ou régions - notamment en Bretagne. Pourtant, tous les moyens de production sont mobilisés : centrales nucléaires, thermiques (pouah !), barrages hydrauliques. Va sans dire que les éoliennes ne sont d’aucun secours puisqu’il n’y a pas de vent lorsqu’il fait froid – comme le confirme la prévision de Météo France pour ce soir . Et le photovoltaïque à 19 heures en hiver, on repassera.

Bref, notre capacité nationale de production d’électricité est devenue insuffisante – et ce malgré le ralentissement de l’économie.

Conclusions :

A /Si vous lisez ce post avant ce soir, sortez vos bougies, évitez d'utiliser vos plaques électriques ou d’allumer votre four électrique ou de lancer votre lave-vaisselle à 19 heures et mettez un gros pull (même votre chaudière à gaz ou à fioul a besoin d’un peu d’électricité).

B / Il faudrait qu’on admette enfin que l’électricité est une ressource vitale, et que le schéma énergétique français étant ce qu’il est, il va falloir construire de la capacité supplémentaire - et, de grâce, pas thermique. Et, s’il vous plait, qu’on ne revienne pas nous bassiner avec l’éolien !

C / Une consolation : en cas de black-out, il se produit un petit pic de natalité 9 mois plus tard - allez-donc savoir pourquoi !

16 Comments:

Blogger Bruno du grand sud est said...

nos fameux irréductibles bretons qui n'ont pas voulu de nucléaire chez eux (si on excepte l'expérimental Brennilis), mais le crache pas sur cette électricité du moment qu'elle soit produite chez les autres.ces fiers défenseurs d'une Bretagne verte je dois avouer que j'aimerai assez les savoir dans le noir et le froid pendant quelques jours.chez EDF aussi apparemment puisqu'il les ont déjà averti d'éventuelles coupures(et si c'était pour des desseins d'un retour en Bretagne ? )
bon, c'est petit comme vengeance mais je ne vois pas pourquoi il ne prendrait pas une part du risque nucléaire eux aussi.
sinon le varech ça brûle non ?
alors goemoniers d'une Armorique libre et propre, unissez vous .

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Bruno du grand sud est said...

unissez-vous ... et faites nous plein de petits Atérix.

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

Il y a bien une centrale thermique à Nantes (Cordemais, 2000 MW) - mais depuis que le gouvernement de Vichy a décidé que Nantes n'est plus la Bretagne, c'est vrai que la Bretagne n'a vraiment que des éoliennes - et on sait maintenant que ça ne sert à rien du tout. Ah, quand même, il y a la centrale marémotrice sur la Rance - mais ça ne fournit pas grand chose (environ 60 MW). Il y a aussi des essais d'hydrolien à Benodet - mais bon, ça ne sera jamais que de l'appoint...

Pour ce qui est de nouveaux sites en France, ce n'est pas vraiment nécessaire - l'extension ou la modernisation des sites actuels permettrait de voir assez loin... Par exemple le remplacement des deux tranches de Fessenheim viellissantes par deux tranches EPR modernes permettrait de gagner environ 1 600 MW de capacité tout en améliorant la sureté...

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Bruno du grand sud est said...

Décidément j'ai du mal avec les prénoms,il faut lire Astérix bien sûr.
l'idéal c'est quand même de produire là où l'on consomme c'est vrai pour les légumes comme pour le courant.
Pour ne pas accabler nos amis bretons il faut dire qu'EDF il y a quelques années s'était débrouillée pour faire l'unanimité contre elle en décidant l'implantation d'une centrale sur un site exceptionnel par sa beauté.un génial projet prévoyait tout simplement de défigurer la Pointe du Raz.La détermination légitime des manifestants venus de tous les coins de France et d'Europe avait fait reculer le gouvernement de l'époque.le village de Plogoff venait de vivre son heure de gloire.
ce n'est pourtant pas les sites type Flamanville qui manquent en Bretagne, avec un peu d'imagination je suis persuadé qu'on pourrait contenter tout le monde.

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

La-dessus Météo France nous annonce que la vague de froid va durer jusqu'au 15 janvier. Luc, alors, il vient ce couplet sur le réchauffement climatique ? Ca nous ferait chaud au coeur !

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

Bruno a raison. Pour l'avoir visité, je peux affirmer que le site de Flamanville (où sera le premier EPR français) est bien peu obstructif. Il n'est pratiquement visible que de la mer...

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Gi said...

Oi, Luc.

Rien à voir avec ton post; juste un petit commentaire. Pourquoi tu n´utilises pas le link du Blogger "Je suis ce blog" pour que les lecteurs le choisissent comme "blog que je lis"?

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

18h44 : C'est curieux : mon internet est en train de "geler". Un peu comme HAL qui est progressivement "débranché" par Dave... Ca marche, mais au ralenti et seulement de temps en temps... Je suspecte que certains centraux téléphoniques sont coupés pour soulager EDF...

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Luc said...

Effectivement, la Bretagne est en alerte rouge EDF !

(source : Consommation électrique : la Bretagne en «alerte rouge» - Le Figaro)

Ce qui serait marrant, c'est que ça pète à grande échelle, comme 6 novembre 2006, où la moitié de l'Europe s'était retrouvée dans le noir ...

Enfin, espérons que ça tienne.

Mais tout de même : un peu de produiction d'énergie délocalisée ne nuirait pas, je pense. La production d'énergie centralisée chère à Nuclear Pat est en train de montrer ses limites ...

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Jack said...

Bien, puisque personne n'en parle, je m'y colle. J'attendais ce post après l'annonce d'un risque de coupure EDF en Bretagne.
Pour être complètement honnête, et pas forcement antinucléaire pour autant, il faut admettre que notre parc nucléaire a induit des politiques commerciales dont on voit la limite aujourd'hui. En effet une centrale nucléaire ne "s'éteint"pas en appuyant sur un bouton : EDF à donc encouragé ses clients à adopter le chauffage électrique, afin de disposer d'une consommation plus lissée. Moralité lorsque la France subit une vague de froid, non seulement les éoliennes sont en panne, mais les gaulois tirent sur leur compteur bleu.
Vous me direz que notre situation reste tout de même plus enviable que la dépendance du gaz ukrainien pour se chauffer!
Pour abonder dans le produire sur place et le : ne produisons pas de la vapeur pour la transformer en électricité puis en chaleur...
Ce qui serait malin dans les grandes villes : un chauffage urbain alimenté directement en vapeur par une mini centrale nucléaire. Pour cela il faudrait encore que le nucléaire fasse du chemin dans les têtes, pourtant c'est tout simple la radioactivité ça chauffe...

mardi, 06 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

La Bretagne étant au bout du monde (Finistère = fin de la terre), le problème est d’abord un problème de transport car cette région est « en bout de ligne » et il n’y a pas à proprement parler de maillage du réseau.

En gros, il y a une ligne à haute tension qui dessert Rennes et le Nord de la Bretagne, et une autre qui vient de Nantes pour le Sud. Si ces lignes étaient renforcées, il n’y aurait plus de problème électrique breton. Il est toutefois vrai qu’une production locale soulagerait le réseau de transport.

En France, il est difficile de dire que la production est centralisée : rien qu’en nucléaire, il y a 19 sites pour les 59 « tranches » nucléaires actives – mais, c’est vrai, aucun en Bretagne.

Les pertes en ligne sur ce réseau, de l’ordre de 4 %, sont équivalentes aux pertes d’un réseau de gaz (fuites). Ceux qui avancent l’argument des pertes en ligne pour critiquer le nucléaire font fausse route… Et puis l’histoire des russes qui ferment le robinet du gaz Européen nous montre que le gaz n’est pas sans inconvénient… Quand au pétrole, on ne connaît que trop ses inconvénients…

Le chauffage urbain par des mini réacteurs nucléaires ? Techniquement possible, mais ça pose quand même la question de la sûreté et de la prolifération des matières fissiles... Il y a aussi le chauffage urbain par usine d'incinération d'ordures...

Bon, finalement, pas de black-out hier soir malgré une pointe historique de 91,5 TW à 19h05. Voyons comment ça se passe les prochains jours qui s’annoncent difficiles aussi…

mercredi, 07 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

Aujourd'hui 7 janvier à 19 heures, record absolu de consommation en France : 92,400 TW. Et à l'heure où j'écris, le black-out ne s'est pas produit. Voyons ce qu'il en sera demain...

mercredi, 07 janvier, 2009  
Blogger Jack said...

Au sujet des pertes :
1- la transformation de la chaleur en électricité engendre une perte bien supérieure aux 4 % de perte en ligne que tu annonces (RTE annonce même 2.5%) sans doute s'agit-il du simple effet Joule.
2-Je ne crois pas que le cout énergétique du transport de courant de la sortie de l'alternateur d'une centrale jusqu'à ton compteur soit seulement de 4%, c'est oublier les perte à chaque changement de tension à la montée et à la descente du au cos phi des transformateurs.(transformations destinées justement à limiter les pertes par effet joule ainsi que le diamètre des câbles : tu sais ça mieux que moi.)

Les pertes dans un réseau de chauffage urbain sont-elles du même ordre que les pertes ci-dessus énumérées : je l'ignore.

jeudi, 08 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

Jack, tu as raison, la transformation de chaleur en électricité a un rendement qui est de l'ordre de 33 %. Pas fameux, mais ce sont les principes de Carnot qui veulent ça... C'est pour ça qu'on a inventé les centrales "à cycle combiné", qui produisent électricité et chaleur utilisable pour chauffage urbain. Ce sont des centrales au gaz peu polluantes (sauf que ça crache du CO² évidemment), ce qui permet de les mettre près des agglomérations...

2,5 % ou 4 %, je ne sais pas... Mais il s'agit sans doute des seules pertes dans les câbles de transport, en excluant les pertes dans les transfos...

jeudi, 08 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

Justement, une centrale à gaz était prévue près de Saint-Brieuc. Comme de bien entendu, les écologistes locaux ont découvert une zone humide à l'endroit prévu pour la centrale, et le projet est de ce fait blackboulé. "La centrale de Ploufragran ne se fera pas en l'état" a déclaré notre hyper-ministre vice-président Borloo (dorénavant privé de l'excellente NKM).

A cette occasion, j'ai appris qu'une telle centrale aurait été capable de délivrer ses 230 MW (l'équivalent d'un quart de tranche nucléaire) en l'espace de 14 minutes. Excellent pour répondre aux pics de consommation, et pour suppléer à la déficience des éoliennes en période calme (mais bonjour le CO²)...

Si on ne construit pas une centrale en Bretagne, il faudra tirer une troisième ligne à haute tension, ce qui ne me semble pas vraiment mieux sur le plan environnemental...

A force de dire non aux projets, la Bretagne finira par devoir revenir à la bougie !

samedi, 17 janvier, 2009  
Blogger Patrick said...

Je m'aperçois que j'ai fait une confusion, plus haut, entre "cycle combiné" et "cogénération".

"Cycle combiné", c'est une technique pour améliorer le rendement d'une centrale thermique à gaz. Grâce à deux turbines (une à gaz, l'autre à vapeur, on passe d'un rendement de 45% à 55%.

"Cogénération", c'est le fait d'utiliser la chaleur résiduelle pour du chauffage urbain ou production d'eau chaude. Le rendement global (chaleur + électricité) atteint 80%.

Voilà, c'est corrigé.

samedi, 17 janvier, 2009  

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