Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

jeudi 19 février 2009

A propos de la discontinuité de Mohorovičić



Il y a quatre ans de cela (déjà !!), dans Gaïa, je vous avais expliqué que nous vivions sur une croûte terrestre de 30 à 100 km d'épaisseur qui flottait sur un océan de magma de lave liquide. ( lire "Le noyau de la Terre tourne plus vite que l'écorce terrestre"). Et j'avais terminé mon papier par ces mots : "Retenez bien ce point important, j'aurai l'occasion d'y revenir ...". Eh bien voilà : j'y reviens !

Donc en fait, la croûte terrestre est une couche solide, d'une épaisseur très variable, qui flotte sur de la lave liquide qui est en dessous. La couche qui sépare la croûte terrestre du magma s'appelle La discontinuité de Mohorovičić ("Moho" pour les intimes), et est repérée en "A" sur le schéma ci-dessus.

Bien sûr, cette croûte terrestre est plus épaisse sur les continents que dans les fond marins. A titre d'exemple, voici la carte de la profondeur de la couche Moho en Europe, qui a été établie par l'Institut de Géophsique de l'Université de Varsovie :



Alors, une fois qu'on a réalisé que la croûte terrestre était "montée sur roulements à billes", on réalise qu'elle peut librement se déplacer sur le globe terrestre qui, lui, a un axe de rotation qui ne bouge pas (si l'on oublie la précession des équinoxes) à cause de la force gyroscopique.

Alors, rappelons-nous que la Terre fait un tour complet en 24 heures. A l'équateur, quarante mille kilomètres en 24 heures, ça nous fait quand même une vitesse supérieure à 1600 km/h, excusez du peu ! Rappelons-nous que la Terre "tourne" vite, et que les continents sont un peu les "masselottes" de la "roue Terre". Vous avez déjà roulé à 130 km/h avec une roue mal équilibrée ?

Avec cette image en tête, regardons attentivement une mappemonde. On constate quoi ?



Eh bien, on constate que les "masselottes" sont assez régulièrement réparties autour du globe. Au pôle Nord, rien. Dans l'hémisphère Nord, tous les continents. Dans l'hémisphère Sud, tous les océans. Au pôle Sud : l'Antarctique.

Donc, les masses sont réparties de façon à avoir la meilleur répartition de masse possible sur la circonférence du globe. Est-ce un hasard ? Non, bien évidemment.

Et, pour en arriver là, le Pôle Nord, vu de la croute terrestre montée sur roulements à bille, a souvent changé de place. C'est ce qui est très bien expliqué dans l'ouvrage de Charles Hapgood : "The Path of the Pole".

Seulement voilà : les glaces du Groendland sont en train de fondre à grande vitesse, et donc, voilà une masselotte qui est en train de maigrir à vue d'oeil. Alors, si la croûte terrestre va se déplacer pour trouver un nouvel équilibre, ça va secouer méchant, moi je vous le dis. Méchant comment ? Regardez la dorsale atlantique par exemple, ça vous donnera une idée :



Il faut savoir que, vu sa vitesse de rotation, la Terre est un peu "ventrue" à l'équateur. Donc, chaque fois que sa "peau" glisse (que la croûte terrestre se déplace) ça laisse des cicatrices. Ces cicatrices sont invisibles sur les terres émergées à cause de l'érosion. Par contre, elles sont intactes au fond des océans. et, maintenant que vous avez compris d'où elles viennent, leur signification est d'une simplicité aveuglante : chaque pli que vous voyez sur l'image ci-dessus correspond à un déplacement brutal des pôles ...

Pour l'instant, le pôle Nord il est sagement là, au milieu de l'image ci-dessous. Pour combien de temps encore ?



Vous reprendrez bien un peu de kouglof ?

Pour en savoir plus :
1. La discontinuité de Mohorovičić (Wikipédia)
2. The Mohorovičić discontinuity (Wikipedia)
3. European Moho depth map (Instytut Geofizyki Uniwersytet Warszawski)
4. Le noyau de la Terre tourne plus vite que l'écorce terrestre (Gaïa - septembre 2005)
5. "The Path of the Pole", by Charles Hapgood (Amazon.com)
6. Icemelt Could Shift Earth's Rotation, Moving Water Northward (The Huffington Post)

Crédit image : Instytut Geofizyki Uniwersytet Warszawski

9 Comments:

Blogger Jack said...

Compliments pour ce superbe billet: justement j’ai été très intéressé par un article concernant l’histoire géologique de la méditerranée (ce lac méprisé par les Bretons...) Il est avéré désormais qu’elle s’est complètement asséchée et comporte au fond des couches de sel prouvant l'équivalent de 8 évaporations totales, les géologues pensent que lorsque son niveau se situait 1500 à 2000 m plus bas, il y avait en fait une cascade à Gibraltar qui alimentait régulièrement cette « saline ». A cette époque le Rhône et le Nil coulaient au fond d’un canyon très profond qui s’est comblé lorsque la mer s’est élevé au niveau actuel.
Mais voici le lien avec cet article.
Toujours d’après nos géologues, il semble qu’à la suite d’un effondrement de l’isthme de Gibraltar, le « lac » s’est rempli en seulement 14 années. Ce brusque déplacement de masse serait à l’origine de la ligne de fracture N-E de la méditerranée.
Ce qu’il faut retenir est que tout est en équilibre, si l’équilibre est rompu pour une quelconque raison, l’écorce peut se déplacer assez vite pour retrouver l’équilibre des masses, avec quelques fractures supplémentaires et les secousses qui les vont avec...
D’ailleurs on parle de tout cela dans la bible !

jeudi, 19 février, 2009  
Blogger Patrick said...

Tout ça flotte, effectivement. Ce qui me fait penser que les prédictions de hauteur des océans sont bien prétentieuses. Même sans apport d'eau, le niveau apparent peut monter ou descendre au gré de l'enfoncement ou de l'émergence des masses continentales...

Au sujet des pôles, on peut aussi remarquer que le pôle magnétique (généré par le noyau ferreux de la terre) se ballade au point de s'inverser (nord - sud), ce qui a dû entrainer des modifications importantes en surface...

Tiens, au sujet de la méditerranée, je regardais il y a quelques jours l'érosion des falaises des calanques de Cassis. Il semble que le niveau de la méditerranée n'a jamais été si haut, puisqu'il n'y a pas de traces d'érosion marine au-dessus de celle qui est en cours... Curieux... Ou alors c'est que la croute s'enfonce à cet endroit...

jeudi, 19 février, 2009  
Blogger Jack said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

jeudi, 19 février, 2009  
Blogger Jack said...

Dans le même article, j'ai appris que le niveau maximum atteint par la méditerranée, se situe 70m au dessus du niveau actuel...il faut donc regarder un peu plus haut!

jeudi, 19 février, 2009  
Blogger Patrick said...

@Jack : c'est étonnant quand même, de ne voir aucune séquelle horizontale de l'érosion sur les flancs des falaises : la mer n'est quand même pas descendue de 70 mètres du jour au lendemain ! Si elle a été plus haute, on devrait voir des traces horizontales un peu partout (et plus marquées à des niveaux où la mer aurait stagné plus longtemps - comme on le voit sur cette image des falaises d'Etretat, sur laquelle on distingue nettement une encoche correspondant à une époque où la mer était plus haute de plusieurs mètres)... Bizarre, cette histoire...

La méditerranée a été bien plus basse qu'aujourd'hui, c'est une certitude (ex. : grotte Cosquer dont l'entrée est aujourd'hui immergée à -37 mètres de profondeur). Mais plus haute ?

vendredi, 20 février, 2009  
Blogger Jack said...

Patrick, je ne vais pas te mettre un lien sur google earth, mais si tu vas dans les calanques et jette un coup d'oeil aux nombreuses photos faites en particulier à En Vau, par les alpinistes, tu pourras voir de nombreuses traces d'érosion de la mer un peu partout.
Note bien aussi que ce calcaire là est bien plus dure que celui d'Etretat!

vendredi, 20 février, 2009  
Blogger Jack said...

L'absence de trace de l'érosion maritime à des niveaux supérieur a une explication assez simple, l'effondrement du au travail du gel, d'une part et du travail de sape de la mer d'autre part. Les roches portant la trace des érosions maritimes passée forment les éboulis se trouvant sous les falaises.(hypothèse)
Une précision, qui n'a rien à voir...
Le remplissage soudain de la méditerranée, aurait provoqué l'abaissement général des océans de 6 m...en 14 ans donc, incroyable!
Imagines, pratiquement tous les ports de la planète soudainement inaccessibles aux navires!

samedi, 21 février, 2009  
Blogger Patrick said...

Oui, Jack, pour l'érosion, tu as sans doute raison... Quand aux ports qui s'assèchent, il n'y en avait sans doute guère à l'époque où ça s'est passé.

Pourtant, il y a en Méditerranée plusieurs vestiges de ports engloutis - mais il me semble que c'est davantage les îles qui se sont enfoncées que le niveau de la mer qui a augmenté...

samedi, 21 février, 2009  
Blogger Luc said...

A propos ces histoires d'eau qui monte et qui descend au niveau des zones côtières, il faut bien comprendre qu'il y a 3 facteurs qui rentrent en ligne de compte :

(1) Si la calotte glaciaire qui pèse actuellement sur le Groenland disparaît complètement, il est évident que le Groenland va remonter vu qu'il flotte sur le magma liquide qui est en dessous et qu'il a ces milliards de tonnes de glace en moins sur les épaules. Simple effet de la poussée d'Archimède.

(2) Si la calotte glaciaire qui pèse actuellement sur le Groenland disparaît complètement, le volume d'eau correspondant va se retrouver dans les océans, et donc faire remonter le niveau des eaux, mais de façon répartie sur toute la surface du globe bien évidemment. Donc, sans doute un effet marginal.

(3) Si la calotte glaciaire qui pèse actuellement sur le Groenland disparaît complètement, ça veut dire que le climat se réchauffe. Et donc, si la température des océans augmente, la simple incidence du coefficient de dilatation de l'eau va générer une montée des eaux. De l'eau chaude, ça prend plus de place que de l'eau froide.

Ces trois facteurs jouent parfois dans le même sens, parfois dans le sens opposé, mais toujours sur une mince pellicule d'écroce terrestre qui flotte à la surface d'un magma liquide sous-jaçent.

Tout ça pour dire qu'il faut se garder de tirer des conclusions hâtives, et que les modèles mathématiques permettant d'expliquer les variations du niveau des océans en fonction des variations climatiques, ça ne s'écrit pas sur un coin de table de bistrot !

dimanche, 22 février, 2009  

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