Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

mercredi 28 septembre 2005

Le mythe de l'état providence



Les syndicalistes ont pété les plombs.

La SNCM est sous perfusion depuis des années. En effet, les marins CGT et STC (Syndicat des Travailleurs Corses) font grêve systématiquement au moment des grands départs en vacances, bloquant sur les quais des milliers de familles sans vivres et sans eau sur le parking du port autonome de Marseille. Et ce au nom du sacro-saint "Service Public". Cherchez l'erreur ...

Résultat, la SNCM sombre dans des déficits de plus en plus abyssaux.

Le gouvernement a déjà demandé à Bruxelles un premier plan de recapitalisation, et il l'a obtenu, sous condition d'un plan social qui n'a jamais été appliqué. Résultat : on ne peut plus recapitaliser avant dix ans, il ne reste que la privatisation pour sauver la SNCM du dépôt de bilan.

Seulement voilà : l'entreprise privée, en France, c'est l'enfer. Et l'entreprise nationalisée, le paradis, sous l'aile protectrice et bienveillante de l'Etat Providence. Et donc, pour échapper à l'enfer, les marins CGT et STC ont bloqué le port de Marseille, font des barricades, mettent le feu, encagoulés, et menacent même de couler les bateaux !

Et puis, passage à l'acte hallucinant : au mépris de toutes les règles maritimes, les marins STC piratent le Pascal Paoli, fleuron de la SNCM, sortent du port sans pilote et sans autorisation de la capitainerie, et se dirigent vers Bastia ! Du jamais vu ! Et ce matin, après tentative de négociation du préfet de Corse du Nord, assaut du GIGN pour et prise de contrôle du Pascal Paoli (sans résistance des syndicalistes), et retour vers Marseille.

On nage en plein délire.

Et tout ça pour quoi ? Pour la peur du "privé" !!!! Le monde de l'entreprise a tellement mauvaise réputation en France que des marins professionnels sont prêts à des actes de piraterie pour éviter de se retrouver "dans le privé".

C'est fou.

Les familles de Corses qui travaillent chez Corsica Ferries ne mangent-elles pas à leur faim ?
Et Air France (qui regroupe Air France et Air Inter), a été privatisée à 80%. Depuis, plus de grêve, un service qui est remonté à son plus haut niveau, un vrai professionalisme, une vraie rentabilité, et c'est devenu la première compagnie aérienne au monde. Vous qui travaillez chez Air france, vous êtes en enfer ?

Quand on constate en France un tel rejet du monde de l'entreprise, on est forcé de se dire qu'on n'a pas le cul sorti des ronces en ce qui concerne l'avenir économique de notre beau pays !!!!

Pour en savoir plus :
1. Les marins de la SNCM s'emparent d'un cargo (Nouvel Obs)
2. L'armée prend le contrôle du ferry Pascal-Paoli de la SNCM (Yahoo news)

Crédit photo : Olivier Laban-Mattei pour l'AFP

9 Comments:

Blogger Philippe Piriac said...

Je suis d'accord avec toi sur cette analyse;
Elle n'augure rien de très bon pour nos enfants.
ce qui est navrant c'est que nous , français, avons réussi à faire reconnaître la notion de service d'intérêt génral dans les textes européens , que nous avons inventé la notion de délégation de service public,etc...
en fait , on est là dans une pratique purement corporatiste qui dénature l'image du service public, du syndicalisme et de la Corse. ... Quel gachis.

mercredi, 28 septembre, 2005  
Blogger Jack said...

Je ne sais pas si tu te souviens, Luc, de l’époque où nous avions un Apple IIe.
Nous avions connu un type, très sympa qui utilisait sont Apple en radio amateur, en radio télétype en quelque sorte. Je me souviens, ce type travaillait (si peu) sur un navire de la SNCM, il avait tellement d’avantages : congés, récupérations, salaire, qu’il avait honte d’en parler. C’était dans les années 80.
Je suppose connaissant la surenchère, que cela doit avoir encore progressé.
On peut donc comprendre la résistance du personnel : il a énormément à perdre !
Il y aurait beaucoup à dire sur le port de Marseille et la CGT, Marseille bénéficie d’une situation exceptionnelle, elle s’est vue ravir de très substantielles parts de marché, par les ports du Nord (Anvers, Hambourg) en grande partie à cause d’incessants conflits qui paralysent régulièrement ce port. Les compagnies désertent cette destination jugée trop aléatoire. Le corporatisme et la dictature des dockers atteint des sommets. Il faut dire que c’est une tendance lourde pour tous les ports méditerranéens (Gènes, La Spezia, Barcelone.
Tu dis, ils ont pété les plombs, je pense qu’ils ont mis du cuivre à la place depuis longtemps qu’ils ont foutu le feu à la maison.
D’un autre côté, il reste très peu de compagnies maritimes françaises, car elles ne peuvent lutter contre les compagnies dont les équipages sont composés de Philippins, Ukrainiens et autres peuples payés à coup de lattes, et acceptant des conditions de travail déplorables.
C’est toujours la même histoire, dés que l’économie de marché gouverne sans contraintes autre que la rentabilité : le moins-disant social l’emporte à coup sur.

Les patrons ne sont pas tous des gentlemen comme toi Luc…surtout dans le milieu du transport où la concurrence est féroce.

Ceci étant, il était grand temps de mettre un terme au laisser faire, ils ont bien fait d’envoyer le GIGN et j’espère qu’ils vont les mettre au frais quelques jours à l’arsenal pour qu’ils puissent se « dégriser » .

mercredi, 28 septembre, 2005  
Blogger Patrick said...

Jack, tu cites Marseille, mais on peut aussi citer Le Havre, qui n'est que l'ombre de ce qu'il fut avant que les syndicats de dockers découragent toutes les compagnies maritimes d'utiliser ce port...

Mais il faut être honnête : si la SNCM est privatisée, le service n'en sera sans doute que plus performant et la rentabilité assurée - mais avec des équipages "venus d'ailleurs"... Aujourd'hui, même le prestigieux Queen Mary II navigue avec une très grande majorité de personnel non anglais - La Cunard ayant conclu un accord avec les syndicats dans ce sens - en brandissant la menace de passer sous pavillon de complaisance en cas de non-accord...

jeudi, 29 septembre, 2005  
Blogger Jack said...

OK, Patrick, pour mettre le Havre dans le même sac, même si je pense que Marseille va plus loin dans la démesure (normal à Marseille on exagère...)
Je sais de quoi je parle, ils nous ont laissé plus de 2 millions d'€ de marchandise sur le quai en décembre 2004.
Dur d'expliquer aux Japonnais, qu'ici ce sont les dockers qui commandent!

jeudi, 29 septembre, 2005  
Blogger Jack said...

Vous avez remarquez çà continue.
Y a-t-il un journaliste ayant fait une anlyse objective du bilan de la SNCM ces dernières années?
On entend tellement d'opinions et si peu de faits !

vendredi, 07 octobre, 2005  
Blogger Patrick said...

SNCM, en effet, ça continue.

Galouzeau est passé à la télé récemment, et il a fait remarquer qu'il ne reculait jamais. Excellent : mieux que le pauvre Raffarin qui, il faut le reconnaitre, était passsé maître dans cet excercice. Mais De Villepin n'avait jusqu'à présent pas vraiment eu l'occasion de reculer. Voici donc l'épreuve du feu. Reculera-t-il comme Raffarin l'eût fait ? Ou tiendra-t-il bon "à-la" Thatcher (on se rapellera que cette gente dame avait fait face à 140 000 mineurs anglais pendant un peu plus d'un an en 1984-1985).

On va bientôt voir si notre Premier Ministre a plus que de très belles phrases (prononcées avec brio) dans son sac...

samedi, 08 octobre, 2005  
Blogger Jack said...

Je lisais tout récemment un article sur le déficit abyssal des compagnies aériennes américaines (bien privées) toutes ou quasi sous "Chapter 11". Et je me disais qu'il y avait des questions à se poser sur la privatisation de la SNCM. Ne serait-ce pas en fin de compte une fuite, comme nous en avons vu tant d'autres devant les responsabilités du management.
Je pose une question simplette, la situation de cette entreprise est scandaleuse, moins à cause de ses déficits récurents, qu'à cause de l'immobilisme de ces "gestionnaires" qui laissent gouverner la CGT.
Pourquoi un manager nommé par un CA privé, doit-il forcément mieux gérer qu'un fonctionnaire nommé par l'état actionnaire.
C'est une question de c...lles, pas une question de propriété du capital.
Renault çà marche je crois, l'état n'y est-il pas l'actionnaire principal ? (au passage on se demande bien ce que l'état vient foutre dans la construction automobile)

mardi, 11 octobre, 2005  
Blogger Patrick said...

Le problème, c'est que l'état est pieds et mains liés par la CGT. Si l'état patron veut faire du ménage dans une des sociétés qu'il gère, il risque une grève nationale et des défilés dans les rues. Donc il ne fait rien. Alors qu'un patron privé peut agir... Et c'est bien ce que les employés de la SNCM craignent...

mercredi, 12 octobre, 2005  
Blogger Patrick said...

SNCM : les bateaux ont à nouveau appareillé. Galouzeau a tenu bon sans lâcher grand chose. Un bon point pour Galouzeau (Sarko doit fulminer - mais il a quand même à son crédit l'arraisonnement du Pascal Poali !).

samedi, 15 octobre, 2005  

Enregistrer un commentaire

<< Home