Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

jeudi 19 juillet 2007

L'univers des enfants se retrécit de génération en génération

playground.jpg

Une étude réalisée par Natural England et The Royal Society for the Protection of Birds est arrivée au constat suivant : en quatre génération, les enfants ont perdu le droit de se promener seuls dans la nature.

Regardez la carte ci-dessus (cliquez dessus pour la voir en plein format).

En 1926, George Thomas avait 8 ans. Ses parents n'avaient pas les moyens de lui payer un ticket pour prendre le tramway, ou de lui acheter un vélo. Et il avait l'habitude de marcher 10 kilomètres à pied pour se rendre à Rother Valley où se trouvait son coin favori pour pêcher.

En 1950, Jack Hattersley, son gendre, avait 8 ans. Il était autorisé à marcher 2 kilomètres pour aller se promener seul dans les bois. Il allait à pied à l'école et ne prenait jamais la voiture.

En 1979, quand sa fille Vicky Grant a eu 8 ans à son tour, elle était juste autorisée à se rendre seule à pied à la piscine se trouvant à 800 mètres de la maison.

Aujourd'hui en 2007, Edward, le fils de Vicky qui a huit ans, n'a plus aucune de ces libertés. On le conduit à l'école en voiture. S'il veut faire du vélo, on l'emmène en voiture dans un endroit sûr. Et il n'a pas le droit de s'éloigner de la maison de plus de 300 mètres, le bout de la rue.

Le contraste entre l'enfance vécue par Edward et son arrière grand-père George est frappant et est illustré sur la carte ci-dessus. Le Dr William Bird, auteur du rapport, pense que la santé mentale des enfants du vingt et unième siècle est en danger, parce que les enfants n'ont plus la possibilité de se confronter par eux-même à leur environnement naturel. Il sont coupés de tout contact direct avec la nature pour établir une relation intime avec elle pendant leur enfance.

C'est vrai que ce retrécissement de l'univers des enfants s'est fait de façon progressive et insidieuse. Et quand on regarde cette carte, le constat est assez perturbant, je trouve ...

Pour en savoir plus :
1. How children lost the right to roam in four generations (the Daily Mail)
2. A 'Natural Health Service' is the way forward says Natural England (Natural England)

Crédit image : the Daily Mail

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14 Comments:

Blogger Axel said...

Et parallelement, l'espérance de vie augmente grâce (partiellement) à l'élimination des dangers liés à l'exploration seul de la nature.

Plus sérieusement faire une étude là dessus me parait plus qu'inutile, c'est pas très nouveau que l'urbanisation et le fait que les gens habitent de plus en plus en ville et non pas dans les campagnes éloigne naturellement les gens de la nature...

jeudi, 19 juillet, 2007  
Blogger Julien said...

Axel, Rien à voir avec la nature.
Je trouve cette étude très intéressante, car elle tend à révéler ce que nous nous disons presque inconsciemment...Dans un village que je fréquentais gamin, je sais désormais que les gosses du même age ne peuvent pas faire le quart de ce que je faisais... C'est pourtant un village. Mais le sentiment d'insécurité, plus que l'insécurité elle-même à réduit le rayon d'action à une peau de chagrin ...

jeudi, 19 juillet, 2007  
Blogger Betty said...

Absolument d'accord avec Julien. Mère d'une petite fille de 7 ans je me pose souvent cette question en comparant son mode de vie au mien. A son age mes soeurs et moi allions seule à la plage. Jamais je ne laisserais ma fille le faire ! trop de risques. Alors qu'elle est la différence ?
Ma mère me dit qu'a l'époque une plus grande confiance était faite aux enfants. Les petits étant confiés aux grands sensés être raisonnables et responsable. (enfin il m'en est arrivé de bonne quand même !!). Dans le village tout le monde se connaissait parfaitement, la campagne était vivante et habitée il y avait du monde aux champs (ou a la pêche..), dans les rues, et des commerces. Aujourd’hui les villages sont quasi déserts. A l'époque les adultes n’hésitaient pas à se mêler de la vie des gosses, on se ramassait parfois une bonne engueulade et on n'avait qu'une trouille : que ça revienne aux oreilles de nos parents. Je pense que si on avait été « inquiétés » par un adulte on aurait facilement trouvé refuge auprès d’un voisin.
Aujourd'hui les enfants évoluent dans la plus grande indifférence, et l’on n'ose plus interpeller des enfants dans la rue.
Par contre ma mère me disait que si elle avait eut conscience de ce qu'un adulte peut faire à un enfant jamais elle ne nous aurait laissé vagabonder ainsi.

Personnellement quand je vois les enfants du quartier jouer je jette tjs un oeil pour voir si tout va bien, et si je trouve un personnage « louche » et bien je m’installe et j’observe. Il me voit, je le vois et tout va bien. (ça m’est arrivé de le faire dans le bus).
Si chacun savait encore faire ça nos enfants seraient un peu plus en sécurité.

Mais bon ce n’est qu’une partie du problème, reste le danger de la circulation + l’urbanisation (jouer dans les caves et jouer dans les champs c’est pas pareils) sans parler des « mauvaises fréquentations » et de l’insécurité. J’ai deux neveux de 13 et 16 ans qui se sont quand même fait raquetter 2 fois en rentrant de l’école… Je peux vous dire que leur mercredi après-midi ils n’ont plus le droit de les passer dans la rue… Bref être parents aujourd’hui c’est un cruel dilemme entre sécurité et liberté.

vendredi, 20 juillet, 2007  
Blogger Jack said...

Et bien en voilà un sujet intéressant qui témoigne des évolutions pas toujours très positives de la société.
C’est vrai que l’urbanisation ne facilite pas le contact des enfants avec la nature. Lorsque nous habitions Paris, nous avions horreur des embouteillages des WE et souvent nous allions nous promener dans un des parcs de la capitale. J’ai pu y observer les jeux de ces pauvres gamins de Paris.
C’est alors que j’ai réalisé la chance que j’ai eu de grandir à la campagne au milieu de tous les dangers jugés complètement démentiels de nos jours.
Ta maman, Betty a tout a fait raison lorsque nous étions enfants les parents très tôt faisaient confiance à leurs enfants, mais pas seulement à leurs enfants...
A la maternelle j’allais seul à l’école, 4 trajets par jour, l’école était à plus d’un km de chez moi. Nous avions beaucoup moins de voiture à l’époque, c’est vrai.
Il n’empêche que je me suis fait renverser par une bicyclette en traversant sans regarder : un bras cassé.
Je ne vous parle pas de mes terrains de jeux, plein de danger, ma marre préférée : pêche aux tritons et grenouilles l’été, patinage l’hiver.
Je ne vous parlerez pas non plus de toutes les cabanes construites, des galeries creusées avec tous les outils dangereux chipés dans l’atelier de mon père. Nous étions absents des heures de la maison, sans que nos parents sachent au juste où nous étions ; seul le temps pluvieux était capable de nous tenir à l’intérieur.
Et pour en remettre une dernière couche, je ne vous dis pas que nous jouions aussi au docteur avec nos petites copines dans nos cabanes... Nous étions de vrais pervers !

Je crois qu’à cette époque nous courrions au moins autant de risque qu’aujourd’hui : ce qui a surtout changé c’est notre regard et nos rapports au risque simplement. C’est assurément un adulte mal préparé qui sera issu d’un gamin n’ayant connu que les jupes de sa mère et la télé.
Elevé dans un univers totalement encadré, je me demande à quel moment il pourra décider par lui-même et devenir un adulte, justement.

C’est sans doute une explication (partielle) à la multiplication des Tangy ?

samedi, 21 juillet, 2007  
Blogger claire said...

Une vie d'individualisme, et d'universalisation de l'information.
On vit des vies certainement beaucoup plus isolées qu'auparavant. On est beaucoup à être collé les uns sur l'autres, on se croise sans se voir. Et paradoxalement on est informé de tous les malheurs du monde.
On suit un courant de pensées orchestré à grand tapage par les médias. La peur règne en maître. Les bonnes nouvelles n'intéressent personne alors on a toutes les floppées des mauvaises. Et allons y gaiment. S'il n'y en a pas ici, on va les chercher plus loin. 3 bébés trouvés dans un congélateur, on en parle beaucoup et on en déterre aussitôt dans tous les jardins...bizarre, il n'y en a plus...la mode est passée. Un cadavre ici, un gang par là, des voitures brulées là bas, des incendies de forêts à deux pas, le trou d'ozone s'aggrandit, la terre s'assèche, la pollution nous intoxique, les jouets chinois peuvent tuer vos enfants...franchement où sont les bonnes nouvelles ???
Vraiment quand on voit la gestion informatives des évènements, c'est hallucinant.
Le ms13 à LA...mais il y avait la cour des miracles à Paris, les bandits de grand chemin...certes ils ne prenaient pas le train ou l'avion et si c'était là bas ils restaient là bas, dans des mondes qui ne se touchaient pas trop.
La vie est elle plus risquée ?...Je ne pense pas. Je pense surtout que c'est la gestion de l'information qui nous fait percevoir les choses de façon différente. On est sous influence de tous les malheurs du monde. Réseaux, traffics en tous genres... Les échelles sont différentes..
Remarquez que je ferme maintenant la porte à cle, je suis phobique des vols de chien (j'en vois trop), les maisons commencent à ressembler à des fortifications, chacun à sa mesure : barreaux, alarmes...
On est "aware" de trop de risques...et je suppose que si j'avais des enfants, sans heureusement en connaitre aucun à qui il est réellement arrivé malheur, j'aurais des appréhensions à les laisser faire des tonnes de choses.
Connaitre les risques c'est bien, mais on oublie d'en connaitre la probabilité.

samedi, 21 juillet, 2007  
Blogger claire said...

Je n'avais pas vu l'article précédent...mais il est une parfaite illustration de ce qu'une information peut créer
Elles y sont où les bonnes nouvelles ??????
En le regardant, je me suis sentie tout à fait bien ! J'ai le choix entre plein de morts différentes, visualiser en direct l'accroissement d'un taux de pollution quelconque...tout à fait bien !!! Pas peur du tout.
Que des vilaines maladies qui font peur. Les microbes sont partout ! Alors prudence...
Ca me fait penser aux masques que certains portent, peu ici, beaucoup ailleurs. Si encore on se mettait des masques pour protéger les autres, mais en fait on pense se protéger soi...faudra seulement qu'on m'explique de quoi exactement...

samedi, 21 juillet, 2007  
Blogger claire said...

Le masque...
On s'isole en essayant de se protéger de toutes les agressions possibles. On se met des barrières partout. Surveiller un grand territoire, c'est compliqué, si on le restreint, ça sécurise, ça semble plus simple...
Pour les enfants, bonjour les syndromes de privation...
Avant c'était sans doute la peur de l'inconnu qui nous freinait, maintenant c'est aussi la surinformation qui fait peur.

samedi, 21 juillet, 2007  
Blogger Luc said...

@ Claire : Tu as raison, on est abreuvé de faits divers plus épouvantables les uns que les autres. C'est pour ça que je n'achète jamais le journal régional, et que je ne regarde jamais la grand messe du vingt heures de TF1.

D'un autre côté, la couverture du Petit Journal en 1909, tu crois que c'était vraiment plus rassurant ?

samedi, 21 juillet, 2007  
Blogger Jack said...

C'est pour ça que l'on vient volontiers discuter sur ce blog :
on y trouve aussi des bonnes nouvelles et des gens sympas avec les yeux bien grand ouverts...

dimanche, 22 juillet, 2007  
Blogger Patrick said...

Il y a un autre aspect à ce sujet : c'est la valeur qu'on attribue à la vie (la sienne, celle de ses enfants, celle des autres). Il y a quelques siècles, en France, la vie avait moins de valeur qu'aujourd'hui. Par exemple, la vie d'un enfant en bas âge ne valait pas cher, car son espérance de survie était faible. On confiait volontiers son enfant à une nourrisse "en province". S'il venait à mourir, on en mettait un autre en chantier, et voilà tout. La valeur de sa propre vie était minimisée par la certitude d'un au-delà plus clément. La mort n'était qu'une transition vers un monde meilleur. Et on mourrait beaucoup (maladies, malnutrition...). A la révolution, les guillotinés n'étaient pas très inquiets, à en lire leurs écrits... Quant à la vie des autres, on n'en faisait pas grand cas : on tuait beaucoup...

Aujourd'hui, la vie est - au moins dans notre culture occidentale - très prisée. Voir comment on s'acharne à la préserver et à la rallonger de quelques semaines, même lorsque tout espoir de guérison est exclu, tout ça à grands frais... Ce n'est pas le cas dans d'autres cultures - je me suis laissé dire qu'en Chine rurale, l'habitat familial a plus de valeur que les occupants. En Afghanistan, un chameau vaut plus que la vie d'un homme. Certains musulmans extrémistes n'hésitent pas à sacrifier leur vie, passeport certain pour rejoindre directement Allah.

Il découle de ce prix élevé attribué à la vie en occident notre attitude hyper protectrice envers nos enfants, dont le "prix" est au pinacle de notre échelle de valeurs - au risque paradoxal de les rendre moins adaptés à leur environnement et plus fragiles...

Pourtant, il faudra bien un jour traiter la question de la "valeur" de la vie. Certains pays européens ont créé un système de points pour décider de l'opportunité d'opérer un malade ou non. Par exemple, un homme actif de 35 ans aura un grand nombre de points et sera opéré en priorité. Mais le grabataire de 85 ans aura si peu de points qu'il sera certainement mort avant que son tour ne vienne. Bref, on donne à l'homme actif de 35 ans une "valeur" plus grande pour la société que le grabataire de 85 ans. Je pense qu'on y viendra bientôt en France, pour optimiser les dépenses de santé.

Ca sera intéressant de voir alors la valeur qu'on attribuera à un enfant de 2 ans, de 7 ans, de 20 ans, à un adulte de 35 ans etc. Je pense qu'on introduira d'autres variables que l'age (par exemple un jeune illéttré de 20 ans aura moins de "valeur" qu'un universitaire de 20 ans). Espérons seulement que des variables du genre sexe ou couleur de peau ne seront pas introduites !

Les ricains le font d'ailleurs déjà sans le dire en envoyant de préférence en Irak des jeunes noirs sans éducation, qui ont moins de "valeur" qu'un jeune blanc éduqué... "Engagez-vous, engagez-vous, qu'ils disaient, vous verrez du pays" !

dimanche, 22 juillet, 2007  
Blogger Luc said...

Patrick is back !!!!!

Saluons ici bien bas le retour de Patrick qui nous a beaucoup manqué pendant ses quelques semaines d'absence !

dimanche, 22 juillet, 2007  
Blogger claire said...

Mille excuses Luc. Jack a raison.
Parce que ton blog, c'est tout sauf des mauvaises nouvelles.
Chaque jour des découvertes, et souvent elles sont très jolies, voire merveilleuses. Certaines pensées du jour aussi. Je ne sais pas où tu vas dénicher tout ça...
Je ne parle pas souvent mais je te/vous lis beaucoup.
Les sujets donnent souvent naissance à des discussions intéressantes et parfois restent en mémoire des désirs de voyage, aller écouter ailleurs le sable qui chante, voir la maison du facteur cheval...
Je ne sais pas si les enfants finissent eux mêmes par restreindre leur territoire, à mon avis les sentiments d'appréhension naissent vite, mais s'ils te lisaient, ils auraient des envies de voir par eux mêmes terribles !!!!!
Il parait qu'au japon, il y a une nouvelle maladie d'enfants qui ne veulent plus sortir de leur chambre. Surprotégés et gâtés, ils vivent dans un monde virtuel et ont une peur terrible de sortir dans la vraie vie. Une nouvelle forme d'agoraphobie, pas nouveau l'agoraphobie, sauf qu'elle touche des tout jeunes et qu'apparemment cette maladie s'étend...

lundi, 23 juillet, 2007  
Blogger Jack said...

Patrick est de retour et son avis toujours éclairé commençait à manquer diablement... Bien venu donc.
Ton analyse de la valeur de la vie explique parfaitement les peurs de notre société de nantis. Il reste que la peur est la pire conseillère qui soit et que si nous ne revoyons pas notre posture, nous allons fabriquer de vrais dingues et nous pourrir la vie.
Ce qui conduit au paradoxe de mettre la valeur de la vie au dessus de tout, tout en nous la rendant infernale...
A quand le ministère de la lutte contre les peurs ?

lundi, 23 juillet, 2007  
Blogger Betty said...

Welcome Patrick !!! ;-)

Oui le territoire des enfants se restreint mais d'un autre côté leur éveil est plus grand. A l'école beaucoup de sortie scolaire et d'éducation à la nature et a l'écologie. A la maison beaucoup de visite et de voyage. Autrefois les enfants étaient libre de courrir là ou leurs jambes les portaient mais bien connaissaient d'autre villes, d'autres villages. Moi même j'ai peu voyagé dans mon enfance. Je n'ai vu la montagne qu'une seule fois et à 10 ans ! Le train la 1ère fois c'était à 12 ans.
Ma fille a 7 ans, elle a déjà prit le train, le tramway, elle connait Houat, Belle ile, Groix, Bréhat, Paris et la tour eiffel, le Mont St Michel, elle a visité l'aquarium d'Océaonopolis etc..
A son age je n'avais rien vu de tout ça.
Les enfants sont moins livrés à eux même et expérimente moins (mais encore un peu quand même)par contre comme pour compenser on les accompagnent dans beaucoup de découvertes. Ce n'est pas pareil je sais mais ce n'est ni mieux n'y moins bien, c'est adapté à la modernité.
Et puis il reste les Scouts !!..

lundi, 23 juillet, 2007  

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