Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

lundi 30 juillet 2007

Ingmar Bergman (1918 - 2007)

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Ingmar Bergman nous a quitté aujourd'hui. Il s'est éteint paisiblement chez lui sur l'île de Faarö, en mer Baltique. C'est un des plus grands génie du cinéma moderne, d'une sensibilité et d'une puissance inouïe. Le cinéaste de l'âme qui savait aller au plus profond de nous-même.

Sur la soixantaine de films qu'il a tourné, trois m'ont particulièrement marqué quand je suis allé les voir en salle dans des cinémas d'art et d'essai :

1. Le Silence (1963)

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Ce qui m'a frappé dans ce film, c'est son atmosphère sensuelle et onirique. Deux soeurs dont une a un petit garçon sont dans un train et arrivent dans une ville étrangère qui est en guerre. La chaleur est torride. C'est un film onirique qui nous entraîne dans la rivalité de deux soeurs. La lenteur du film, ses images magnifiques, les scènes surréalistes du petit garçon errant dans ce palace vide où il rencontre une troupe de nains et se lie d'amitié avec le maître d'hôtel. Le contraste entre la sensualité refoulée de la soeur ainée et celle, débridée, de la cadette est d'une violence silencieuse très forte. A un moment, le verre d'eau se met à trembler sur la table de chevet au milieu de la nuit. Ce n'est qu'un tank passe en bas dans la rue déserte ... Tout cela se passe comme dans un rêve.

2. Persona (1966)

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Là, ce qui m'a sidéré, c'est le générique. Le début du film, c'est une avalanche d'images percutantes, rythmées par une musique syncopée. Les titres passent en flash. On les lit par persistance rétinienne, presque. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma, le générique était un film à lui seul. Le film en lui même était bien, mais le générique, je l'ai reçu comme un choc visuel et émotionnel. Un peu comme "Un chien andalou", toutes proportions gardées.

3. La honte (1968)

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Je me souviendrai toute ma vie du jour où j'ai vu ce film, en 1968, à sa sortie en salle.

L'histoire se passe de nos jours. Un couple vit paisiblement dans une ferme, et la guerre arrive. Petit à petit, le mari (Max von Sydow) va glisser de compromission en compromission. Ce couple va progressivement se mettre à accepter l'inacceptable. Et nous aussi, entraînés insidieusement pas la maestria de Bergman. Le glissement va se faire progressivement, sans qu'on s'en rende compte. Puis, à la fin du film, alors que Max von Sydow et Liv Ullman dérivent dans une barque sur la mer, en écartant des cadavres qui flottent à l'aide d'une rame, Liv Ullman va nous raconter son rêve, en regardant le spectateur droit dans les yeux :

"J'ai fait un rêve. Je parcourais une rue très jolie. D'un côté, il y avait une maison blanche, avec des colonnes. De l'autre, un parc ombragé. Et sous les arbres bordant la rue, coulait une source vert sombre. Puis j'atteignais un haut mur, tout recouvert de roses. Alors un avion a incendié les rosiers. Ce n'était pas terrible parce que c'était beau. Je regardais se refléter dans l'eau les roses qui brûlaient. Je tenais un bébé dans les bras. C'était notre fille. Elle s'agrippait à moi ... Je sentais ses lèvres sur ma joue. Et tous ce temps je songeais que je devais me rappeler quelque chose ... mais j'ai oublié quoi."

Et là, Liv Ullmann, qui venait de prononcer ces dernières paroles ferme les yeux. Fondu au noir. Le film s'arrête, la salle s'éclaire. Tous les spectateurs restent assis, assommés, silencieux.

Ce que Bergman venait de réussir à faire, c'est de nous entraîner à la dérive pour mieux nous jeter dans le réel à la fin du film. Le retour à la réalité est rude, face à nos propres lâchetés du quotidien. Et alors, tous les spectateurs se posent la même question :

Et nous, qu'avons-nous oublié ?

Pour en savoir plus :
1. Le maître du cinéma suédois Ingmar Bergman est mort (Le Monde)
2. Ingmar Bergman, le cinéaste de l'âme, s'est éteint (Le Figaro)
3. Film director Bergman dies at 89 (BBC news)
4. Ingmar Bergman (Wikipédia)

Crédit photo : Diether Endlicher

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2 Comments:

Blogger Lyse said...

J'ai beaucoup aimé ces films d'Ingmar Bergman.Beauté dépouillée des images mais des émotions intenses et vraies.
Ces films ne sont pas de ma génération mais je me dis qu'avec ces productions le cinéma était alors vraiment un art
Merci Luc de les avoir évoquer dans tes brèves de comptoir

mercredi, 01 août, 2007  
Blogger Patrick said...

Mon film-culte toutes catégories confondues (mais non, je n'ai pas dit film de cul, gros cochons) a toujours été "Les fraises sauvages" (Smultronstället).

" Le docteur Isak Borg part à Lund pour assister à une cérémonie de jubilé en son honneur. Au cours de ce voyage dans sa propre limousine et accompagné de sa bru, il fait le point sur sa vie et finalement se réconcilie avec lui-même. "

Bref, il ne se passe quasiment rien dans ce film... Tout se passe dans la tête du docteur Borg, et Bergman nous fait admirablement partager cette introspection. C'est un peu du "Virginia Wolf" (Mrs. Dalloway) en cinéma.

samedi, 04 août, 2007  

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