Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

mardi 29 janvier 2008

L'église de Villes-sur-Auzon

Villes sur Auzon

Villes-sur-Auzon est un charmant petit village de Provence, situé au pied du Mont Ventoux. C'est de là que part la route qui va à Sault en passant par les vertigineuses Gorges de la Nesque.

Chaque fois que je passe par ce village, je suis frappé par l'église. En effet, sur le fronton est écrit en gros caractères "République Française". Et, si vous vous approchez, vous pouvez lire sur le fronton : "Liberté, Egalité, Fraternité" :

Villes sur Auzon

Comme vous le savez, je suis plutôt partisan d'une laïcité républicaine. Ce qui signifie qu'il y a une séparation entre l'église et l'état, et qu'il y a une liberté de culte et de croyance individuelle. Ceci dit, je pense quand même que les églises de nos villes et villages font partie de notre patrimoine culturel, et je trouve ça un peu sacrilège d'avoir inscrit ça sur cette église. (De même que je trouve sacrilège la destruction au canon des Bouddhas de Bâmiyân par les talibans.)

Ceci dit, pour que le peuple de ce village inscrive ces mots sur le fronton de cette église, il faut vraiment qu'ils aient eu un fort contentieux avec le clergé.

La vision de cette église m'a rappelé la sensation que j'avais eu à Noël quand j'étais allé visiter avec Patrick le Musée des monuments français au Trocadéro, à Paris :

Cite_architecture_patrimoine.jpg

Dans la Galerie des Moulages sont rassemblé des moulages grandeur nature des statues, des frontons et des chapiteaux les plus marquants de notre architecture. On retrouve rassemblé là le meilleur de la statuaire religieuse de tout le pays.

Eh bien en contemplant cette incroyable accumulation de saints, de papes et autres figures religieuses, j'ai ressenti le poids de la toute puissance du clergé qui s'est exercée sur le peuple pendant des siècles et des siècles. Et, d'un seul coup j'ai réalisé ce qu'on dû ressentir les révolutionnaires face à cette autorité écrasante et omniprésente. J'ai alors eu une pensée pour ceux grâce à qui nous vivons actuellement dans un pays libre ... et laïque !

En y repensant je me dis que, peut-être, après tout, ces inscriptions républicaine sont à leur place sur le fronton de la petite église de Villes-sur Auzon.

Pour en savoir plus :
1. Villes-sur-Auzon (site officiel)
2. Musée des monuments français (Wikipédia)

Crédit photos : Luc et Romain

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19 Comments:

Blogger Patrick said...

Bon, ça a peut-être fait plaisir aux habitants d'abîmer le fronton de l'église... Et maintenant, c'est une curiosité qu'on photographie... Mais ça fait un peu bêta quand même, non, cette mention sur une église !

mardi, 29 janvier, 2008  
Blogger Jack said...

Pour un esprit curieux et attentif, il est aisé de prendre conscience du poids de la religion en comptant seulement le nombre de calvaires que l’on peut voir à la moindre croisée de chemin. J’ignore si leur nombre exact a été recensé, mais assurément il s’agit d’un nombre très élevé, qui pourrait bien atteindre le million d’unités. (Nous avons 36782 communes en métropole et il suffirait de 27 signes par commune...)
Je crois que l’on a peine à imaginer le poids de la religion sur tous les actes toutes les paroles et pensées à ces époques sous influence, aucun domaine ne lui échappait.

La Bretagne en est un exemple remarquable, lorsqu’on pense à la modestie des revenus de ce peuple et à la masse d’énergie dépensée pour construire églises somptueuses, chapelles, enclos et calvaires monumentaux, dans cette pierre si dure qu’est le granit breton.
Au crépuscule de la chrétienté, dans nos contrées, ces temps là ne sont mêmes plus imaginables par nos contemporains.
Pourtant d’autres dieux et d’autres églises les ont remplacés.

@Patrick : ces slogans républicains gravés sur le fronton d'une église sont plus qu'une curiosité photographique, c'est de l'histoire.Ici en Provence les plaies des luttes entre révolutionnaires et légitimistes, ne sont pas totalement cicatrisées.

mardi, 29 janvier, 2008  
Blogger Betty said...

J'aimerais en savoir plus : de quand date cette inscription, et dans quelle circontance à t'elle été apposée ?

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Erwan said...

Betty : ça a été gravé vite fait cet après midi après que notre bien aimé Président ait le désir de mentionner les racines chrétiennes dans le mini-maxi traité européen ! ;-)



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http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080130/tts-france-laicite-sarkozy-ca02f96_1.html
[Reuters] - Le président Nicolas Sarkozy estime que l’Union européenne a eu tort de renoncer à mentionner les racines chrétiennes de l’Europe dans le projet de Constitution rejeté par la France en mai 2005.

“Ce fut une erreur de tourner le dos à notre passé et de renier d’une certaine façon des racines qui sont évidentes”, a déclaré le chef de l’Etat lors d’une convention de l’UMP sur l’Europe. “Qu’on ne vienne pas nous dire qu’on remet en cause la laïcité”, a-t-il ajouté, en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. “Il suffit de survoler la France pour voir son long manteau d’églises”.

Pour le président français, “dire qu’en Europe il y a des racines chrétiennes c’est simplement faire preuve de bon sens. Renoncer à le dire, c’est tourner le dos à une réalité historique”.

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Luc said...

@ Betty : Je vais essayer de me renseigner. Je te tiendrai au courant ...

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Jack said...

Pour répondre partiellement à Betty, l’annexion du comtat Venaissin par le pouvoir révolutionnaire date de 1791, jusqu’à cette date cette région était territoire pontifical. Ville sur Auzon est au cœur de cette zone.
On peut supposer que la nouvelle administration révolutionnaire eut à cœur de bien marquer le changement de pouvoir, un an plus tôt « la constitution civile du clergé » était adoptée. Elle décrétait le passage du clergé sous l'autorité de l'état, ce dernier devant lui jurer fidélité.
Je n’ai pas trouvé de témoignage direct, mais il y a fort à parier que ces inscriptions datent de cette période agitée de l’histoire du comtat.
D’autres églises portent les mêmes « stigmates » dans les environs.

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Luc said...

@ Jack : C'est peut-être pas si simple. Si j'en crois le site officiel de Villes sur Auzon (que j'avais mis en lien), l'église actuelle a été édifiée en 1850, donc 59 ans après le rattachement du Comtat à la France ...

L'explication se trouve ici. Je cite :

"Déjà, effectivement sur le fronton de l'église apparait une inscription REPUBLIQUE FRANCAISE.

Mais si vous cliquez sur l'image vous verrez mieux les autres inscriptions qui sont les devises nationales ( liberté égalité fraternité ) juste en dessus de la porte.
Phénomène d'autant plus étrange sur un édifice religieux, d'aprés le syndicat d'initiative de Villes sur Auzon, qu'ils n'en existent que 4 ou 5 en France

L'église paroissiale, consacrée à St André, se trouvait à peu prés à l'endroit de la place du 8 mai où est actuellement la fontaine.
En raison du délabrement du monument existant à l'époque, le conseil municipal par une délibération du 10 mars 1840 décida de construire une nouvelle église hors des murs. les travaux durèrent de 1852 à 1854, l'ancienne fut démolie en 1865

Ces inscriptions plutôt singlières sur un bâtiment de culte furent décidées par une délibération du Conseil Municipal siégeant le 15 novembre 1891.

On peut penser que les évènements qui bouleversèrent la France de 1871 ( insurrection de la commune de Paris) à 1905 ( loi de séparation de l'église et de l'état ) et qui conduisirent à la suppression des congrégations religieuses (1880 ) et la laïcisation des hôpitaux, pompes funèbres, cimetières... (1881 ) furent à l'origine de cette décision.

Je remercie vivement la maison du tourisme de Villes sur Auzon ainsi que son hotesse d'accueil qui m'a fourni le document nécessaire pour vous expliquer tout ceci.
Document de référence : archives municipales de Villes sur Auzon."

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Jack said...

Dont acte, si l'église est de 1850!
Notes bien que la commune réactivent les idées de 1789...et que les laïques ici peuvent être aussi intégristes que les religieux.

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Patrick said...

J'ai constaté qu'en Russie, la plupart des églises sont intactes. Pour la plupart, les églises orthodoxes ont été fermées par les Soviétiques, mais pas détruites. Certaines ont été utilisées comme "musée de l'Athéisme" pour démontrer au peuple la bêtise de la religion. Les icônes dorées n'ont pas été pillées. Après la chute de l'URSS, il a suffit de dépoussiérer les églises (et de les restaurer), et leur splendeur est revenue. Même les Soviétiques n'ont pas eu la bêtise de détruire ni même d'abîmer le patrimoine de leur pays !

Même aujourd'hui, les russes conservent les statues et effigies de Lénine, considérant que c'est leur histoire, et qu'il n'y a pas lieu de renier l'histoire... Certains disent même que ces effigies sont un constant rappel de ce qu'il ne faut pas faire !

mercredi, 30 janvier, 2008  
Blogger Véronique S said...

Bah! après tout, c'est moins choquant que les vilaines nouvelles églises bâties ces 150 dernières années sous couvert de modernité...(et là, il n'y en a pas que 4 ou 5 malheureusement).
Et puis le Christ, il aimait bien la liberté, l'égalité et la fraternité, non?
Je crois même qu'il en parlait assez souvent...

jeudi, 31 janvier, 2008  
Blogger Betty said...

@ Véronique S : ABSOLUMENT ! tu me coupes l'herbe sous le pied !!

Merci pour les explications historiques Luc, je dois avouer qu'en posant cette question j'avais espérer un truc un peu romanesque du style : le curé de la paroisse, profond humaniste faisant de la devise républicaine un message de paix et d'humanité...

@ Patrick : je ne suis pas une experte en patrimoine russe mais il me semble que la révolution à fait qq ravage notament en transformatn toute les palais et riches demeures en bureau ou en logement d'habitation type HLM !!..

jeudi, 31 janvier, 2008  
Blogger Jack said...

Patrick : il n'y a pas qu'en Russie que Lenine revient, puisque Georges Frêche à Montpellier compte y mettre sa statue qu'il ferait venir de Seattle, il n'a rien trouvé plus loin sans doute?

jeudi, 31 janvier, 2008  
Blogger Patrick said...

@Betty. En fait, ceux qui ont tout cassé, ce sont les allemands pendant le conflit germano-russe en 1941-1942. A Stalingrad, les superbes palais ont servi de casernes aux allemands avant d'être incendiés en partant. La bataille de Stalingrad a laissé environ 1 500 000 morts russes (environ 10 000 morts par jour). En fait, les allemands ont vraiment tout détruit.

Heureusement, les russes ont tenu, et ce fut le premier revers pour les nazis... et le début de la fin de la guerre... Merci les russes.

Alors c'est vrai qu'après le passage des allemands, il y a eu comme qui dirait une certaine crise du logement à Stalingrad, et c'est à ce moment qu'ont été inventés les appartements communautaires installés dans des immeubles "bourgeois" - qui subsistent encore aujourd'hui surtout à St Petersbourg (ex- Leningrad ex-Stalingrad).

Mais, comme je l'ai dit précédemment, les russes eux-mêmes n'ont pas détruit leur patrimoine, fut-il religieux...

vendredi, 01 février, 2008  
Blogger Jack said...

Stalingrad se nomme Volgograd aujourd'hui(Волгоград) sur la Volga comme son nom l'indique.
Et ça c'est une vrai insulte pour le 1.5 millions de morts russes, car ils sont morts nul part désormais.
On a beau détester Staline, on a pas le droit "d'effacer l'histoire" : enfin je trouve!

vendredi, 01 février, 2008  
Blogger Jack said...

Voici ce funeste endroit Volgograd

vendredi, 01 février, 2008  
Blogger Patrick said...

Ah, Zut, je me suis emmélé les pinceaux. Volgograd, en effet.

Mais les allemands sont aussi venus aux porte des Leningrad dès la fin de 1941, comme en attestent des reliques de canons et de chars qui "décorent" les routes autours de St Petersbourg en mémoire de ce temps. Et ils ont bel et bien utilisé des palais de Léningrad comme casernes, pendant un siège de 900 jours, et incendié tout ça en partant... Il y eut 1 800 000 morts du côté russe... C'est en partie grâce au nouveau matériel (orgues de Staline ; chars T34) que les russes ont finalement pu repoussé les allemands en 1944. Bravo les russes.

vendredi, 01 février, 2008  
Blogger Carrizo said...

Trè beuax, j'aime.

dimanche, 30 mars, 2008  
Blogger Luc said...

@ Carrizo : Merci pour ton commentaire ! Ce n'est pas tous les jours qu'on a la visite d'un finlandais !

dimanche, 30 mars, 2008  
Blogger victorleonce said...

Etienne: Bonjour à tous.Un ami à qui je parlais de cette église de Villes sur Auzon me dit avoir vu la même"curiosité" à la cathédrale de Clermont-Ferrand.

vendredi, 27 juillet, 2012  

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