Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

samedi 24 février 2007

Les trois tours de l'élection présidentielle

le 3ème tour

Vous croyez, comme tout le monde, que l'élection présidentielle française est une élection au suffrage universel direct à deux tours et à bulletin secret, le premier tour ayant lieu le 22 avril, et le deuxième tour le 6 mai 2007.

Eh bien, détrompez-vous.

Il y a un troisième tour, qui se déroule avant les deux autres, qui aura lieu le 16 mars et qui, lui, n'est pas à bulletin secret. Il s'agit du "parrainage" qui a été mis en place à l'occasion de la première élection présidentielle au suffrage universel direct de 1965, qui a été remportée par Charles De Gaulle. Mais à l'époque, seuls 100 parrainages suffisaient, et puis c'est tout.

En 1974, Valéry Giscartd d'Estaing a changé tout ça. Pour empêcher l'accès à la présidentielle des "candidats fantaisistes", il a fixé la barre à 500 signatures, qui en plus doivent provenir d’au moins 30 départements ou territoires d’outre-mer différents. Mais en plus un candidat ne peut en rassembler plus de 50 par département – afin d’éviter les plébiscites locaux.

Ceux qui peuvent parrainer un candidat sont les suivants : députés, sénateurs, membres français du Parlement européen, conseillers régionaux et généraux, maires, et les mandataires d’Outre-mer. Soit un total de 47.289 parrains potentiels. Mais les maires sont les plus sollicités, vu qu'ils sont 36.700 en France.

Tout cela est déjà bien contraignant, mais il vient s'ajouter une barrière supplémentaire. Ces parrainages ne sont pas anonymes.

En effet, selon la loi du 6 novembre 1962, le nom des parrains est rendu public par le Conseil constitutionnel au moins une semaine avant le premier tour de scrutin, «dans la limite du nombre requis pour la validité de la candidature». Concrètement, 500 signatures sont tirées au sort et publiée au Journal officiel. Jean-Marie Le Pen ou d’autres candidats n’obtenant en général guerre plus de 500 soutiens, ces élus sont donc presque certains de voir leur nom apparaître.

Lors des trois précédents scrutins, l’intégralité des parrainages avait même été affichée dans les locaux du Conseil constitutionnel l’espace de quelques jours. Les sages ont demandé à ce que cette mesure devienne la règle… ce que le Parlement a refusé. En conséquence, le Conseil constitutionnel s’en tiendra cette année au tirage au sort.

Tout ça pour en arriver à quoi ? Et bien tout simplement au fait que le maire d'une petite commune verra son nom affiché avec en face le nom du candidat qu'il aura parrainé. Et, bien sûr, vous imaginez la suite.

Disons les choses clairement : notre élection présidentielle est un suffrage à trois tours. Le premier aura lieu le 16 mars. La liste qui sera affichée alors aura été non pas le résultat de la réflexion d'un ensemble d'élus responsables, mais bel et bien le résultat de la pression exercée par les grands partis en place, ce qui n'est pas, me semble-t-il, une démarche très démocratique.

Quand on connaîtra les résultat de ce "troisième tour" du 16 mars, nous pourrons peut-être nous rappeler cette citation célèbre attribuée à Voltaire : "Je ne suis d'accord avec vous ni sur l'essentiel, ni sur l'accessoire. Par contre, je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour que votre voix soit entendue. "

Pour en savoir plus :
1. Parrainages, mode d’emploi (Le Figaro)
2. Élection présidentielle française de 2007 (Wikipédia)

Crédit photo : DR

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8 Comments:

Blogger Patrick said...

Moi, je dirais qu'il y a quatre tours : tu as oublié de compter les "primaires" des grands partis où une poignée d'encartés désigne celui qui sera présenté à nos suffrages... L'esprit de la Vème République a beaucoup changé, depuis De Gaulle...

dimanche, 25 février, 2007  
Blogger Jack said...

Sans oublier le cinquième tour des législatives qui pourrait donner une chambre opposé au président, malgré le tout récent alignement de calendrier électoral, les français et le système électoral étant tout à fait capables de cela.
Cinquième tour qui vous l’admettrez avec moi, peut complètement changer la donne des tours précédents.

dimanche, 25 février, 2007  
Blogger Patrick said...

Et il y a aussi l'insupportable manipulation de l'opinion de la part des patrons d'instituts de sondage...

Aujourd'hui l'IFOP nous dit que "Le leader UMP l'emporterait sur la candidate PS par 50,5% contre 49,5% au deuxième tour. Au premier, ils affichent tous deux 28% d'intentions de vote."

Il s'agit évidemment d'une manipulation de l'opinion. Le sondage portant sur 889 personnes, sa précision ne saurait dépasser plus ou moins 3 points. Parler de demi-point est une tromperie. Il s'agit ici d'influencer les électeurs de gauche pour leur faire croire que Ségo a encore ses chances, et qu'il ne doivent surtout pas reporter leurs voix sur Bayrou. En effet, les patrons d'instituts veulent un duel Ségo / Sarko dont Sarko sortira vainqueur à coup sûr, mais redoutent un duel Bayrou / Sarko à l'issue très incertaine...

Pour ceux qui auraient des trous de mémoire, le PDG de l'IFOP est aussi Président du MEDEF, c'est Laurence Parisot. CQFD.

dimanche, 25 février, 2007  
Blogger Paul said...

Patrick
Pas d'accord avec toi quand tu dis qu'un sondage ne saurait donner de résulat avec une précision d'un demi-point. Le résulat du sondage est nécéssairement une fraction, ce qui serait malhonnête serait de l'arrondir abusivement (faudrait-il dire 51% ou 50% dans le cas présent ?)
En revanche tout à faut d'accord pour rappeler que ce résultat est à prendre avec une marge d'erreur de 3%, et éventuellement pour le présenter sous forme de fourchette : "entre 47,5 et 53,5%" serait plus juste.

dimanche, 25 février, 2007  
Blogger Patrick said...

Paul a raison, et il a tord.

Quand on écrit 50,5% , on laisse supposer au lecteur que le résultat est précis au dixième de point près. Ce qui n'est absolument pas le cas. J'ai écrit ailleurs que pour obtenir une précision de 1 point, il faudrait sonder 12 000 français, ce qu'aucun institut de sondage ne fait pour des raisons économiques. Pour encore restreindre à plus ou moins 0,5% , il faudrait sans doute sonder 50 000 personnes (ça se calcule)...

Si le résultat brut du sondage est 50,5 %, il serait honnête d'écrire que les deux candidats sont au coude à coude. Mais là, non, ils disent que l'un est devant l'autre.

Manipulation, vous dis-je...

dimanche, 25 février, 2007  
Blogger Jack said...

Patrick : tu as raison, malheureusement la plus grande partie des gens n’entendent rien aux statistiques et se laissent berner par ce genre de présentation, qui ne reflète pas la réalité. Un écart d’un point entre deux candidats sur un échantillon aussi petit n’est pas significatif.
L’honnêteté intellectuelle exigerait de donner une fourchette avec un degré de confiance : mais qui comprendrait ?
Alors l’honnêteté serait de ne rien publier du tout, mais comme on a payé le sondage il faut publier un résultat...
Le problème est que business et honnêteté ne font généralement pas bon ménage...
Et si nous oublions un peu de regarder ces sondages, puisque tout le monde sait qu'ils ne sont pas fiables.

dimanche, 25 février, 2007  
Blogger Jack said...

@Luc : c’est bien de citer Voltaire et la grandeur d’âme de ses propos est magnifique, fondatrice de la liberté d’opinion. Reste une question sans réponse : faut-il laisser la liberté de parole aussi à ceux qui compte bien nous l’oter ?

lundi, 26 février, 2007  
Blogger Luc said...

jack : Très bonne question. En voici d'autres :

- Faut-il appliquer l'abolition de la peine de mort à ceux qui appliquent la peine de mort eux-mêmes ?

- Faut-il laisser porter le voile dans la rue à ceux qui nous l'imposent quand on va chez eux ?

- Faut-il que Jean-Marie Le Pen aie ses 500 signatures ?

Il y a plein de question, comme ça, qui sont dûes au fait qu'on vit dans une société de démocratie et de liberté.

lundi, 26 février, 2007  

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