Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

samedi 23 juin 2007

Egolène

Les coulisses d'une défaite.jpg


Le soir du deuxième tour des législatives, Ségolène n'a pas été rue de Solférino haranguer la foule au cri de "Tous ensemble ! Tous ensemble ! Tous ! Tous !". Elle a procédé différemment.

D'abord, elle a annoncé qu'elle virait son mec, François Hollande. Et avec la manière. Elle a demandé à deux journalistes de l'AFP : «Si vous pouviez éviter, dans vos dépêches, de présenter François Hollande comme mon compagnon… Ce n’est plus le cas». L'information est sortie dimanche soir, sur les plateaux de télévision, en pleine soirée électorale. Et lundi matin, sur France Inter, elle expliquait dans une longue interview : "J'ai proposé à François de vivre sa vie de son côté et il l'a accepté".

D'ailleurs tout le monde était au courant des problèmes du couple Royal-Hollande. Quand, le 17 janvier sur Canal +, Arnaud Montebourg lâche "Ségolène Royal n'a qu'un seul défaut : son compagnon." , il ne fait que dire tout haut ce qu'on murmure, toute la journée, au 282 boulevard Saint-Germain, siège de campagne de la candidate.

Voici cependant ce que Ségolène Royal déclare le 27 mars 2007 à propos de sa relation avec François Hollande : "Oui, nous sommes toujours ensemble et oui, nous vivons toujours ensemble." Et ensuite elle confirme qu'elle a rêvé de l'épouser l'an dernier, à Tahiti: "Cela aurait été follement romantique, un mariage en pirogue et à l'autre bout du monde! L'entourage de François l'en a dissuadé, par crainte du spectacle et sans doute du ridicule. Moi, je crois que la crainte du ridicule, il faut s'asseoir dessus quand on a envie de saisir un bonheur inattendu [...]." .

Elle nous a menti avec un aplomb incroyable.

Et en plus, elle ne nous a pas menti que là dessus.

Mercredi, elle déclare sur "Questions d'info LCP-Le Monde-France Info" : "Il faut en particulier remettre en cause certaines choses comme le smic à 1 500 euros, qui était une idée phare de Laurent Fabius, ou la généralisation des 35 heures, a-t-elle affirmé. Ce sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j'ai dû reprendre dans le pacte présidentiel, et qui n'ont pas du tout été crédibles. Moi-même j'avais un doute là-dessus." Alors là, stupeur dans les rangs : Ségolène a été obligée de défendre des idées auquelles elle ne croyait pas, et qui venaient des socialistes !

Elle nous avoue tout simplement que, les idées qu'elle a défendu dans sa campagne n'étaient pas "crédibles" (ça, on était déjà au courant), et donc, qu'elle n'était pas sincère dans ses discours et ses débats (ça, on l'avait remarqué).

C'est quand même assez énorme, je trouve.

D'ailleurs pas mal de personnalités de gauche ont aussi trouvé ça énorme :

Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS : "C'est de sa part la preuve d'une très grande duplicité. Nous sommes dans le domaine de la pure et simple provocation consternante. Est-ce que ça signifie que si elle avait été élue, après les avoir promis, elle ne les aurait pas appliqués ?" (bonne question !)

Jean-Pierre Brard, député apparenté communiste : "Ainsi, deux des principales mesures sociales de son pacte présidentiel n'étaient donc que des leurres destinés à berner d'abord les militants socialistes (...) et ensuite les électeurs de gauche". Après s'être "fortement engagé" en la faveur de Royal entre les deux tours de la présidentielle, Jean-Pierre Brard ressent "le sentiment amer d'avoir été trompé".

Et vendredi, Ségolène nous annonce tranquillement qu'elle sera probablement candidate à la présidentielle de 2012. Mais, comme, apparemment, les socialistes, ça la gonfle, elle n'ira pas au conseil national du PS qui se tient aujourd'hui à Paris, officiellement "pour cause d'obligations régionales".

Comme l'écrivait Maureen Dowd, du New York Times, dimanche dernier : « Le problème avec Ségo n'est pas qu'elle est une femme. Le problème est que sa seule vision de la France, c'est elle-même : d'où son surnom, "Egolène". ».

Pour en savoir plus :
1. Ségolène Royal adoucit son image (Le Temps - 27 mars 2007)
2. Royal-Hollande Vie privée, vie publique (Le Monde)
3. Pour Mme Royal, la généralisation des 35 heures et le smic à 1 500 euros ne sont pas "crédibles" (Le Monde)
4. Ségolène Royal irrite à gauche sur le Smic et les 35 heures (La Tribune)
5. PS : Jean-Luc Mélenchon accuse Ségolène Royal de "duplicité" (Le Nouvel Obs)
6. Ségolène Royal "probable" candidate en 2012 (Le Nouvel Obs)
7. Ségolène Royal esquive le Conseil national du PS (L'Express)

Crédit photo : amazon.fr

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12 Comments:

Blogger Patrick said...

Excellent papier.

A quand son pendant au sujet du couple Nico - Cécilia et des mensonges du candidat Sarko ?

samedi, 23 juin, 2007  
Blogger Luc said...

@ Patrick : Dès qu'il sera avéré que Nicolas Sarkozy nous a raconté des mensonges electoraux. Pour l'instant, tout ce qu'on peut dire c'est qu'il tient ses promesses, toutes ses promesses.

Nota : Dans une promesse électorale il faut bien distinguer le principe de la promesse des modalités d'applications. Sarkozy a énoncé un certain nombre d'actions qui seraient menées, ce qui a eu le mérite de définir clairement dans quel sens il allait aller. Après cela, la mise en application des orientations qui ont été définies va se faire par un débat avec les parties prenantes et au parlement (ce qui, au passage, justifie pleinement le travail parlementaire que tu avais décrié si souvent), pour aboutir à une loi. Si les modalités d'applications différent d'une virgule ou deux des principes de ses promesses électorales, qu'on ne viennent pas pinailler pour dire "voilà, je vous l'avais bien dit ! Il ne tient pas ses promesses ..."

Ici, avec Egolène, ce n'est pas du tout de ça qu'il s'agit. Il s'agit d'orientations très fortes dont elle pensait qu'il fallait faire exactement l'inverse.

Je remarque, au passage, qu'elle est "favorable à l'autonomie des universités" pronée par Nicolas Sarkozy.

Comme elle en a raz le bol des socialistes, comme elle dit, peut-être envisage-t-elle de se rallier elle aussi à Nicolas Sarkozy ?

Concernant sa relation avec François Hollande, je relève juste qu'elle a menti à tout le monde sur le sujet jusqu'au soir du 2ème tour des législatives.

Nicolas Sarkozy, que je sache, n'a jamais menti sur le sujet. Il a au contraire expliqué très franchement qu'il avait quelques problèmes de couple sur lequel il n'avait pas envie de s'étendre. Sa franchise sur ce sujet est très courageuse et tout à son honneur, je trouve.

C'est marrant : t'arrives pas à te faire à l'idée que Nicolas Sarkozy est non seulement quelqu'un de très bien, mais sans doute le meilleur président qu'on ait eu depuis des années ...

samedi, 23 juin, 2007  
Blogger Jack said...

L'affaire est entendue, d'ici 2012 tous le monde aura compris combien cette candidature était une erreur de casting et espérons que les socialistes sauront profiter de ces 5 années pour se refonder et trouver un ou une candidat(e) crédible.
Il est tems maintenant de passer à autre chose, la campagne 2007 est terminée.

samedi, 23 juin, 2007  
Blogger Patrick said...

Pour les relations Cécilia - Nicolas, un ministre a dit récemment à ce sujet : "Il y a des choses que je suis heureux de ne pas savoir." Restons-en là pour le moment. A noter au passage qu'on s'en fout, Cécilia peut bien vivre sa vie et Nico aussi - tout comme Ségo et François !

Pour les promesses non tenus, il faut laisser un peu de temps à Nico, évidemment !

Pour les mensonges, en revanche, on peut déjà passer en revue les différents discours du candidat et son "contrat de législature". Là, il y a certainement matière à se régaler !

Enfin, avant de décerner à M. Sarkozy le titre de "meilleur Président qu'on ait eu depuis des années", il serait prudent quand même d'attendre un an ou deux, non ?

samedi, 23 juin, 2007  
Blogger Patrick said...

Jack, pour dire que Ségo était une erreur de casting, il faudrait penser que le PS aurait fait mieux avec un(e) autre candidat(e). Personnellement, je ne le pense pas.

Ségo a quand même passé le premier tour avec brio (là où Jospin avait échoué en 2002), et a ensuite récolté 16 790 440 voix, ou 46,94% des suffrages au second tour. Pas si mal, à mon avis.

Rappel : en 1995, au second tour, Jospin avait recueilli seulement 14 180 644 voix, soit 47,36% des suffrages.

Est-on bien sûr qu'un(e) autre que Ségo aurait fait mieux ?

En réalité, je pense que Ségo a été une très bonne candidate pour la gauche. Mais elle a été desservie par un PS désarticulé, elle n'a pas bénéficié des soutiens financiers, médiatiques et sondagiques de son adversaire - et enfin, son adversaire a été meilleur, tout simplement.

Pour d'éventuelles élections en 2012, je ne sais pas qui serait un bon candidat pour le PS, vu que c'est évidemment Bayrou qui sera élu ;-)

samedi, 23 juin, 2007  
Blogger Jack said...

Le fait qu’Egolène ait obtenu un bon score aux élections, meilleur que celui de Jospin n’en fait pas une bonne présidente !
Comme tu le fais remarqué le PS est assez divisé et c’est bien un des faits qui m’a gêné pour lui donner ma voix, car vois-tu pour faire une bonne présidente, il ne suffit pas d’arriver à l’Elysée.
Il faut aussi s’appuyer sur un parti et une équipe compétente et déterminée, autour ... d’un projet.

Ses derniers propos aux sujets du SMIC et des 35 heures nous font toucher du doigt la « profondeur de ses convictions ».
Une telle attitude la disqualifie dé-fi-ni-ti-ve-ment, à mes yeux.

Nous avons l’avantage en France de ne porter aucun intérêt aux histoires de couple de nos dirigeants : ce serait bien que cela puisse continuer ainsi.

Je pense comme toi, Patrick, qu’avant d’applaudir ou critiquer le nouveau Président : il faut lui donner un peu de temps, c’est un peu tôt pour le couvrir d’éloge ou le blâmer. (un peu de patience Luc : la passion t’égare)

samedi, 23 juin, 2007  
Blogger apollo said...

Bon ben ca y est , on peut commencer à juger Sarkozy :
il a convaincu l'Europe entière sur son mini-traité, donc non seulement il a tenu sa promesse, mais il a su faire preuve de conviction , ténacité, consensus et redonne un élan à la France et à l'Europe. Sans compter qu'il était accompagné de ses 2 ministres socialistes et a donc prouvé que c'était possible de faire travailler ensemble gauche et droite.
Que les autres anciens candidats paraissent aujourd'hui ringards à parler de grands projets de réflexion et en lançant déjà la campagne de 2012 !!

dimanche, 24 juin, 2007  
Blogger Greg2007 said...

Pour répondre à ton billet principal Luc, je ne suis pas d'accord avec toi.

Je trouve ça vraiment bizarre que tu t'offusque en disant que Ségolène a menti avec un aplomb incroyable parce qu'il y a trois mois elle a dit vouloir épouser son beauf de mari.
Premièrement, on s'en fout, c'est sa vie privée. Elle fait ce qu'elle veut et je ne vois pas en quoi ça changera ta vie.

Deuxiemement, comment sais-tu qu'elle n'était pas prete a se marier? Tu sais, il peut s'en passer des choses dans un couple (des élections c'est pas un simple petit evenement).
Elle a du te le dire en privé... confession intime sur l'oreiller?
Tu nous as caché ça!


En tout cas, tu devrais regarder de plus près le couple modèle de ton Dieu avant de critiquer les autres couples.
Un enfant issu de 3 mariages (héritage de Mai 68?). Une femme qui aime les hommes riches, même vieux et moches comme Jacques Martin. Elle adore ne pas s'afficher avec son mari (sauf quand il gagne). Et surtout elle adore coucher avec d'autres hommes tout en étant mariée.

Alors quel couple est le meilleur.
Celui qui n'était pas marié mais a su rester fidèle jusqu'à la séparation au bout de nombreuses années ou celui qui n'arrête pas de se faire cocufier?

dimanche, 24 juin, 2007  
Blogger Patrick said...

Apollo, tu as raison, Sarko a fait un bon boulot pour l'Europe. Ceci étant, si on se réfère aux journaux français, c'est Nicolas qui a tout fait. Si on se réfère aux journaux allemand, c'est Angela qui a tout fait. Si on se réfère aux journaux anglais, c'est Tony. Pour les Italiens, c'est Romano... * Bref, tout le monde est content ! Quoi qu'il en soit, les chose semblent avoir avancé dans le bon sens, et c'est très bien !

* Ce qui est avéré, c'est que Nico a été le seul à être allé faire son jogging le matin dans le Parc Royal devant la presse française ! Dixit le "Times" avec une pointe d'ironie : As day two dawned, he bounded to the Parc Royal after just a few hours’ sleep for a rousing jog in front of a strategically positioned French press corps.

dimanche, 24 juin, 2007  
Blogger Patrick said...

Jack, je disais que Ségo n'a peut-être pas été la moins bonne candidate pour le PS. Quand à sa capacité à gouverner, c'est un tout autre sujet.

Bon Candidat et bon Gouvernant ne vont pas toujours de pair...

Souvenons nous comme Chirac a été un excellent candidat (une bête à gagner), mais comme il a ensuite été un piètre Président...

A l'inverse, par exemple, Winston Churchill a été un piètre candidat (souvent battu aux élections), mais quel Premier Ministre pour le Royaume Uni en guerre !

dimanche, 24 juin, 2007  
Blogger apollo said...

Sarko n'a évidemment pas tout fait cette semaine, mais le mini-traité c'est quand même son idée qu'il a défendu pendant la campagne.
Après , pour le contenu , il y a visiblement beaucoup de compromis qui ont été nécessaires ce qui fait que tout le monde a l'impression d'avoir "gagné", mais bon au moins on est sortis de l'impasse.

dimanche, 24 juin, 2007  
Blogger Luc said...

Voici un papier intéressant paru lundi 25 juin dans Libération :

Tout-à-l'ego
Par Renaud DELY

Le pire n'est jamais sûr. Avec les socialistes, il devient chaque jour un peu plus probable. A observer tout ce qui oppose désormais Ségolène Royal et François Hollande, on comprend qu'il y avait bien urgence à ce que le couple officialise sa séparation. L'opposition est réduite à l'état de cendres, le «peuple de gauche» déprime et le PS sombre dans le tout-à-l'ego. A peine subie une troisième raclée présidentielle, ses leaders n'ont d'yeux que pour la prochaine. Les caciques s'insurgent, à raison, de l'attitude de Ségolène Royal. Celle-ci s'absout de toute autocritique, snobe un parti qu'elle prétend conquérir et abuse de recettes de communication éculées pour afficher sa singularité. Elle récuse même certaines de ses promesses de campagne et pose en martyre dès qu'on lui demande des comptes. L'individualisme forcené d'une femme qui se croit habitée d'une mission peut inquiéter. La violence de ceux qui se coalisent pour lui faire barrage n'a rien de rassurant. Pour chasser l'impie, les poids lourds psalmodient un sens du «collectif» dont ils se sont affranchis de longue date. Ils ne se rassemblent plus que pour fomenter des manoeuvres d'appareil, déjouer des «putschs» imaginaires et prolonger le règne d'un premier secrétaire qui a, pour eux, l'immense mérite de ne plus les gêner. La démarche solitaire de Royal renvoie à la décrépitude d'un parti où les courants de pensée ont depuis longtemps cédé la place à des écuries d'ambitieux. Pour renverser ces chapelles désuètes, Royal rejoue la base contre le sommet, les militants contre les éléphants, le plébiscite contre l'appareil. En rechignant à changer de vitrine, le PS lui rend aussi une fière chandelle.


Lien vers l'article : Tout-à-l'ego.

mercredi, 27 juin, 2007  

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