Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

mercredi 19 septembre 2007

La Bibliothèque de Babel

La Bibliothèque de Babel

En 1941, l'immense Jorge Luis Borges publie un extraordinaire recueil de nouvelles : "Le jardin aux sentiers qui bifurquent". Parmi les huit nouvelles de ce recueil figure une nouvelle qui m'a donné le vertige quand je l'ai lue, dans la revue Planète, en 1963 : La Bibliothèque de Babel.

Cette nouvelle parle d'une immense bibliothèque imaginaire, composée de pièces hexagonales avec les caractéristiques suivantes :

"Chacun des murs de chaque hexagone porte cinq étagères; chaque étagère comprend trente-deux livres de même format; chaque livre a quatre cent dix pages; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre vingt caractères noirs. (...) Le nombre des symboles orthographiques est de vingt cinq (La virgule, le point, l'espace et vingt deux lettres de l'aphabet)"

Et il explique que cette bibliothèque est composée de tous les livres qu'il est possible de composer par permutation de ces 25 caractères. Ce nombre est très grand, mais il est fini.

Et voici la beauté de la chose : dans cette bibliothèque se trouvent tous les textes littéraires, passés, présents et à venir: toutes vos vies, détaillées jour après jour, par le menu (si l'histoire dépasse le volume d'un livre, la suite se trouvera forcément dans un autre livre); la description minutieuse de toutes les civilisations de notre planète et de toutes celles qui existent sur toutes les planètes des profondeurs de l'univers; l'histoire de toutes les croyances et religions qui ont existés et existeront, sur ce monde et dans d'autres mondes; les dictionnaires de toutes les langues; l'histoire du futur; et tout ce que vous pourrez imaginer. Tout ce qui peut se décrire par des mots se trouve forcément dans cette bibliothèque.

Donc, l'infini se trouve décrit dans une bibliothèque finie ! Extraordinaire paradoxe ...

Mais aussi, pour chaque livre se trouve le même livre pour lequel seule une lettre a été modifiée. Et aussi des tas de livres qui ne sont qu'un indéchiffrable charabia ...

Vous commencez à comprendre pourquoi la lecture de cette nouvelle m'a donné le vertige ... Et d'ailleurs pas qu'à moi. Il me paraît évident que cette bibliothèque a inspiré Umberto Eco pour son livre Le Nom de la rose, et Jean-Jacques Annaud a repris les pièces hexagonales et labyrinthiques dans son film.

Eh bien, je repensais récemment à cette nouvelle mythique en me disant qu'Internet ressemblait de plus en plus à une "Bibliothèque de Babel" en ligne. Le monde (et l'univers) se trouve là, derrière l'écran, gigantesque mais accessible. Cette bibliothèque dont Borgès avait rêvé est maintenant là, à portée de la main. Son rêve avait commencé à se concrétiser avec le h2g2 de Douglas Adams, il se poursuit avec Wikipedia, et je pense que l'avenir nous réserve encore bien des surprises ...

Pour en savoir plus :
1. Jorge Luis Borges (Wikipédia)
2. La Bibliothèque de Babel (Wikipédia)
3. La Bibliothèque de Babel (le texte de la nouvelle - Zombre)
4. La Toile de Babel (Bulletin de l'Union des Physiciens)
5. La Bibliothèque de Babel (Bruit et chuchotements)

Crédit illustration : Pierre Clayette (revue Planète N°10 - mai/juin 1963)

5 Comments:

Blogger Jack said...

Alors le nombre que tu qualifies de très grand, Luc, serait un nombre comportant 1 834 097 chiffres, c’est un nombre très grand, mais fini au sens mathématique bien sûr. Il reste que ce chiffre n’est tout simplement pas humain, on pourrait le comparer justement au nombre d’humains qui sont nés sur la terre depuis l’origine, ....
Il faut se méfier des mots : un nombre fini est un concept mathématique, un nombre de 1 834 097 chiffres écrit en caractère de 3 mm de large fait tout de même plus de 6 km de long, il est, certes fini, au sens mathématique mais c’est un nombre insensé...
Cette histoire suggère que l’ensemble des créations humaines pourraient aussi bien être élaborées par les lois du hasard, et que par conséquent, l’homme lui-même est un pur produit du hasard : ce que dont je suis complètement convaincu.

mercredi, 19 septembre, 2007  
Blogger Véronique S said...

quel dommage d'associé la Création au hasard!

mercredi, 19 septembre, 2007  
Blogger Véronique S said...

pardon pour l'énorme faute d'orthographe: associer et non pas associé.

mercredi, 19 septembre, 2007  
Blogger Patrick said...

"Et aussi des tas de livres qui ne sont qu'un indéchiffrable charabia..."

Si ça se trouve, cet "indéchiffrable charabia", c'est le best-seller du moment sur la seconde planète de Sirius !

jeudi, 20 septembre, 2007  
Blogger Philippe.Piriac said...

Va savoir c'est peut etre ecrit dans un des livres...

Bel histoire quand meme que cette bibliothèque de Babel?

Mais en fait pourquoi, alors que nous partons sans rien à la dernière seconde de notre vie, sommes nous fascinés par ce concept de la bibliothèque ou tout serait écrit?

Faut il lire un livre de plus ou passer quatre heures à échanger ( via Internet éventuellement avec son voisin.

jeudi, 20 septembre, 2007  

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