Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

lundi 5 novembre 2007

Arp 87 : la danse des galaxies

Arp 87

Sur la photo ci-dessus vous pouvez contempler Arp 87, qui se situe dans la constellation du Lion, à 300 millions d'années-lumières de la Terre. Cette structure incroyable se compose de deux galaxies géantes : NGC 3808 à droite de l'image, et NGC 3808A à gauche. Ces deux galaxies sont proches l'une de l'autre, et interagissent l'une avec l'autre comme le montrent les détails de cette photo rendue publique la semaine dernière. (cliquez dessus pour la voir en grand)

Cette structure a été découverte par l'astronome américain Halton Arp dans les années soixante. Il en a d'ailleurs découvertes beaucoup d'autres. Elles se trouvent dans le très célèbre Arp's Catalog Of Peculiar Galaxies.

Pensez-y : pendant que vous prenez du Prozac en regardant le journal de 20 heures, les galaxies dansent au fond de l'espace, silencieusement ....

Pour en savoir plus :
1. Interacting Galaxies . Arp 87 (Hubble Heritage)
2. 'Dancing with the Stars' Takes on a Whole New Twist (HubbleSite)
3. Peculiar Arp 87 (Astronomy Picture of the Day)
4. Arp's Catalog Of Peculiar Galaxies

Crédit photo : NASA, ESA, and the Hubble Heritage Team

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14 Comments:

Blogger Gilles Desforges said...

Vous avez été marqué par les dance de Google ou c'est moi qui ne devais pas "corriger" en danse dans ma Revue ? ;) :)

Olivier SC par le biais du "déclaré". Entre anonyme et membres du club Blogger, il y a les autres. Déjà dit, je crois ...

lundi, 05 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Olivier : Touché !

Bon, j'ai corrigé le titre ... ;-)

lundi, 05 novembre, 2007  
Blogger Jack said...

Tiens en parlant du ciel, avez vous regardé la Comète Holmes qui s'est brusquement allumée, pour la voir pointer sur Persée, la constellation se trouvant juste à côté de Casiopée (le fameux W)c'est comme une petite boule de coton visible à l'œil nu et très bien avec de simples Jumelles.

lundi, 05 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Jack : Non, je n'étais pas au courant. Ce soir, je regarde.

C'est vrai que la comète Holmes est devenue très belle !

mardi, 06 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Une danse, certes, mais au tempo un peu lent : quelques dizaines de millions d'années pour faire un tour, peut-être ?

mardi, 06 novembre, 2007  
Blogger Jack said...

A propos de galaxies, quelqu'un a-t-il une explication au fait que la nébuleuse d'Andromède se rue sur nous à 140 km/s et fusionnera avec la voie lactée d'ici 4 ou 5 milliards d'années.
Alors qu'on nous explique que l'univers et en expansion et que de ce fait tout le monde s'éloigne de tout le monde...

mercredi, 07 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Jack : La Voie Lactée (dans laquelle se trouve le Soleil) et la galaxie d'Andromède appartiennent à un groupe local de galaxies, de même que la galaxie du Triangle, et une trentaine d'autres galaxies plus petites.

Bien que globalement l'univers soit effectivement en expansion, localement des rapprochements peuvent se produire à l'intérieur d'un groupe de galaxies.

Pour en savoir plus :
1. Local Group (Wikipedia)
2. Andromeda Galaxy (Wikipedia)

mercredi, 07 novembre, 2007  
Blogger Jack said...

Mouais, plus localement la Lune s'éloigne de la terre et la terre du soleil: de toute manière la théorie de l'univers en extension n'est qu'un théorie : big bang, stable ou big crunch les spécialistes ne sont pas tous d'accord.
Et si le fameux décalage vers le rouge révélait autre chose que nous n'avons pas encore compris...?
Et je vais te dire quand je lis millions d'années lumière j'attrape comme un vertige : cela dépasse l'entendement humain...avec nous 10000 ans d'existence intelligente.

mercredi, 07 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Voilà une excellente question, Jack…

Alors voilà. La topologie de l’Univers n’est guère accessible à notre raison, parce qu’il y a trop de dimensions en jeu. Mais qu’on supprime une des dimensions et les choses deviennent plus accessibles à nos pauvres esprits. Supprimer une dimension, c’est un peu comme de regarder un volume projeté sur un plan : une sphère (à trois dimensions) devient un cercle (à deux dimensions). De même, une hyper sphère (à quatre dimensions) devient une sphère lorsqu’elle est projetée sur un espace à trois dimensions.

Donc, pour revenir au sujet, on a du mal à imaginer l’Univers à la fois infini mais de volume fini, volume qui augmenterait par suite d’expansion. Mais supprimons une dimension. Cela donne un univers qui occuperait la surface d’un ballon de baudruche. Sa dimension est finie (la surface du ballon), sans pour autant qu’il existe de borne (dans quelque direction qu’on aille, on ne rencontre pas de bord). Maintenant, on peut imaginer que les astres de cet Univers (galaxies entre autres) se meuvent en toute liberté sur cette surface. Certaines galaxies se rapprochent l’une de l’autre, d’autres vont dans une autre direction, sans qu’il y ait de règle particulière. Maintenant, imaginons que le ballon soit gonflé régulièrement. Alors, toutes les distances de la surface augmentent. Une galaxie qui se rapprochait d’une autre a maintenant plus de distance à parcourir pour atteindre sa cible, même si sa « vitesse » reste identique. Celles qui semblaient s’éloigner s’éloignent maintenant plus vite, car « entraînées » par l’expansion de la surface du ballon. De plus, l’effet d’expansion de la surface du ballon est plus sensible pour deux galaxies déjà très éloignées l’une de l’autre que pour deux galaxies proches l’une de l’autre…

Alors voilà, revenons maintenant à la réalité. Notre « vrai » Univers n’a pas de borne mais est de « volume » fini, et ce volume semble bien être en expansion, entraînant une sorte de « dilution » du contenu que sont les galaxies. Mais ça n’interdit nullement que telle galaxie se rapproche d’une autre - ou s’en éloigne – simplement, le rapprochement est un peu contrarié par l’expansion de l’Univers, alors que l’éloignement est un peu encouragé… Et les galaxies très lointaines semblent toutes fuir, parce que c’est sur ces galaxies très lointaines que l’effet d’expansion se fait le plus sentir.

Donc, Andromède, galaxie voisine de la notre, est peu affectée par l’expansion de l’Univers, et n’a pas de mal à « foncer » sur nous. En revanche, une galaxie très lointaines semble toujours fuir, même si son vecteur de vitesse est dirigé vers nous…

Question suivante, au fond de la salle ?

jeudi, 08 novembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Patrick : Chapeau bas ! Superbe démonstration et excellente méthaphore pédagogique !

jeudi, 08 novembre, 2007  
Blogger Véronique S said...

@Patrick: Je dirais même plus, chapeau bas!!! Même moi, j'ai eu l'impression de comprendre;-)

jeudi, 08 novembre, 2007  
Blogger Jack said...

Excellente explication Patrick : merci j'ai compris.
Pour une fois que j'en tiens un qui explique bien, j'en profite :
Le rapprochement de ces deux galaxies est-il le fruit de la gravitation?

jeudi, 08 novembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Ah, encore une question pertinente. Ca me donne l'occasion d'étaler un savoir péniblement récolté au fil de mes lectures depuis pas mal d'années...

Comme son nom l’indique, la gravitation universelle est… universelle. On a tendance à croire que c’est une force puissante (elle nous maintient les pieds sur terre). En réalité, c’est la plus faible des grandes forces (électromagnétique, interaction faible, interaction forte), mais elle a la particularité de s’exercer à très, très grande distance.

Donc, oui, Andromède subit l’attraction de notre Galaxie (on pourrait aussi dire que notre Galaxie subit l’attraction d’Andromède).

Mais ta question va plus loin : est-ce la gravitation qui fait qu’Andromède se rue vers nous ? Là, il faut faire un peu de cosmogénie. Les galaxies se forment par condensation d’immenses nuages d’hydrogène qui sont un peu comme des grumeaux (très ténus) dans l’Univers par ailleurs quasiment vide. Par gravitation, ces nuages se contractent, mais du fait de l’hétérogénéité du nuage initial, ça ne fait pas bêtement des boules, mais ça provoque des mouvements dans tous les sens. Il apparaît bientôt quelque part un mouvement « majoritaire » tourbillonnant, qui forme une sorte de volume d’accrétion en forme de lentille, qui est le précurseur d’une galaxie. A noter qu’un nuage ne produit pas qu’une galaxie, mais de nombreuses galaxies. On obtient donc dans une région de l’Univers un « amas de galaxies ». Bien entendu, le mécanisme de concentration se poursuit dans le précurseur de galaxie, tout ça chauffe, pour y former finalement des étoiles (le plus souvent doubles), qui sont susceptibles d’avoir un cortège de planètes… Au final, on obtient le plus souvent une galaxie spirale contenant des milliards d’étoiles (environ 600 milliards pour notre Galaxie).

Pour revenir à nos moutons, notre Galaxie appartient à notre « Amas Local » comprenant au bas mot une quarantaine de galaxies (toutes dans un volume de 6 millions d’années lumière de diamètre environ). Chaque galaxie se meut dans l’espace, mais subit l’attraction de toutes les autres. Ce serait simple s’il n’y avait qu’Andromède et nous. Mais là, il y a 40 gigantesques corps célestes qui s’entre attirent les uns les autres. Il en résulte des mouvements complètement chaotiques à l’échelle du million d’années. Si une galaxie semblait initialement aller dans une direction, elle pourrait très bien changer de cap quelques millions d’années plus tard en raison du changement de configuration des autres galaxies.

La conclusion est que le mouvement d’Andromède résulte de l’interaction d’une quarantaine de galaxies, dont la notre. Si elle semble aller vers nous en ce moment, elle pourrait bien dévier dans quelques millions d’années et prendre un autre cap. Toutefois, l’interaction inter galactique a tendance a assurer la cohérence de l’amas, sauf dans des cas où, par un jeu d’interactions très particulières, une galaxie serait « éjectée » de notre amas pour aller errer dans l’Univers avant d’être (peut-être) accueillie au sein d'un autre amas…

A noter que la galaxie la plus proche de nous est la galaxie naine du sagittaire (10 000 années lumière seulement), qui est sans doute déjà un peu entrée en « collision » avec notre Galaxie… Mais, pas de panique, elle est vraiment petite, et ça se passe plutôt à l’extrémité opposée de notre Galaxie, on ne devrait pas en être trop incommodé avant un « certain temps »...

vendredi, 09 novembre, 2007  
Blogger Véronique S said...

@Patrick : Merci pour le cours magistral! J'ai encore eu l'impression de comprendre. C'est passionnant! Bravo!

vendredi, 09 novembre, 2007  

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