Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

vendredi 30 novembre 2007

Impressions d’Afrique du Sud.


Monument en souvenir de la mort d'Hector Pietersen tué par la police à l'age de 12 ans


Si l’apartheid appartient désormais à l’histoire, de profondes traces de cette époque sont toujours visibles, même si les noirs sont maintenant au pouvoir.

Les townships sont toujours là en grand nombre, Soweto est immense.

La route de l’aéroport vers la ville du Cap est bordée de kilomètres de bidonvilles.

La fécondité des femmes noires reste élevée, 5 à 6 enfants en moyenne, le sida atteint des chiffres inimaginables (5 500 000 personnes.)

De plus le pays attire un grand nombre de clandestins indénombrables attirés par le niveau de développement bien supérieur aux pays limitrophes : Mozambique, Zimbabwe etc... Même si là-bas les émigrés ne peuvent prétendre à aucune aide si ce n’est une prime (et une seule) de 300 rands (30€)

Le Swaziland est une enclave en Afrique du Sud gouverné par un potentat tribal dont la moitié de la population travaille et réside en Afrique du Sud.

Les trois populations : noirs, coloured et blanc continuent d’habiter des quartiers séparés.


Quartier Malais au Cap


L’apartheid était une loi terrible qui divisait en deux les familles métissées : on a peine à imaginer le fonctionnement d’une société aussi absurde, héritière en droite ligne de l’esclavage pourtant supprimé dés la victoire des anglais sur les boers.

Une espèce de psychose semble régner dans les quartiers aisés, des barreaux partout aux fenêtres aux portes et partout des panneaux « Armed response »

et des clôtures électrifiées. J’ai pu observer de nombreux « chantiers de lotissement » : la construction débute par le mur d’enceinte garni de barbelés, et le dernier modèle de type américain.

Le barbelé est un produit phare dans ce pays.

Le soir les rues des villes sont désertées, tous sont enfermés à double tour.

La criminalité est très élevée et concentrée dans les townships.

A la campagne, j’ai pu observer d’immenses exploitations agricoles, les vignes et les céréales dans la région du Cap, des arbres fruitiers, de la canne à sucre au nord.

Partout où l’on voit une cheminée d’usine, il ne faut guère tourner la tête pour apercevoir le bidonville où vivent les ouvriers.

Il faut tout de même garder espoir, le souvenir de l’apartheid devra attendre la mort de ceux qui connurent cette époque pour que le pays passe à autre chose. Lorsque les jeunes blancs, noirs ou coloured qui sont dans les mêmes écoles en ce moment en sortirons, on peut espérer qu’ils sauront vivre ensemble et construire une société sur d’autres bases. La communauté noire semble faire preuve d’une grande patience (ou résignation) en attendant ce jour.

Le tourisme se développe et les sud-africains en sont tous ravis car trop longtemps l’apartheid les avaient placés au ban des nations. La prochaine coupe du monde de foot y est attendue pour restaurer l’image du pays, le foot est le sport favori de la communauté noire et cette coupe est l’occasion de lui redonner espoir.

Chantier du nouveau Stade : Green Point Stadium

Je ne m’étendrais pas sur les ressources minières du pays qui sont énormes : or, platine, diamant, chrome, zircon, charbon... Elles sont également énormes dans l’ex Rhodésie du Sud et du Nord (Zimbabwe & Zambie), mais le maintien d'une organisation politique tribale et corrompue a replongé les populations de ces pays dans la misère. Lorsque notre guide nous accueillit au Zimbabwe, il nous asséna une terrible statistique : espérance de vie 38/43 ans, 40% de séropositifs... (Le plus jeune de notre groupe avait plus de 50 ans : nous sommes regardés en songeant que la plus part d’entre nous ne serions plus de ce monde si nous étions nés là-bas)

Enfants du village de Mukuni en Zambie

Désolé de dresser un portrait un peu sombre de la situation, car le pays est magnifique et même somptueux sans exagérer, la nature généreuse et les africains toujours très gais et prompt à rigoler.

Kirstenbosh National Botanica Gardens au Cap

C’est une destination que je vous conseille, pour l’histoire, les paysages la faune et la flore d’une grande richesse. Pour la culture c’est autre chose les boers ont mieux à faire, ils travaillent et vont à l’église. Les Bretons seront tout à fait à l'aise au Cap, c'est le climat auquel ils sont habitués...

Eglise évangélique de Franschhoek


Monument en souvenir des Huguenots à Franschhoek (le coin des Français en Afrikaner)


Babouin roi de la termitière au Kruger


Très élégante Girafe (Réserve Hluhluwe, en pays Zoulou)
(Se prononce Chlouchlouy)
Pour en savoir plus :
1. Afrique du Sud (Wikipedia)
2. Stats HIV (Crips Ile-de-France)

25 Comments:

Blogger Patrick said...

Si je comprends bien, la (détestable) politique de l'apartheid a produit in fine le pays le plus riche et le plus prospère de l'Afrique australe (et sans doute de toute l'Afrique), dont les habitants sont infiniment mieux lotis que leurs voisins qui avaient pris le parti de s'autogérer...

A méditer...

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Jack : Je ne sais pas si c'était le but recherché, mais ça donne pas trop envie d'y aller, ton billet. A part visiter les monuments aux morts et les bidonvilles, on vous a montré des belles choses, là bas ? Et puis tout ça sous "un climat breton", en plus ...

Ceci dit, j'aime bien ta photo du quartier Malais du Cap, et celle de l'élégante girafe.

:-)

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

T'as raison Luc, et je m'en suis même excusé... Mais ce billet est orienté social et politique.
L'aspect touristique n'est qu'effleuré, j'y reviendrait peut-être.
J'avoue avoir songé venir m'y installer, tant la nature est belle et généreuse : mais tout bien pesé, je ne pourrai pas vivre enfermé...

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Paul said...

Patrick, c'est du second degré ? La politique de l'Apartheid a produit des problèmes qui hantent encore ce pays. La prospérité, elle est due aux ressources naturelles (mines, agriculture, tourisme).

N'oublions pas que l'Apartheid n'est qu'une parenthèse dans l'histoire de ce pays, qui était déjà riche avant et qui a dû l'abandonner en partie pour des raisons économiques.



Et je confirme ce que dit Jack : c'est un pays magnifique, aux habitant très accueillants. ça vaut vraiment le coup d'y aller et d'y voyager, en plus, ce n'est pas compliqué.

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Paul, c'était du premier degré et demi... Car c'est bien la politique de développement séparé (séparé certes, mais développement quand même) qui a produit une élite noire qui a maintenant la charge du pays... Elite qui n'a pas été produite dans les pays limitrophes pourtant tout aussi dotés en ressources naturelles... On s'accorde d'ailleurs à dire que l'Afrique du Sud est le pays le plus démocratique d'Afrique. L'éducation (séparée) de cette élite n'a donc pas été vaine, semble-t-il...

Bien entendu, de là à cautionner l'aspect raciste des choses, c'est une autre histoire...

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Gi said...

On voit tous les jours ici au Brésil des "apartheids".

--

Des belles photos. J´ai aimé les fleurs et les enfans.

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Gi said...

"Apartheids cachés", je veux dire, cachés par l´hipocrisie.

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Le petit garçon noir de la photo est mort à 12 ans dans une manifestation pour obtenir le droit à un enseignement en anglais alors que le pouvoir raciste souhaitait contenir les noirs dans un enseignement en langue afrikaners. Ils finirent par obtenir le droit à une culture plus "universelle", comme les blancs, ce qui permis en effet de former une élite, grâce à la prise de conscience de la communauté internationale, qui jusque là était resté dans l'ignorance des lois raciales en vigueur dans ce pays. Voilà pour restaurer la vérité quand à la formation des noirs dans ce pays...
(ceci dit au premier degré)

samedi, 01 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Du temps de l'apartheid, l'Afrique du Sud éditait une revue de propagande vantant les mérites de leur système. Elle s'appelait "Panorama". J'en ai lu de nombreux exemplaires. Bien entendu, il n'était pas question dans cette revue des aspects racistes négatifs qui étaient complètement occultés (le côté "séparé" de l'apartheid). Il n'était question que de l'autre facette, celle du "développement" de la population noire. Je n'étais pas dupe, je savais bien qu'il y avait aussi le côté sombre des choses. Mais cette revue démontrait quand même une facette bien réelle du système, facette qui était complètement occultée dans les pays "bien pensants". Beaucoup d'efforts et beaucoup d'argent ont été investis dans ce "développement". Et c'est bien ce développement (instruction, écoles, universités, hopitaux, services sociaux, etc.) qui a permis à l'Afrique du Sud d'aujourd'hui d’être un pays qui reste en pointe en Afrique tant sur le plan économique que politique malgré le changement de régime...

Dans bien des pays d'Afrique, il n'y a pas eu un racisme institutionnalisé (même s'il existait dans la pratique) - mais il n'y a pas eu de développement pour les noirs non plus... Et le résultat est souvent lamentable...

dimanche, 02 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

dimanche, 02 décembre, 2007  
Blogger Gi said...

Le développement pour les noirs est souvent refusé: la question de la race dépasse toujours les frontières - malheureusement. Je sais que vous parlez de l´Afrique mais je n´arrive pas à penser ce pays comme trop différent du pays où je suis né. Au Brésil, quelques intellectuels sont tellement cyniques qu´ils croient que le système de quotes est raciste. ;-0

Mais ici rien qui marche si on ne fait pas la pression. C´est le bon côté de ce mécanisme à mon avis.

dimanche, 02 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Patrick, ne pousse pas trop loin ton rôle de contradicteur même si souvent il nourrit le débat...
Le droit de vote des noirs en Afrique du Sud ne leur a pas été donné spontanément et le motif de la révolte de Soweto, au départ une manif d'étudiants et d'écoliers, était justement la différence d'éducation que le gouvernement prétendait donner en enseignant les blancs en anglais et les noirs en Afrikaner. (langue dont tu peux mesurer le rayonnement...) Il s'agissait bien de donner une sous-culture à la population noire.
Certes c'était mieux que pas de culture du tout, mais le but ici était clairement de donner une éducation minimum, mieux destinée à servir la population blanche qu'à l'épanouissement de la population noire.

dimanche, 02 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Bien sûr, que je pousse la contradiction... Pourtant, une méthode pour juger des choses est de regarder l'immédiat, le quotidien (par exemple le fait que des autobus soient réservés aux blancs ou aux noirs). Mais on peut aussi prendre du recul et juger des résultat à long terme - c'est le parti que j'ai pris ici.

Donc, pour l'immédiat, le régime de l'apartheid était ignoble. Mais pour les résultats au long terme, on me dit qu'aujourd'hui l'Afrique du Sud est le pays le mieux loti de tous les pays d'Afrique australe. Alors je refuse de ne pas voir ce dernier aspect des choses, tout en ayant bien en tête le premier...

Jack, tu as raison de dire que la situation actuelle n'est venue que des luttes internes et des pressions externes, et que nombre de blancs ne souhaitaient pas voir les noirs s'émanciper. Mais c'est pourtant (paradoxalement) l'apartheid qui a donné aux noirs les moyens de leur émancipation... Sans l'apartheid, les noirs auraient peut-être fini par prendre le pouvoir, mais ils auraient peut-être conduit le pays vers le statut du Zimbabwe ou de la Zambie dont tu ne nous a guère fait l'éloge dans ton papier !

Une anecdote : à une époque, la France vendait des sous-marins à l'Afrique du Sud, et à cette occasion, j'ai eu à travailler avec des ingénieurs Sud Africains. Ils me montraient des photos de leurs importantes usines. Je demandais "combien d'employés ?" Réponse : "une trentaine". Je m'étonnais... Et eux de préciser "et aussi 900 noirs" ! Ca m'a un peu choqué quand même...

Non, non, je ne cautionne pas un système basé sur la notion de race, mais je m'interdit de ne pas voir ses effets à long terme...

Ca nous ramène un peu au débat sur les "bienfaits de la colonisation". On peut n'en voir que les aspects sombres, et on peut n'en voir que les aspects positifs. La vérité est sans doute que ces deux aspects coexistent, et qu'on ne peut pas en tirer un jugement global...

Juste un point pour nos lecteurs : l'Afrikaans, c'était la langue des colons blancs d’origine néerlandaise, française, allemande et/ou scandinave, une langue dérivée du néerlandais du XVIIe siècle. Certes une langue de faible portée, mais très en usage encore aujourd'hui (même si l'anglais a pris de dessus et que l'anglais devenu la langue officielle du pays)...

dimanche, 02 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Encore quelques éléments de réflexion. L’apartheid (politique de « développement séparé ») date de 1948. Or, le racisme en Afrique du Sud était déjà présent bien avant cette date avec toutes ses manifestations détestables. Le futur Mahatma Gandhi en sait quelque chose, lui qui, tout avocat qu’il fut, n’avait pas l’autorisation d’acheter un billet de première classe dans le train lorsqu’il vivait en Afrique du sud, au tout début des années 1900… C’est en 1906 qu’il inaugure sa méthode de protestation non-violente pour dénoncer le racisme… L’apartheid n’a donc fait que codifier un racisme préexistant – mais en introduisant la notion de développement pour les noirs.

lundi, 03 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Tiens, c’est une coïncidence que tu aies trempé dans la vente des sous-marins aux sud africains du temps de l’apartheid. Justement nous avons déjeuné sur la base de la « flotte » SA à Simonstown, dans un vieux câblier transformé en restaurant, amarré à un quai de cette base. Les sous-marins vendus par la France étaient en cours de désarmement, des frégates flambantes neuves étaient également visibles : il nous a été expliqué justement que la France n’avait même pas été consultée à titre de représailles pour avoir été fournisseur du gouvernement de l’apartheid...

Les bienfaits de la colonisation est en fait la véritable question. Il s’est passé quelque chose de très original en AS : les colons sont restés.
Je suis convaincu que la psychose sécuritaire qui règne là-bas dans la population blanche reflète la crainte que l’histoire des 2 Rhodésie ne se répète, et ce n’est pas totalement exclu.
Pour ma part je regrette qu’aucun pays colonisateur n’ai su faire une transition heureuse, et s’il on n’y regarde de plus prêt la cause en est toujours le racisme et le sentiment de supériorité qui animait les colons dans leur ensemble.

J’ai l’ingénuité de croire que si nous avions administré nos colonies comme un bout de France en donnant aux indigènes les mêmes droits et la même éducation que n’importe quel métropolitain. Le monde d’aujourd’hui aurait meilleure figure. (Et pas seulement la France mais tous les autres pays colonisateurs)

lundi, 03 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Ah, oui, je ne suis pas particulièrement fier d'avoir "trempé" dans un tel forfait. Mais, que voulez-vous, j'avais, dans un autre commentaire, oublié qu'un des leaderships de la France (avec les USA, la Russie et la Chine), c'est la fabrication et le commerce d'armes en tous genre - dont les sous-marins font partie. Et quand il y a l'opportunité de vendre des sous-marins (en ce moment, c'est plutôt des Airbus et des centrales nucléaires), on n'est pas trop regardant sur le régime politique de l'acheteur (c.f. Nicolas en Libye)...

Donc, oui, j'ai contribué à former des Sud Africains à l'usage des équipements informatiques qui étaient embarqués dans les sous-marins vendus par la France.

Mea maxima culpa !

Pour les "colons", je me suis laissé dire qu'il y a quand même une défection assez prononcée des blancs (1/3 de la population blanche a choisi l'exode depuis la fin de l'apartheid). Et beaucoup de ceux qui restent ont une résidence de repli à l'étranger pour le jour où... A ce propos, si en 1652, on pouvait parler de "colons" qui ont débarqué dans la zone du Cap qui était quasiment inhabité, peut-on encore traiter les blancs de colons alors que 15 générations ont passé ? A mon avis, ils sont chez eux autant que les ricains sont chez eux aux USA, non ?

lundi, 03 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Tu as d'autant plus raison historiquement, qu'à l'époque de l'arrivée des Portugais puis de l'établissement de la première base maritime hollandaise, les tribus de l'Afrique centrales n'avaient, elles non plus, pas encore gagné l'arrière pays du Cap : seul les bochimans occupaient cette zone en premier(si l'on peut parler ainsi de nomades)
Situation tout à fait comparable à celle des américains, en effet. De nombreux indigènes furent importés en esclavage d'Afrique noire et de tout l'océan indien, puis les anglais ont aboli l'esclavage.

mardi, 04 décembre, 2007  
Anonymous ronn said...

Une bonne partie de l'élite sud-africaine noire a été formée en exil ( comme Mbeki )ou avant l'apartheid( Mandela). Certains ont profité de la résistance à la ségrégation des universités telles que Wits. Il n'y a pas eu que de mauvaises choses dans l'apartheid mais Patrick , vos propos sont une belle moquerie pour le noir qui vit dans un amas de tôles ( ça rassemble un pourcentage non négligeable de la population - probablement plus élevé que celui des blancs ) et doit admirer celui de la ville d'à côté qui vit à l'américaine parce qu'un système injuste a mis tous les avantages de son côté pour lui accorder ce niveau de vie. Cette volonté que les personnes d'origine européenne ont de mettre en avant le côté positif de la colonisation ne fera que heurter ceux qui s'en considèrent toujours lésés ( ce que les autres ne veulent pas comprendre sous prétexte de victimisation à outrance). Ce genre de débat n'aidera JAMAIS à construire une société multiculturelle.

dimanche, 09 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Ronn, tu as parfaitement raison. Ma position n'est pas équilibrée. Elle est volontairement biaisée dans un sens, pour faire contrepoids à une consensus mou et à mon avis mal informé qui est d'opinion contraire. Mon sentiment est que rien n'est jamais tout mauvais ou tout bon. La vérité est beaucoup plus nuancée. Mais il n'y a dans mes propos aucune intention de moquerie pour qui que ce soit. Je cherche à dégager une vision plus exacte des choses, voilà tout.

dimanche, 09 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Comme écrit plus haut, c'est moins l'invasion des blancs en Afrique qui pose problème que l'esprit des colons. L'histoire récente de la France et de l'Algérie est du même tonneau, si nous avions su donner les mêmes droits aux algériens qu'aux français de métropole, l'Algérie serait toujours une partie de la France pour le bonheur des Algériens et des Français (et des pieds noirs).
Cette simple idée était alors inconcevable à l'époque, car les bases de la colonisation sont fondamentalement racistes.
Il faudrait idéalement que la décolonisation puisse se faire dans le respect mutuel et sans que les colons soient mis à la porte systématiquement : on voit ce qu'il en coûte au Zimbabwe par exemple.
En 20 ans on meurt de faim dans ce qui fut le grenier de l'Afrique...

lundi, 10 décembre, 2007  
Anonymous vol libre said...

Je reviens de 3 semaines de vacances en Afrique du Sud. C’est un pays extraordinaire et même fascinant quant aux paysages, climat, flore, faune. Je suis resté dans la région du Cap (Péninsule du Cap, Overberg, Little Karoo et Garden Route, soit la côte sud sur 500 km à l’est du Cap). C’est le seul pays que je connaisse ou les inconnus se font un signe de la main dans la rue pour se dire bonjour. Cela surprend au debut, mais on prend vite l’habitude.
Mais le monde blanc et noir est encore clairement divisé. Les quartiers blancs sont riches ou middle class, les quartiers noirs sont middle class ou townships (bidonvilles).
Une politique de discrimination positive essaie de modifier cette répartition. Il est dorénavant très difficile pour un blanc au chômage de retrouver du travail. La fonction publique et les grandes entreprises leurs sont de facto interdites.
L’avenir politique m’a paru bien sombre pour cette minorité blanche. La délinquance et la criminalité touchent toutes les classes et d’abord les plus pauvres dans les townships. (20000 homicides par an, plus que la Colombie ou l’Irak). Les fermiers blancs payent aussi un lourd tribu à cette criminalité, car très vulnérables et isolés, et dont les massacres par des bandes organisées sont sinon soutenues, tout au moins minorés par le pouvoir ou noyées dans la criminalié générale afin d’accélérer une réforme agraire nécessaire mais qu’il n’arrive pas à mettre en place pacifiquement.
Le charisme et la volonté de justice initiales de Mandela sont progressivement remplacées par une politique d’orientation de plus en plus tribale.
L’enjeu des prochaines élections est d’avantage l’affrontement entre les zoulous et les xhosas que le développement du pays. Les blancs, eux memes partagés entre anglophones et afrikaners, risquent de faire les frais de cet affrontement.
Le sida, l’immigration clandestine massive des pays limitrophes, ainsi que les stigmates de l’apartheid sont largement responsable de cette poudrière. Les orphelins du sida, enfants des rues, confrontés à une violence quotidienne, côtoient des quartiers très riches et surprotégés.
Le pays, qui compte 47 millions d’habitants, dénombre entre 5 et 12 millions d’immigrés illégaux. (Nombre impossible à déterminer exactement). Les bidonvilles du Cap enflent de 250000 nouveaux habitants par an. L’Afrique du Sud représente un petit îlot de richesse au milieu d’un monde de pauvreté ou même de guerre. Ils viennent d’Angola, du Mozambique, de Madagascar, du Congo en guerre, du Zimbabwe en déshérence, du Malawi, du Rwanda, du Burundi ou même d’Afrique de l’Ouest et du Sahel)). Vous croisez d’ailleurs de nombreux francophones au Cap, immigrés récents d’Afrique centrale.
De nombreux défis attendent donc ce pays. L’organisation de la coupe du monde de football sera peut être un garde fou pour éviter qu’un gouvernement ne souffle sur les braises de ce qui ne demande qu’à s’enflammer.
Sachant cela, si vous vous promenez à Scarborough au sud du cap, petite ville idyllique de surfeurs et de bungalows au milieu des fleurs et de la brise atlantique, ou au milieu des magnifiques vignobles tricentenaires de Franshoek, entourés de lauriers et de rosiers, au pied des splendides montagnes de l’Overberg, ou dans des guest house magiques du Little Karoo, vous sentirez comme un vol magnifique de libellules multicolores en fin d’été, dont les ailes brillent au soleil et dont les jours sont comptés.

mardi, 11 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Merci pour ce commentaire qui va plus loin et enrichit grandement ce billet. L'écueil que le nouveau pouvoir doit éviter pour ne pas retomber aussi bas que le reste de l'Afrique est bien l'esprit de revanche et le racisme anti-blanc.
J'ai entendu un jour un auteur noir participant à un débat sur la 5 à propos du racisme : il craignait par dessus tout que son œuvre soit couronnée à cause de la couleur de sa peau, seule devait compter à ses yeux la qualité de son travail. Cette pensée est la seule qui puisse tuer le démon raciste. La discrimination positive, pour utiliser un terme tristement à la mode est une sottise.

mardi, 11 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Oui, c'est un commentaire bien intéressant... et pas vraiment optimiste...

Il me vient souvent à l'esprit qu'en Occident, il a fallu au bas mot 25 siècles d'évolution sociétale pour que nous en arrivions là où nous sommes. Est-il réaliste de penser qu'ailleurs, on puisse passer quasiment directement de l'âge de pierre à la démocratie en seulement quelques générations ?

mercredi, 12 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Certainement Patrick, en soustrayant les enfants à l'influence de leurs parents. Mais ça n'est ni très "correct" ni réaliste, je crois.
Le sous développement de l'Afrique a des raisons purement culturelles sans relation avec les chromosomes des Africains. Les sorciers ont par exemple toujours autant d'influence, la médecine des blancs reste toujours le dernier recours : c'est sans doute la meilleure explication au développement du sida dans ces contrées, probablement plus que les discours à la gomme du pape sur le péché et la contraception.
Etait programmé pour ce soir, un reportage sur la dernière et toute nouvelle épouse du roi du Swaziland dans envoyé spécial, malheureusement déprogrammé. Dommage cela aurait probablement été édifiant, d'aprés ce que j'ai pu apprendre en traversant ce petit état (50% de séropositifs, population en chute libre, malgré la trés forte natalité).
Mais là je donne dans le complexe de supériorité des blancs, alors je ne vais pas plus loin...

vendredi, 14 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

"Le sous développement de l'Afrique a des raisons purement culturelles sans relation avec les chromosomes des Africains" Tu fais bien de rappeler ce point. Si ce n'était pas le cas, l'affaire serait évidemment sans espoir.

Ca rejoint d'ailleurs un passage du discours lu par Nicolas à Dakar. Discours choquant dans sa forme, mais dont certains éléments de fond avaient une certaine pertinence. "Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de s'inventer un passé plus ou moins mythique pour s'aider à supporter le présent mais de s'inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres" a-t-il lu - ce en quoi il n'a peut-être pas tort...

samedi, 15 décembre, 2007  

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