Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

vendredi 15 décembre 2006

L’économie prime-t-elle sur le politique ?


La réponse à cette question coule sous le sens en ce qui me concerne, c’est NON. Tandis que chaque jour vient nous apporter la preuve qu’en pratique c’est OUI.

Depuis quelques années une commission Reach planche sur une législation européenne concernant la mise sur le marché, la production et l’utilisation des produits chimiques.

Il faut bien saluer ce genre d’initiative, même si la commission est en train d’accoucher d’un monstre et que le grand tort de cette démarche est de laisser de côté le reste du monde, par construction.

A l’heure où grandit la conscience des dangers que nous font courir les 100 000 produits de synthèses existants et la nécessité d’y mettre quelques garde-fous nous voyons également combien de telles mesures si elles restent européennes risquent de produire le contraire de leur objet.

Dans un monde guidé seulement par l’appât du gain, comment éviter le départ de l’industrie chimique vers des pays dont la législation est plus complaisante et/ou les fonctionnaires chargés de la santé publiques sont plus compréhensifs, voire plus corruptibles.

De même que des pans entiers des plus beaux fleurons de notre industrie changent de pays, sans que personne ne s’inquiète de l’impact social dans notre beau pays, oubliant qu’un pays peuplé de chômeurs de retraités et de fonctionnaires aura quelques difficultés à rester un marché, en tous cas sur le long terme.

Pour rester sur la question de départ, lorsque l’économie totalement cynique et amorale gouverne le monde, il ne peut en résulter que le triomphe du moins disant dans tous les domaines :
Social
sanitaire
écologique...
Et enfin la réduction de l’humain en « facteur économique ».

Les solutions existent, elles passent par la reprise du contrôle de la sphère économique par le politique, et rien ne s’y oppose.

C’est une question de volonté : il ne sert à rien d’imposer des normes chez nous en EUROPE lorsque toutes sortes de produits fabriqués sans les mêmes contraintes que les nôtres traversent nos frontières trop poreuses.

La libre et saine concurrence : OUI, le « n’importe quoi » : NON .

Donc vous voyez où je veux en venir, il faut déboulonner la statue du sacrosaint libre échange, car cela ne peut fonctionner durablement sans que nous retournions tous à la barbarie.

Une petite histoire pour illustrer ce qu’est le libre échange vu par le pays qui l’a inventé : il s’agit d’un industriel italien qui a la prétention de vendre ses machines aux USA, petit problème, il s’agit de machines pour la restauration. Dans ce pays toute machine utilisée dans la chaine de l’alimentation humaine doit être homologuée par l’administration compétente (Food & Drogs Administration), cette belle administration est remarquablement organisée elle a même des représentants en Europe, ce qui prouve sa bonne foi et son ouverture au monde... savez vous combien de temps, il fallut à notre italien pour obtenir le droit de vendre sa machine aux USA : une petite dizaine d’année.

Je vous passe les détails, mais par exemple le petit bout de tuyau en plastique devait forcément être le bon plastique dument homologué lui aussi et ainsi pour chaque partie de la machine.

Je crois que nous devrions prendre exemple sur les champions du libre échange et simplement imposer tous les labels nécessaires à la garantie du respect des principes qui caractérisent un pays civilisé, pour tous produits entrant sur notre marché. Pas de taxe, non, soit le produit est conforme, il entre, un label manque le produit n’entre pas.

Nous rétablirions alors la libre et vraie concurrence, il est nécessaire de mieux encadrer la production et la commercialisation des produits chimiques, mais il ne sert à rien de le faire seulement en Europe.

Il s’agit de ne pas se faire dévaliser par les brigands mais surtout de faire avancer l’ensemble de la planète, c’est à cela que doit servir la mondialisation de l’économie, pas à l’asservir.

Un dernier exemple : lorsque Mr le Ministre de l’intérieur aspirant Président trouve normal que la « concurrence fiscale » joue, comme si la fiscalité était un produit, il semble oublier que son ami Johny doit son succès et donc ses revenus au public de notre pays.

Chez moi on appelle çà de l’ingratitude, je sais c’est de la morale, pas de l’économie, mais que voulez vous, je suis un incorrigible crétin qui n’accepte pas que cohabite une morale pour tous les jours et une autre pour l’économie.

Je sais que nous payons trop d’impôts car nous sommes mal gouvernés, mais j’ai du mal à plaindre des types comme Johny.

18 Comments:

Blogger Luc said...

@ Jack : Je pense que le politique prime sur l'économie, mais pas dans le sens qu'on voudrait.

A part le contexte un peu spécial de la "planification soviétique", le commerce est, a toujours été, indépendant libre par nature. Depuis Marco Polo et la route de la Soie, jusqu'à Amazon sur internet, le moteur de l'économie a toujours été le commerce. Et ce commerce a toujours été libre et inventif, insaisissable par nature. On a bien vu que la prohibition américaine n'a jamais empêché la vente d'alcool.

Donc, je perçois le commerce comme un système "vivant", qui réagit en fonction de son environnement.

Ayant fait ce constat, il est évident que le politique a une incidence majeure sur l'économie.

Chaque mesure du gouvernement va faire réagir l'économie. Alain Juppé déplafonne l'impôt sur la fortune ? Toutes les fortunes se barrent de France.

La gauche impose les 35 heures et plantent des charges sociales qui taxe le travail comme on taxe le tabac ? Les entreprises délocalisent.

Je pense que c'est seulement quand les gouvernants comprendront les "lois" qui régissent le commerce et l'industrie qu'il prendront des mesures qui nous feront sortir du chômage et qui feront rentrer en France nos vedettes bien aimées.

C'est pas demain la veille ! (Surtout si c'est Ségolène Royal qui passe ...)

samedi, 16 décembre, 2006  
Blogger Philippe Piriac said...

Jack

Sauf a me tromper la directive Reach est probablementun des systèmes les plus protectionnistes qui soient dans sa génèse. elle impose en effet des standards d'exigence environnementale qui rendent l'accès de produits issus de l'extérieur" plus que difficiles si ils ne respectent pas les dites exigences. C'est en tous cas l'impression que j'en avais eu il y a quelques années.

@ Luc: like it or not, C'est Segolène qui va passer! Arrete d'user le soleil. tu te fais du mal pour rien =)

samedi, 16 décembre, 2006  
Blogger Jack said...

Luc, ta démonstration est parfaite, le politique ne gouverne pas dans un système libéral ! Lorsqu’il tente de le faire la sacrosainte loi du libre échange se charge de lui rappeler qui commande.
Tu me réponds comme si j’étais un dangereux stalinien, pourtant Luc, crois-tu qu’il soit possible de, seulement lutter efficacement contre le réchauffement climatique juste en laissant faire la loi du marché ? Moi je sûr que non.

Alors soit on arrête avec le libre échange débridé, soit l’humanité en crèvera, c’est mon avis.
Evite moi le couplet de l’économie planifiée, STP, c’est un peu facile.
Mais si tu peux me démontrer que je m’égare, tant mieux je ne demande qu’à croire aux solutions qui tiennent la route.
Il n’y a pas si longtemps tu nous avais branché commerce équitable .
Fait gaffe Luc c’est presque une idée de gauche, en tous cas, pas libérale.

Philippe : la procédure Reach DOIT limiter l'entrée des produits chimiques venus des pays ne respectant pas l'environnement, je l'espère de tout cœur.

samedi, 16 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Jack : C'est marrant, ça. Tu penses que je que j'ai écrit c'est un discours libéraliste à tout crins ? Moi, je ne suis pas vraiment pour le libéralisme pur et dur, et tu le sais très bien.

Ma démonstartion visait simplement à dire ceci : le commerce, l'industrie, l'activité économique ont des règles qui leur sont propres. Et donc, il faut les comprendre et en tenir compte pour mieux les orienter et les diriger dans le sens où on le souhaite sur le plan politique.

Ce que je veux dire, c'est que si on veut réussir à mettre en place une politique économique et commerciale qui aille dans le sens où on le souhaite (y compris évidemment en ce qui concerne le commerce équitable), il faut savoir ce qu'on fait. On agit sur un corps vivant et réactif et non pas sur un corps discipliné comme sous Staline effectivement.

Nos politiques sont parfaitement ignares dans ces domaines, et donc ils prennent des mesures complètement à côté de la plaque, donc totalement inefficace, et en fait totalement contre-productives par rapport à là où ils voulaient aller.

Je ne dis ni qu'il faut faire n'importe quoi (35 heures, etc), et ni qu'il ne faut rien faire du tout (libéralisme débridé). Je dis qu'il faut faire de la politique efficace. Et politique efficace ne veut pas dire simplement laisser faire la loi du marché ...

samedi, 16 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Philippe : Hé hé ... toi, non seulement tu es sous le charme de la madone des sondages, mais en plus tu es persuadé qu'elle va passer ... comme 94% des journalistes de notre beau pays !

Mademoiselle Marie-Ségolène Royal, ça va tant que tu n'as que l'image. Mais, dès que tu mets le son, ça se gâte un peu ... tu ne trouves pas ? ;-)

samedi, 16 décembre, 2006  
Blogger Patrick said...

Il y a quelques semaines, ma perceuse à main de marque Peugeot a rendu l'âme. En bon bricoleur, je savais qu'il suffisait de remplacer les charbons pour lui redonner vie. Je me rend donc au Bricorama local, trouve un sachet de deux charbons pour 8 euros. C'est cher, mais bon. Au passage, je flâne dans le rayon, et je vois une jolie perceuse à... 6,50 Euros. Evidemment, Made in China. Et parmi les nombreux accessoires livrés avec la machine, devinez quoi : un sachet de deux charbons de remplacement ! Je bricole dorénavant avec une perceuse chinoise.

Néanmoins, ça commence à me gonfler, ces prix absurdes. Je ne comprend rien à cette économie dans laquelle nous sommes plongés. Les prix des denrées et services augmentent, les produits technologiques "made in ailleurs" sont presque donnés - ce qui, l'un compensant l'autre, permet d'afficher un indice des prix à peu près stable. Mais est-ce un système qui peut durer ? Je ne suis pas économiste, ce qui explique peut-être mon incompréhension. Pourtant, ce qui me fait peur, c'est que je ne suis pas sûr que les économistes comprennent bien les implications de la situation...

Bon, je suis sans doute hors sujet. Ou alors en plein dedans ?

samedi, 16 décembre, 2006  
Blogger Patrick said...

Luc, au sujet de Ségo, ne confond pas préférence et pronostic. J'ai tendance à pronostiquer Ségo vainqueur au deuxième tour (contre Le Pen), ce qui ne préjuge en rien de ma préférence...

En d'autres temps, Margaret Thatcher a été élue malgré son état de femme. En revanche, Ségo sera élue parce qu'elle est femme...

dimanche, 17 décembre, 2006  
Blogger Jack said...

Patrick : pas hors sujet du tout, en plein dedans même.
Luc : bien je suis content que nous soyons d’accord, et la question était (même si elle ne se voit pas directement dans le titre) faut-il continuer à laisser sévir le libre échange qui interdit de fait toute forme de régulation à l’échelle planétaire, alors que chaque jour montre qu’il n’est plus possible de laisser faire.
Aujourd’hui protéger l’environnement et les employés pour élaborer des produits chimiques dans nos contrées, nous mets dans l’impossibilité de lutter avec les pays sans législation. Le moins que nous puissions faire est bien de refuser ces produits.
On ne va tout de même pas acheter la balle qui nous tue.
De la même manière, je ne parviens pas à comprendre comment des industriels occidentaux investissent dans un pays où le concept même de propriété intellectuelle est absent, çà c’est acheter la balle et le révolver qui vous tuera.

Et « Viva la muerte » disaient les franquistes.

dimanche, 17 décembre, 2006  
Blogger Jack said...

Patrick : si tu veux mon avis ta perceuse à 6,5 € te lâchera avant que tu n’aie besoin de lui changer les charbons...
Si tu ne perces rien de dur avec, ou mieux, si tu ne perce rien du tout : tu as fait le bon choix.
8€ pour des charbons c’est cher, en effet, c’est comme les cartouches d’imprimante, la marge ce fait sur la pièce de rechange... sans doute.
J’ai oublié de te remercier pour ton tuyau sur la manière de recharger les cartouches : çà fonctionne mieux qu’avec des cartouches neuves à 40€ (le prix de la cartouche couleur de mon imprimante que j’ai payé 65€).
Je n’ai pas regardé si c’est de « l’encre de chine »...

dimanche, 17 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Jack : Je remarque qu'on a chacun ses têtes de turc : moi c'est Bush et Microsoft, Patrick les éoliennes, et toi les chinois ...

Hé hé ...

dimanche, 17 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

A propos de Miss Ségolène, je vous livre la citation du jour que j'ai entendue aujourd'hui :

"Ségolène Royal sourit tellement que l'on a l'impression que son programme, c'est ses dents !"

Joey Starr

Hé hé ... bien vu ! Et particulièrement savoureux compte tenu de qui est l'auteur de cette phrase immortelle ...

Et, effectivement, j'ai regardé Mademoiselle Royal cet après-midi chez Moati, et j'ai remarqué son sourire permanent et glacé quelque soit la question posée. Elle a dû prendre des cours, c'est pas possible autrement ...

dimanche, 17 décembre, 2006  
Blogger Philippe Piriac said...

@Luc: assez d'accord avec toi sur ta thèse qu'un écomique bien compris permet un politique plus efficace et mieux drivé

Pour Sego, là je suis toujours autant sur le charme de tes analyses/commentaires ! :=)

Si tu veux mon avis ,Luc, tu es en train de rentrer dans le syndrôme de l'amour vache: Tu causes dur , tu causes dur , mais au fond, je perçois bien que tu l'adores Ségolène!
Tu es simplement un peu timide.
Tu devrais lui écrire une ode à son talent et sa grande force morale de continuer à sourire , quand une horde de fans comme toi la noie la noue sous les questions et les commentaires bienveillants.

De mon coté, il faut, en tout bien tout honneur que je fasse la meme chose avec notre Sarko national. En ce moment, il m'émeut avec son coté " soyons lucides et responsables, nous connaissons la réalité des choses, alors traitons les avec courage, confiance et détermination" et " je prends sur moi de vous amener à bon port".

Les autres candidats, non, ils n'ont pas vraiment pas cette lucidité et ce don de soi au nom de l'intéret général.
et puis un sourire permanent et maîtrisé; c'est beaucoup moins crédible authentique, bienveillant et courageux qu'une crise de nerfs( peut etre un peu artificiel le cas échéant) à chaque apparition sur une tribune avec une caméra

BOn, de toute façon, maintenant qu'on sait que Bayrou se présente, la question n'est elle pas devenue seconde?

lundi, 18 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Philippe : Non seulement Bayrou se présente, mais les derniers sondages le donnent dans le top 4, et en plus il a signé le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot. Pour l'instant, moi, je vote Bayrou !

mardi, 19 décembre, 2006  
Blogger Philippe Piriac said...

Tu deviens plus sage

mardi, 19 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Philippe : Comment ça, "je deviens plus sage ?". J'espère que tu n'as pas imaginé une seule seconde que j'allais voter Le Pen ? :-)

mardi, 19 décembre, 2006  
Blogger Patrick said...

Ah ? Luc votera pour Bayrou ? C'est comme ça que Ségo vaincra ! Philippe, tu peux déjà préparer les coupes de champagne !

mardi, 19 décembre, 2006  
Blogger Luc said...

Pouvez laisser le champagne tranquille pour le moment. J'ai dit que je votais Bayrou pour l'instant en attendant les prises de positions de la miss et de Nicolas Sarkozy sur le Pacte écologique de Nicolas Hulot. J'attends de voir ce qu'ils vont dire l'une et l'autre, et après, j'annonce la couleur !

mardi, 19 décembre, 2006  
Blogger Jack said...

Que des bonnes nouvelles, donc le choix n’est pas fait d’avance, voilà qui donne du sel aux débats.

mardi, 19 décembre, 2006  

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