Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

jeudi 2 juillet 2009

La phrase du jour

J'ai entendu dans une administration quelqu'un qui a dit : "Il me reste encore douze jours de vacances à prendre, et j'ai même pas pris mes maladies cette année !"

(cité par Pierre Bénichou sur Europe 1 le 30 juin 2009)

Pour en savoir plus :
1. 45% des profs des écoles ont posé un congé maladie l'an passé (RTL)

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samedi 19 avril 2008

En France, il y a 11 élèves par professeur dans le secondaire

salle de classe.jpg

Comme vous le savez, en ce moment il y a des manifs lycéennes pour protester contre les 11.200 postes d'enseignants qui doivent être supprimés à la rentrée.

A ce sujet, Xavier Darcos, ministre de l’Education Nationale, fait le calcul suivant. A la rentrée 2007 il y avait dans l'enseignement secondaire (collège et lycée) : 5 371 368 élèves et 511 485 enseignants. Si l'on divise l'un par l'autre, cela nous fait 10,5 élèves par professeur.

On ne peut pas dire que cela nous fasse des classes surchargées ...

Alors, bien évidemment, une division aussi simple est sujette à controverse. Et on avance deux arguments principaux. Je cite politique.net :

"En réalité, dans le secondaire, prendre les deux chiffres bruts (nombre d'élèves et nombre de profs) est totalement absurde. Pour deux raisons :
1. Dans le secondaire, un professeur enseigne une matière. Chaque classe a donc plusieurs professeurs : français, mathématiques, histoire, anglais, biologie, sciences physiques, etc. Faire la division de Xavier Darcos reviendrait à dire que chaque classe n'a qu'un seul professeur...
2. Certains enseignants n'enseignent pas devant des élèves. Mais que font-ils ? Comme tout le monde : certains sont en arrêt maladie, d'autres en congés maternité, quelques-uns sont en temps partiels. Ils sont donc remplacés par d'autres enseignants (remplaçants ou contractuels). Faire la division de Xavier Darcos reviendrait à dire que les femmes enceintes et leurs remplaçants feraient cours en même temps."


Et il suffit de réfléchir un peu pour voir que ces arguments ne tiennent pas une seconde.

1. " Faire la division de Xavier Darcos reviendrait à dire que chaque classe n'a qu'un seul professeur" Eh bien oui, c'est exact ! Dans chaque classe, à un instant donné, il n'y a qu'un seul professeur ! Alors, c'est vrai que, dans le secondaire, les profs sont spécialisés, donc chaque prof a plusieurs classes, et chaque classe a plusieurs profs. Mais, quand la cloche a sonné, dans chaque salle de classe, il y a : un prof face à une classe.

2. Certains profs ne sont pas là (absentéisme pour diverses raisons). Bon, alors, si on prend comme référence le taux d'absentéisme national qui se situe autour de 5%, on obtient 511 485 x 0,95 = 485 910 profs qui travaillent. Et ça nous donne 11,0 élèves par classe. Pile poil ! En considérant bien sûr que l'absentéisme est nul du côté élèves ...

On arrive donc au paradoxe mathématique suivant : Sachant qu'il y a 1 prof pour 11 élèves, comment se fait-il que la moyenne par classe soit de 28 élèves ?

Mystère et boule de gomme ...

Pour en savoir plus :
1. Bataille de chiffres : y a-t-il 1 professeur pour 11 élèves dans le secondaire ? (Politique.net)
2. Manifs lycéennes: «Rendez-nous nos profs !» (Libération)

Crédit photo : Tania

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mardi 28 août 2007

Premier rapport du HCE sur l'échec de l'école primaire

ecole primaire

Le Haut Conseil de l'Education (HCE) a été créé par par la loi Fillon du 23 avril 2005, alors ministre de l'Éducation nationale. Il a remis hier à Nicolas Sarkozy son premier rapport qui fait le bilan sur l'école primaire.

Le résultat est affligeant :

A l'issue du primaire :
- 60 % des élèves obtiennent des résultats acceptables ou satisfaisants.
- 25 % des élèves ont des acquis fragiles.
- 15 % des élèves connaissent des difficultés sévères ou très sévères.


Une proportion aussi élevée d’élèves en difficulté ou en très grande difficulté n’est pas une fatalité : les enquêtes internationales (PIRLS) montrent que certains pays, tels la Suède et les Pays-Bas, parviennent à la faire baisser à moins de 5 % à la fin du primaire.

Et, pour les 40% d'élèves qui n'ont pas le niveau :
- Les difficultés, identifiées dès le début de la scolarité, s’aggravent avec le temps.
- Le niveau à l’entrée au CP pèse très fortement sur les chances d’un cursus scolaire régulier.
- Le problème s’amplifie tout au long du parcours scolaire.


Eh bien voilà : notre école primaire engendre 40 % d'élèves (près d'un sur deux) qui vont être incapables de suivre un cursus scolaire normal et de s'intégrer correctement dans la société.

La faillite de notre système éducatif est enfin reconnue : "Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul ; plus de 100000 n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines."

La "méthode globale" et les enseignants qui font dans le n'importe quoi, ça nous bouzille 300000 enfants par an !

Ca laisse un peu rêveur, non ?

Pour en savoir plus :
1. Haut Conseil de l'Education (site officiel)
2. Bilan des résultats de l'Ecole - 2007 - L'école primaire (Haut Conseil de l'Education - fichier .pdf)
3. Un rapport décerne un bonnet d'âne à l'école primaire (Le Nouvel Obs)
4. École primaire : "insuffisant" pour 40 % des élèves à la sortie (Le Figaro)

Crédit photo : Daniau/AFP

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mardi 22 mai 2007

A propos de l'Education Nationale

Le mercredi 16 mai, jour de son investiture, la première décision de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République a été de demander que la lettre d'adieu de Guy Môquet soit lue au début de chaque année scolaire dans tous les lycées de France..

Dans Le Figaro du samedi 19 mai, Michel Ségal, Professeur de collège en ZEP, a fait savoir pourquoi il ne lirait pas cette lettre.

Voici les raisons qu'il donne :

"Je suis enseignant de collège et je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves.

Je ne leur lirai pas parce qu'ils seraient bien incapables d'en comprendre le sens profond, et même d'en comprendre les mots qui la composent ; parce que notre école demande aux enfants de réinventer eux-mêmes les règles d'écriture ou de syntaxe. Je ne la lirai pas parce que depuis une trentaine d'années, l'école leur apprend le mépris du patrimoine et la méfiance du passé. Je ne la lirai pas parce que cette lettre me fait honte, honte de la maturité d'un adolescent il y a plus de soixante ans face à l'infantilisation construite par notre école de ceux du même âge aujourd'hui. Je ne la lirai pas parce que nos enfants ignorent les événements auxquels elle se réfère ; parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements. Je ne la lirai pas parce qu'il y a longtemps que l'école refuse de transmettre aucun modèle ; parce que notre école n'envisage plus les textes d'auteurs comme des exemples mais comme des thèmes d'entraînement à la critique. Je ne la lirai pas tout simplement parce que notre école a délibérément détruit l'autorité qui pourrait permettre une lecture et une écoute attentives.

Je ne la lirai pas parce que, même âgés de 16 ans, mes élèves ne sont que de petits enfants bien incapables d'appréhender son contenu et resteront sans doute ainsi toute leur vie : ainsi en a décidé notre école. Peut-être ne me croyez-vous pas car l'école que connaissent vos enfants ne ressemble en rien à celle que j'évoque ? En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP, c'est-à-dire là où peuvent être appliquées à la lettre et sans risque de plainte toutes les directives ministérielles, là où se préfigurent l'horreur et la misère du monde construit par notre école.

Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire."


Si j'ai reproduit ce texte in extenso, c'est parce que je trouve qu'il décrit très précisement l'état dramatique dans lequel se trouve l'éducation nationale dans notre pays. Et je pense que la tâche qui attend Xavier Darcos est immense.

Pour illustrer cet article, j'ai choisi de vous proposer deux extraits du "classeur d'activité" que mon petit-fils (4 ans et demi) était tout fier de me présenter quand il est venu me rendre visite le mois dernier.

Exercice de Maternelle 1ère année (4 ans 1/2)


Dans ce cahier, j'ai noté que la maîtresse ne lui apprenait nulle part à dessiner des ronds et des bâtons, pour qu'il puisse assimiler les gestes préparatoires à l'apprentissage de l'écriture. Par contre, comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessus, elle proposait à des enfants de 4 ans de comparer les formes écrite en majuscule, en minuscule, en écriture cursive et en idéogrammes japonais différents mots de base. Elle initie des enfants qui ne savent pas reconnaître un "A" d'un "B" à des idéogrammes japonais ...

Et voici un autre exemple :

Exercice de Maternelle 1ère année (4 ans 1/2)

Dans l'exercice ci-dessus, il s'agissait de coller les étiquettes "les meurtrières", "les douves", "le pont-levis", etc, aux bons endroits. Exercice à réaliser, je vous le rappelle, par des enfants qui ne savent pas encore lire ! En fait, sur cet exercice, il a collé toutes les étiquettes, sauf "les créneaux", qui est écrit en majuscules sur la feuille principale. Ceci qui vous permet de voir qu'en fait, il s'agit là de "reconnaître" des mots sans en comprendre le sens, et sans en connaître les lettres individuellement. Cette approche de la lecture est faite sans queue ni tête, au gré de l'inspiration créatrice de la maîtresse, et sans aucune méthode structurante.

Et voilà comment on prend le problème complètement à l'envers, et comment on prive nos enfants du seul vrai savoir qu'on doit acquérir à l'école : apprendre à apprendre.

Pour en savoir plus :
1. La lettre d'adieu de Guy Môquet (Le Monde)
2. Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet (Le Figaro)
3. A propos des « progrès remarquables notre système éducatif » (Chez Luc - 25 janvier 2006)
4. Une institutrice persécutée pour avoir utilisé la méthode Boscher (Chez Luc - 8 août 2006)

Crédit photos : Luc

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mardi 8 août 2006

Une institutrice persécutée pour avoir utilisé la méthode Boscher

méthode Boscher


Madame Brigitte Guigui est institutrice à l'école primaire Ville Haute de Provins.

Un beau jour elle s'est dit que ce serait bien d'apprendre à lire et à écrire d'une façon efficace à ses élèves de CP, et elle a décidé d'utiliser la méthode Boscher, celle sur laquelle j'ai appris à lire à écrire et à compter. Vous savez, le B-A BA !

Je vous parle d'un temps où on savait lire et écrire en arrivant en sixième ... Vous ne me croyez pas ? Mais si, c'est vrai, ça se passait réellement comme ça à l'époque !

Bref, Madame Guigui, en prenant cette initiative, non seulement a obtenu d'excellent résultats, bien meilleurs que partout ailleurs, mais elle a surtout commis un crime de lèse-Education Nationale. En effet, elle n'a pas appliqué le dogme de la lecture globale (vous savez, c'est ce qui a fait des ravages sur plusieurs générations qui sont incapable d'écrire une ligne sans faire cinq fautes), et elle a appliqué la méthode syllabique, répertoriée par l'Education Nationale dans les méthodes hérétiques et rétrogrades.

Et, depuis lors, comme l'initiative de Madame Guigui a le front de remettre en cause les fondements sur lesquels sont bâtis l'Education Nationale d'aujourd'hui (qui obtient les résultats que l'on sait), elle est l'objet de toutes les tracasseries et persécutions de la part de sa hiérarchie ...

On vit une époque formidable !

Pour en savoir plus :
1. L'affaire de Provins (Le site de l'enseignement de la lecture et de l'écriture)
2. Une institutrice utilisant Boscher sanctionnée... (Forums France 2)
3. Une autre école (appy.ecole)

Crédit illustration : Editions Belin

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mercredi 25 janvier 2006

A propos des « progrès remarquables notre système éducatif »

J’ai trouvé ce soir un article dans « Sciences et Avenir », qui m’a fait connaître Laurent Lafforgue, mathématicien à l’institut des hautes études et médaillé Fields en 2002.



Cet article ne parlait pas de ses travaux, que je serais bien incapable de commenter d’ailleurs, mais de sa sortie fracassante du Haut conseil de l’éducation, quelques jours après sa récente nomination.
J’ai trouvé ses propos remarquables ( voir ici son site ), propos conformes à ce que nous pouvons tous constater autour de nous : la profonde régression de notre système éducatif et tout ce qu’elle laisse présager pour la suite.
J’ai la chance de fréquenter de jeunes personnes et bien que ne me considérant pas comme un « lettré », je peux mesurer chaque jour, la profonde indigence du vocabulaire dont ils disposent, indigence qui souvent m’oblige à reformuler mes propos avec des mots qu’ils puissent comprendre, ou à expliquer le sens de mots simples jamais assimilés.(comme indigence par exemple...)
Je note aussi combien, nombre de hauts diplômés, sont incapables de s’exprimer clairement en public et qui dépourvus de l’organe le plus élémentaire du commandement : le langage, se trouvent incapables d’animer la moindre équipe.
Ils n’ignorent rien des arcanes de PowerPoint, mais ne savent ni parler, ni écrire proprement le français.
Et si ce que contient le rapport ci-dessous, comme je le pense, est exact, cela ne va pas s’améliorer demain.
Vos cheveux vont se dresser sur votre tête.

Institut des Hautes Etudes Scientifiques

Laurent Lafforgue

Rapport sur l’enseignement des lettres au collège

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