Le mercredi 16 mai, jour de son investiture, la première décision de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République a été de demander que
la lettre d'adieu de Guy Môquet soit lue au début de chaque année scolaire dans tous les lycées de France..
Dans
Le Figaro du samedi 19 mai, Michel Ségal, Professeur de collège en ZEP, a fait savoir pourquoi il ne lirait pas cette lettre.
Voici les raisons qu'il donne :
"Je suis enseignant de collège et je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves.
Je ne leur lirai pas parce qu'ils seraient bien incapables d'en comprendre le sens profond, et même d'en comprendre les mots qui la composent ; parce que notre école demande aux enfants de réinventer eux-mêmes les règles d'écriture ou de syntaxe. Je ne la lirai pas parce que depuis une trentaine d'années, l'école leur apprend le mépris du patrimoine et la méfiance du passé. Je ne la lirai pas parce que cette lettre me fait honte, honte de la maturité d'un adolescent il y a plus de soixante ans face à l'infantilisation construite par notre école de ceux du même âge aujourd'hui. Je ne la lirai pas parce que nos enfants ignorent les événements auxquels elle se réfère ; parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements. Je ne la lirai pas parce qu'il y a longtemps que l'école refuse de transmettre aucun modèle ; parce que notre école n'envisage plus les textes d'auteurs comme des exemples mais comme des thèmes d'entraînement à la critique. Je ne la lirai pas tout simplement parce que notre école a délibérément détruit l'autorité qui pourrait permettre une lecture et une écoute attentives.
Je ne la lirai pas parce que, même âgés de 16 ans, mes élèves ne sont que de petits enfants bien incapables d'appréhender son contenu et resteront sans doute ainsi toute leur vie : ainsi en a décidé notre école. Peut-être ne me croyez-vous pas car l'école que connaissent vos enfants ne ressemble en rien à celle que j'évoque ? En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP, c'est-à-dire là où peuvent être appliquées à la lettre et sans risque de plainte toutes les directives ministérielles, là où se préfigurent l'horreur et la misère du monde construit par notre école.
Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire."Si j'ai reproduit ce texte in extenso, c'est parce que je trouve qu'il décrit très précisement l'état dramatique dans lequel se trouve l'éducation nationale dans notre pays. Et je pense que la tâche qui attend
Xavier Darcos est immense.
Pour illustrer cet article, j'ai choisi de vous proposer deux extraits du "classeur d'activité" que mon petit-fils (4 ans et demi) était tout fier de me présenter quand il est venu me rendre visite le mois dernier.

Dans ce cahier, j'ai noté que la maîtresse ne lui apprenait nulle part à dessiner des ronds et des bâtons, pour qu'il puisse assimiler les gestes préparatoires à l'apprentissage de l'écriture. Par contre, comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessus, elle proposait à des enfants de 4 ans de comparer les formes écrite en majuscule, en minuscule, en écriture cursive
et en idéogrammes japonais différents mots de base. Elle initie des enfants qui ne savent pas reconnaître un "A" d'un "B" à des idéogrammes japonais ...
Et voici un autre exemple :

Dans l'exercice ci-dessus, il s'agissait de coller les étiquettes "les meurtrières", "les douves", "le pont-levis", etc,
aux bons endroits. Exercice à réaliser, je vous le rappelle, par des enfants
qui ne savent pas encore lire ! En fait, sur cet exercice, il a collé toutes les étiquettes, sauf "les créneaux", qui est écrit en majuscules sur la feuille principale. Ceci qui vous permet de voir qu'en fait, il s'agit là de "reconnaître" des mots sans en comprendre le sens, et sans en connaître les lettres individuellement. Cette approche de la lecture est faite sans queue ni tête, au gré de l'inspiration créatrice de la maîtresse, et sans aucune méthode structurante.
Et voilà comment on prend le problème complètement à l'envers, et comment on prive nos enfants du seul vrai savoir qu'on doit acquérir à l'école : apprendre à apprendre.
Pour en savoir plus :
1.
La lettre d'adieu de Guy Môquet (Le Monde)
2.
Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet (Le Figaro)
3.
A propos des « progrès remarquables notre système éducatif » (Chez Luc - 25 janvier 2006)
4.
Une institutrice persécutée pour avoir utilisé la méthode Boscher (Chez Luc - 8 août 2006)
Crédit photos : LucLibellés : le désastre de l'éducation nationale