Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

dimanche 22 mai 2005

Le vote non : contre l'Europe à 27 trop rapidement ?

On peut s'étonner de l'importance des intentions de vote non, quand on note que les partis représentés à l'assemblée nationale qui se sont prononcés pour le "oui" représentent 91,3% des sièges !

Mais il y a un point qu'on évoque peu souvent dans ce débat :

Au départ, en 1950, l'Europe Unie, c'était cinq pays : France, Allemagne, Italie,Pays-Bas, Belgique, Luxembourg.
Dans ce contexte, qui a duré 30 ans, avec l'ajout au passage de trois pays (Irlande, Royaume-Uni, Danemark), la construction européenne se faisait dans l'enthousiasme, porté par le projet de ne plus jamais avoir de guerre en Europe.

Et puis, on est montés à 12, avec l'arrivée de la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'ancienne Allemagne de l'Est.

A ce moment, le 7 février 1992, il a fallu ratifier le traité de Maastricht pour pouvoir avancer. Ce traité a donné lieu en France à un référendum le 20 septembre 1992, où le "oui" est passé de justesse avec seulement 51,01% des voix.

A ce moment-là, les politiques n'ont pas compris le message : qu'il fallait marquer une "pause" dans le processus d'élargissement de l'Europe. Et donc, ils ont continué à élargir l'Europe, à un rythme impressionnant :

1995 : Finlande, Suède, Autriche

2004 : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Chypre (sans la partie nord de l'île), Malte.

2007 : Bulgarie et Roumanie (traité d'adhésion signé le 25 avril 2005)

Quinze pays nouveaux en quinze ans ! Un pays nouveau par an en moyenne ! Et tout ça sans la moindre consultation démocratique. Et, en plus, intégrer l'Autriche c'est une chose, intégrer la Roumanie, c'en est une autre. Et, comme si cela ne suffisait pas, Jacques Chirac en remet une couche en rajoutant la Turquie.

En 1992, le peuple de France avait dit d'accord, du bout des lèvres pour le contrat à douze, mais il n'avait sans doute pas signé un chèque en blanc pour une Europe à 27.

C'est peut-être de ça qu'il s'agit au fond. Le peuple a fait confiance aux politiques sur un certain projet, mais là, il trouve peut-être que ça va beaucoup trop vite, et qu'il est urgent de mettre un frein à tout ça. C'est vrai que quand on remet tout en perspective, on se dit que, peut-être, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, et que, si on veut que l'édifice tienne, il faut peut-être prendre un peu plus de temps pour faire ça comme il faut.

Moi, je suis pour le rêve Européen, même à vingt-sept. Le problème vient peut-être du fait que là, tout ça, ça va un peu trop vite.

Pour en savoir plus :
1. Élargissement de l'Union européenne (Wikipedia)
2. Traité de Maastricht (Wikipedia)

5 Comments:

Blogger Patrick said...

Bonne remarque.

Pourtant, pour ce qui concerne les pays dits "de l'est", je pense que la question ne se pose pas vraiment. Ce n'est pas parce qu'ils ont eu le malheur de subir le joug communiste pendant des décennies qu'il faudrait les renier et leur fermer les portes de l'Europe à laquelle ils appartiennent naturellement. Ils ont toujours été européens. Voyez un peu ce qui se passe à Vilnius en Lituanie, ça pourrait être Lyon, Bordeaux ou Copenhague... Ils ont certes été affaiblis par une épreuve terrible que, grâce à Dieu, nous n'avons pas subi nous-mêmes. Mais il serait tout à fait détestable de les brimer encore pour ça. Personnellement, je les accueille très chaleureusement dans l'Europe moderne. Ce n'est pas "Welcome", c'est "Welcome back".

Pour d'autres pays, la Turquie en particulier, là, il y a évidemment question. Et Chirac a eu très grand tord de mêler cette question à celle du référendum...

dimanche, 22 mai, 2005  
Blogger Jack said...

Sans vouloir en aucune façon, brimer certains pays très européens et très catholiques, il faudrait tout de même s’assurer que leur sytème policier et judiciaire, n’est pas resté ce qu’il était sous les communistes (partial et corrompu) ?
Auquel cas il vaudrait sans doute mieux attendre que le ménage soit fait avant de leur ouvrir grand les bras !
Je pense moi aussi, que les réticences des Français pourraient bien venir du trop d’Europe, trop vite, ce que je ressens moi-même d’ailleurs, il faudrait attendre que le ciment sèche avant d’ajouter des étages à la maison Europe, si non on pourrait bien tout prendre sur la g…, nous qui sommes les étages inférieurs.

J’irai voter oui, mais j’irai à reculons.

mercredi, 25 mai, 2005  
Blogger Patrick said...

C'est peut-être un peu vrai, Jack, ce que tu dis au sujet des régimes des pays de l'ex-Est. Quoi que, j'entends que la Hongrie ou la Lituanie ont des régimes très "propres" (plus "propres" que le nôtre ?). Mais d'un autre côté, si les pays de l'ex-Est adhèrent vraiment aux principes de l'Europe tels que stipulés dans le traité, les choses ne peuvent que s'améliorer.

Bien sûr, c'est allé un peu vite. Mais c'est l'histoire qui veut ça. Le soudain démantèlement de l'empire Soviétique a mis tous ces pays aux portes de l'Europe avant qu'on soit tout à fait prêts à les accueillir. Mais voilà, on ne peut pas les laisser en marge. Je me suis trouvé en Pologne juste après le chute de l’Empire… Il cohabitait alors là des systèmes hérités du Soviétisme (par exemple des surveillantes à tous les étages dans les hôtels qui notaient les allées et venues), et une modernité surprenante (ils avaient un réseau de téléphonie mobile bien avant qu’il soit installé en France). Et (presque) partout, un enthousiasme et un espoir palpable. Seuls les ex-provilégiés du régime étaient moins contents… Mais dès cette époque, mon sentiment est qu’ils étaient bienvenus en Europe…

Vois comme les Allemands de l'Ouest n'ont pas hésité à accueillir les Allemands de l'Est à bras ouverts, et sans rechigner au coût de l'opération... Ils ont peiné pendant quelque temps, mais maintenant, les difficultés sont aplanies.

Il y a des moments dans l'histoire où il faut faire sans attendre. Pour l'intégration des ex-Pays de l'Est à la Communauté Européenne, c'est maintenant.

A noter au passage que le vote OUI ou NON ne changera rien à ce sujet !

mercredi, 25 mai, 2005  
Blogger Luc said...

Un pièce de plus à verser au dossier : Dans les ex-pays de l'Est, il y a une dynamique et une croissance très forte. Ca bouillonne presque comme le sud-est asiatique.

Quel "plombier Polonais" aurait envie de venir en France, où la vie est hors de prix et où on se paye un taux de chomage supérieur à 10% ?

Donc, finalement, ces "pays de l'est" qui font peur à certains sont objectivement plus une opportunité qu'une menace, je pense.

mercredi, 25 mai, 2005  
Blogger Jack said...

Cette histoire de plombier polonais devient "gonflante"à la fin, je ne sais pas si tu as remarqué, mais j'abordais un autre aspect de l'Europe que l'aspect économique, pour me situer justement, un peu au-dessus, dans le domaine du droit.
Car pour qu’il y ait une économie, dans une zone civilisée, il faut qu’existe le droit.
(tiens d’ailleurs c’est marrant, la constitution est la base de ce droit et normalement elle définit la manière dont ont « produit » ce droit : c’est la raison du vote).
Il est donc souhaitable que les droits et le garant de ces derniers, la justice donc, fonctionne normalement et de manière assez homogéne justement pour que n’importe quel européen puisse faire des affaires n’importe où en Europe dans des conditions comparables, et qu’un industriel ou un artisan français, par exemple puisse faire des affaires, tiens en Pologne, par exemple aussi, dans de bonnes conditions de sécurité (protection des brevets, règlement des litiges commerciaux, etc...)

Tu vois tous les trucs de droit qui font qu’à la fin on vit tous dans la même communauté en travaillant ensemble, sans frontières.

Dans les pays de l’exbloc communiste, tous les citoyens actifs n’ont connu q’un seul sytème : « la dictature du prolétariat » . Alors même, s’ils ont leur place, de droit dans l’Europe, on peut craindre que le brusque éffondrement du mur de Berlin n’ait pu transformer, d’un coup de baguette magique, une administration et une justice pourrie et corrompue en modèle de vertu.

Ç’est parce que j’ai envie de plus d’Europe, que je pense qu’il y aurait lieu, d’avancer avec un peu plus de prudence en laissant sécher le ciment des étages inférieurs avant d’en ajouter de nouveaux.
Que le NON l’emporte ou le OUI il reste un gros boulot pour harmoniser tout cela, dans les faits et pas seulement dans les textes.
Combien de temps a-t-il fallu pour les Etats Unis d’Amérique, pays vierge au départ ?
Il fallut une guerre civile pour terminer l’unification, si je me souviens bien et combien de temps pour la faire passer dans les faits ? (pour qu’un noir ait les mêmes droits à Atlanta qu’à New York)

jeudi, 26 mai, 2005  

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