Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

mercredi 29 novembre 2006

Une jolie fleur dans une peau de vache ...



... une jolie vache déguisée en fleur. (George Brassens)

Ce dimanche 10 septembre 2006, Ségolène Royal est invitée à la fête de la Rose à Quimperlé, dans le Finistère, et elle accepte de répondre aux questions les militants MJS (Mouvement des jeunes socialistes).

Nolwenn Yven, une jeune militante MJS de 23 ans lui pose la question suivante : "Que penses-tu de l'importance de marquer le clivage droite/gauche pour gagner en 2007 ?", question tout à fait pertinente compte tenu des positions plutôt inattendues de Ségolène Royal sur la carte scolaire, les 35 heures et le fait de confier les jeunes délinquants à des militaires.

Et là, comme cette question touche un point visiblement très sensible, on assiste à un "assassinat" en direct de la jeune Nolwenn. Avec toute sa superbe d'énarque, du haut de sa tribune, Ségolène va humilier publiquement cette jeune militante de 23 ans, qui avait osé prendre la parole pour lui poser une telle question. Alors que, normalement, Ségolène Royal aurait dû répondre simplement et directement à cette question.

Le plus simple, c'est que vous vous en rendiez compte de vous même en visionnant la vidéo ci-dessus.

« Ce n'était peut-être pas nécessaire de m'humilier d'une façon aussi cassante », murmurera Nolwenn en quittant la fête de la Rose le coeur gros, elle qui vient de recevoir une fessée en public.

Et puis, ayant réalisé qu'elle s'était laissée aller à révéler son vrai visage de femme cassante et impitoyable, et devant le scandale provoqué par cette humiliation publique, Ségolène Royal a essayé de recoller les morceaux. Le lundi suivant, depuis l'Italie, elle a appelé par téléphone Nolwenn pour lui présenter ses excuses. "Je lui ai dit que si elle s'est sentie humiliée, je le regrette, parce que ce n'était pas du tout l'objectif, et je m'en excuse", a expliqué Ségolène Royal.

Selon elle, c'est "respecter les jeunes que leur répondre avec la même tonicité." Ben voyons !

Pour en savoir plus :
1. Ségolène Royal dialogue avec une militante MJS (Le Nouvel Obs)
2. Les réactions (Le Nouvel Obs)
3. Cambadélis veut rappeler Royal à l'ordre (Le Nouvel Obs)
4. Les excuses de Ségolène Royal à Nolwenn (Le Figaro)

Le dossier Ségolène Royal :
1. Le populisme de Ségolène Royal (Chez Luc - 12 octobre 2006)
2. Les jurys populaires de Ségolène Royal (Chez Luc - 25 octobre 2006)
3. Ségolène Royal s'en prend aux profs (Chez Luc - 12 novembre 2006)
4. L'investiture de Ségolène Royale : l'erreur fatale du PS (Chez Luc - 18 novembre 2006)

Crédit vidéo : segolene2007

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10 Comments:

Blogger Eugénie Grandet said...

Une tout autre analyse ici (que je partage) :
http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=432

Un large extrait :

"Les images de la Nolwenn, dans le contre-champ, sont très claires, comme le propos : prenons sa question : « Que penses-tu de l’importance de marquer le clivage gauche-droite pour gagner en 2007 ». Première hypothèse : c’est une vraie question. Vraiment ouverte, à laquelle on pourrait également envisager une réponse par oui ou par non. ‘Non, je pense qu’il n’est pas important de marquer le clivage Gauche-Droite pour gagner les présidentielles’ : aucune personnalité politique de gauche, comme de droite, ne peut raisonnablement et en l’état actuel de la vie politique française faire une réponse pareille. Totalement invraisemblable, donc.

Donc ce n’est pas une vraie question. C’est un piège, une fléchette dans le front, une perche, un croche-pied, comme vous voulez : il s’agit de faire trébucher Ségo sur la question de son propre positionnement sur l’échiquier Gauche-Droite ; il s’agit non pas d’une question mais d’une petite assertion agressive, qu’on pourrait traduire par : « tu brouilles le clivage Gauche-Droite », ou même : « Tu es trop à droite pour être notre candidate ». Une affirmation qui se déguise en question, c’est un trope communicationnel, une petite embrouille ; si dedans il y a du fiel un peu, c’est une stragégie guerrière, oh de bonne guerre, c’est la guerre rhétorique, qui a tout à fait sa place dans un meeting politique, il n’y a que des blessés légers, les munitions ne sont qu’argumentatives et quand chacun joue le jeu c’est stimulant et ça peut même faire avancer le Schmilblick.

Donc le scénario est le suivant : en posant une fausse question qui est en réalité une petite agression, Nolwenn a sorti son révolver. Ségo a très bien compris : elle dit vas-y, ouvre le feu. Tire la première. Montre moi tes munitions. Les interventions de Ségo, les « tu as un doute ? », les « c’est-à-dire ? », ce sont autant d’invitations à tirer, on pourrait les traduire par : ‘qu’est-ce que tu trouves trop à droite chez moi ?’. En rhétorique, c’est un moment maïeutique, où l’un des deux adversaires accouche l’autre de son argumentaire. Comme il ne vient pas, Ségo va même lui filer des munitions en douce : « tu es sure que tu ne veux pas parler des militaires ? ». Et Nolwenn ne saisit même pas la balle au bond. Elle pourrait, mais au lieu de ça elle s’écrabouille mollement.

Voilà : Nolwenn est montée au front sans l’ombre d’une munition. Elle sèche, elle n’arrive pas à tirer, et ne récupère même pas la balle envoyée charitablement par Ségo. Nolwenn est ridicule, elle a voulu jouer à la guerre, sans l’équipement ni le cran qui vont avec. Elle n’a aucune excuse : militante au MJS, elle a assez de culture politique pour assurer dans ce genre de circonstances, et l’âge n’y est pour rien. Il suffirait de deux phrases à Nolwenn pour avoir le public avec elle, sans doute nombreux à penser que Ségo est trop à droite, ce qui compense le dispositif de la tribune qui donne le pouvoir à Ségo. Ségo n’y est pour rien si Nolwenn ne sait pas jouer. Son sourire n’est pas cassant ; il est amusé, peut-être même maternel, vas-y ne te laisse pas impressionner, et féministe oui : ce n’est quand même pas parce que tu es une jeune femme que tu n’oses pas m’agresser, se souvient la Ségo, qui revoit ses vingt-trois ans, son bagout et sa détermination de jeune femme. Mais Nolwenn est en dessous de tout. Que va-t-elle chercher dans le regard du gars qui la jouxte ? Des idées ? De l’audace ? Des arguments ? Quand on n’a pas de munition, on ne montre pas son révolver. On pose une vraie question au lieu de tenter un trope communicationnel dont on n’assumera pas les conséquences - c’est glissant, un trope."

mercredi, 29 novembre, 2006  
Blogger Erwan said...

... pour le coup, je ne la trouve pas "humiliée", la Nolwenn !

.. et je te trouve un peu dur en parlant de "[la] superbe d'énarque" de Ségolène...

Pour un jeune, c'est facile de se plaindre sur le ton du "tous pourri", "y'a rien a faire", "y'a pas d'avenir", et là, la Ségolène elle demande des exemples concrets pour y répondre concrètement; elle se place justement là où ne sont plus les énarques dans leur superbe, dans les problèmes du quotidiens, avec des réponses pour des problèmes précis, analysés, des questions de tous les jours.

Nous, les vieux (plus de 23 ans, j'entends) on sait que tout ne se résoud pas d'un coup, que ce n'est pas une personne, un nouveau président ou un parti qui va faire que d'un coup tout sera merveilleux (j'ai failli écrire rose !)

Non, les choses évoluent une par une, en améliorant petit à petit les problèmes existants.

Alors non, poser la question d'un "clivage de manière globale", c'est pas constructif; cette Nolwenn veut absolument relancer ce que toi, Luc, combat de tous tes posts : le monde binaire Ségo-Nico.

Et la ségo, elle ne veut pas aller sur ce terrain là (pour cette intervention, en tous cas) et elle veut proposer du concret.

Je ne trouve pas la leçon de politique humiliante, ni le ton cassant, c'est constructif et éducatif.

Erwan

mercredi, 29 novembre, 2006  
Blogger Julien said...

C'est vrai que tu es un peu dur. La question de NolWen est une question des MJS qui me semble-il n'était pas très respectueux également avec Royale...

mercredi, 29 novembre, 2006  
Blogger Jack said...

Je ne suis donc pas le seul à penser que la question n'étant pas amicale : il s'agit d'une réunion de socialistes, n'est pas ? Il ne faut pas s'étonner que la réponse ne le soit pas (amicale).

Poser une question piège à l'orateur dans une assemblée demande un minimum de réflexion est de préparation, cette jeune militante est décidément un peu lège...

Ségolène semblait tout de même prendre du plaisir à la casser, l’humilier publiquement: et çà c'est vil et idiot en plus ; elle s’est fait pas mal d’ennemis en quelques minutes ; politiquement contre productif donc.
J’étais très mal à l’aise en regardant cette vidéo.

La supériorité intellectuelle ne donne pas le droit d’écraser les inférieurs, surtout lorsque l’on est candidat à la magistrature suprême d’un parti dit de gauche : l’absence de mépris s’impose.

Le moule énarque sans doute, chassez le naturel... Il y a du Jupé dans la posture.

mercredi, 29 novembre, 2006  
Blogger Betty said...

Et bien Luc, ça ne te ressemble pas de nous ressortir les vieux sujets d'actualité déjà longuement commentés par les médias (qui en on tous fait des tartines sur le sujet) Elle te manquait tant que ça Ségoléne ? ;-)

Une petite remarque en passant : Dès qu'elle bouge une mèche (la Ségoléne) elle a le droit à sa photo sur ton Blog par contre les autres ils peuvent tout dire tout faire... rien ne leur vaut l'honneur du blog de Luc !! (pourtant Nico et Jean-Marie,eux, ils s'agitent, ils s'agitent et en sortent de bien bonnes...)

jeudi, 30 novembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Eugénie Grandet : Oui, j'avais lu cet argumentaire. Mais pour moi il ne tient pas une seconde. Bien sûr que la question posée par Nolwenn est une question difficile. Mais c'est une question difficile parce que c'est une vraie question. Il n'y a aucun piège là dedans, il n'y a pas à mon sens de notions de "munitions" (à part celles dont a usées Ségolène Royal en tir de barrage contre la pauvre Nolwenn). Et pour bien souligner ce que je veux dire ici : imagine une seconde que cette question - tout à fait légitime - ait été posée à Ségolène Royal par Patrick Poivre d'Arvor lors du 20 heures de TF1 au lieu de la petite Nolwenn à Quimperlé. Quelle aurait alors été la nature et la forme de la réponse de Ségolène Royal ?

Je te laisse réfléchir là dessus ...

jeudi, 30 novembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Erwan, Julien, Jack & Betty : Plusieurs choses. Je suis (comme beaucoup) de droite et de gauche. Il y a des valeurs plutôt de gauche que j'aime : l'humanisme, l'habeas corpus, la solidarité. Il y a des valeurs plutôt de droite que j'aime : le courage, l'honneur, la liberté. Mais il y a une qualité qui a peut-être plus de prix que tout le reste à mes yeux : c'est la franchise et la sincérité.

Je ne peux pas supporter Mitterrand, mais, quand il a dit avant les élections qu'il était contre la peine de mort, j'ai eu le sentiment que c'était une conviction sincère.

Quand Nicolas Sarkozy s'exprime, j'ai le sentiment que lui aussi ça vient du coeur, qu'il est franc du collier.

Mais Ségolène, elle, ma perception c'est qu'elle est tout sauf franc du collier justement. Et ça, je dois dire que ça me pose problème.

Ceci dit, entre Nico et Ségo, je voterai pour celui qui signera le Pacte écologique de Nicolas Hulot. A côté de l'avenir de notre planète, tout le reste me semble bien futile ...

P.S. pour Betty : Jean-Marie qui ? ;-)

jeudi, 30 novembre, 2006  
Blogger Jack said...

Fais quand même attention Luc, il me semble que ces derniers temps tu vires à gauche, normalement en vieillissant on vire plutôt facho, çà doit être un signe de rajeunissement. ;>))

C’est vrai qu’on a du mal à croire à la sincérité du personnel politique en général et personnellement j’ai encore du mal à distinguer le ou la plus sincère.

Mais peut-être est-ce comme pour la part de gauche et de droite dans le jugement de chacun d’entre nous, la sincérité tout le temps c’est impossible pour un politique... comment plaire à tout le monde ?

Je n’ai pas arrêté mon choix à l’avance, un grand nombre de changements dans ce pays sont necessaires, qui peut y réussir le mieux : c’est la question qui nous est posée, espérons que la campagne qui commence nous permettra de former un jugement.

jeudi, 30 novembre, 2006  
Blogger Betty said...

@ Luc : mais pourquoi quand je lit tes réponses j'ai toujours un grand sourire....

Pour l'autre affreux, tu as raison je ne peux plus dire son nom sinon j'ai la nausée toute la journée. Mais je n'occulte pas car je me souviens de la dernière élection et je n'ai pas envie de revivre la même chose. Alors je le dit autour de moi... pour réveiller les consciences !

vendredi, 01 décembre, 2006  
Blogger Patrick said...

@Betty : Prépare donc un stock d'Alka-Seltzers, car le Jean-Marie, il sera au second tour... Je ne vois vraiment aucune raison qu'il n'y soit pas - qui au premier tour fera mieux que ses 20% à droite ? - à moins qu'il ne casse sa pipe entretemps, évidemmment...

samedi, 02 décembre, 2006  

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