Chez Luc (brèves de comptoir)

"Chez Luc", le bar où l'on peut venir bavarder ensemble à propos des choses qui fâchent, ou qui réjouissent, ou qui émeuvent ... Je vis près d'Avignon, en Provence. J'ai trois bons copains qui viennent au bar pour nous raconter la dernière du jour : Jack, de Belinto en Provence, Patrick, d'Audierne en Bretagne, et Philippe, de Piriac en Bretagne du sud (qu'on appelle aussi "Pays de Loire").

Les auteurs (le patron et les habitués)

Photo Luc

Luc, Avignon

Photo Padraig

Padraig, Audierne

Photo Jack

Jack, Belinto

Photo Philippe

Philippe, Piriac

lundi 3 décembre 2007

La traversée du désert de François Bayrou

Bayrou.jpg

Dimanche, François Bayrou s'est fait élire président du MoDem (Mouvement démocrate) avec le score quasi soviétique de 96,8 %, sur les 3.933 votants présents au congrès. Puis il a regardé la salle, et il s'est trouvé bien seul. Les seuls soutiens qui lui restent sont Jean Lassalle (qui s'est remis de sa grève de la faim), Patrice Carmouze et ... Patrick, bien sûr ! Quoique, on remarque que Patrick se met à présent à écrire des articles dithyrambiques sur notre président bien-aimé ... A-t-il toujours sa carte du MoDem ?

Donc François Bayrou se retrouve bien seul. Le dernier à avoir lâché Bayrou, c'est Jean-Marie Cavada qui va rejoindre un président de la République «qui fait bouger la France».

Lors des élections présidentielles, François Bayrou a récolté au premier tour 18,6 % des voix. Le drame, c'est qu'il a cru que ce vote était pour lui, sans comprendre qu'il s'agissait là d'un vote "ni ni". En fait il avait engrangé les voix des électeurs de gauche qui ne voulaient pas de Ségolène Royal pour des raisons évidentes, et des électeurs de droite apeurés par la campagne anti-Sarkozy menée par la gauche et une partie de la presse.

Ce score de 18,6 % des voix est monté à la tête de François Bayrou. Il a voulu absolument monter un débat télévisé entre les deux tours avec Ségolène Royal, ce qui, pour un perdant au premier tour est quand même une première tout à fait inédite.

Et on vient d'en apprendre une bien bonne. Ségolène Royal, sentant que tout était perdu, a voulu rencontrer François Bayrou pour lui proposer d'être son premier ministre en cas de victoire (sans consulter qui que ce soit au PS, comme à son habitude). Et elle a voulu le faire le 3 mai au matin, afin de pouvoir l'annoncer en direct live lors de son débat télévisé avec Nicolas Sarkozy. Alors, vu que les téléphones portables ne sont pas sûrs, elle décide de faire cette proposition face à face. Elle se rend donc Rue Cler, dans le 7ème arrondissement, en bas de l'immeuble où était François Bayrou. Elle l'appelle depuis sa voiture et demande à monter pour le voir chez lui. Et lui, il répond : "'Non , non, ne montez pas, il y a du monde dans la rue." Commentaire de Ségolène Royal dans son livre à paraître mardi : J'ai François Bayrou au téléphone. Il est là haut chez lui et moi, je suis en bas dans la voiture. Je n'en reviens pas. Au dernier moment, François Bayrou refuse de me recevoir. Comme un amoureux qui craint la panne ou comme un adultère risqué.

Ségolène Royal a tout compris en un éclair : François Bayrou, c'est un amoureux qui craint la panne. Comme nous avons de fidèles lectrices, je ne rendrai pas cette métaphore plus explicite ...

Comme je l'ai écrit le lendemain des élections présidentielles, nous avons assisté en direct au suicide politique de François Bayrou. Ceci s'est confirmé lors des législatives, où Bayrou n'a remporté que 7,6% des voix au premier tour, et seulement trois sièges au deuxième tour !

François Bayrou, comme prévu, entame sa traversée du désert ... Je peux vous prédire sans grand risque que les municipales de l'an prochain ne vont pas être glorieuses pour le Minitel Modem. (Il aurait dû l'appeler l'ADSL, son parti. Ca aurait fait plus moderne !)

Pour en savoir plus :
1. François Bayrou élu président du MoDem avec 96,8 % des votants (AFP)
2. Bayrou au centre de nulle part (Le Figaro)
3. A son tour, Jean-Marie Cavada lâche Bayrou (Libération)
4. Bayrou détruit par ses ex-amis (Libération)
5. Bayrou à Royal: "Non, ne montez pas, il y a du monde dans la rue" (Rue 89)
6. A propos des perdants de l'élection présidentielle (Chez Luc)

Crédit photo : AFP

13 Comments:

Blogger Patrick said...

Traversée du désert. Pendant la traversée, il n'y a pas grand chose à en dire, sauf que c'est quelque peu pénible pour l'intéressé comme pour ses supporters.

Pourtant, le concept même de "traversée du désert" implique une sortie glorieuse, un renforcement, une détermination plus grande. Aussi, dans le désert, on ne se salit pas. Au contraire, on acquiert une âme plus pure.

Sinon, on parlerait plutôt d'un enterrement. Pour François, personne ne parle d'un enterrement, mais bien de l'épreuve initiatique de la traversée du désert...

Donc mon François traverse le désert, et je lui souhaite tout le courage nécessaire. Car la France aura peut-être besoin de lui dans quelques années...

lundi, 03 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Avec son modeste 96,8 % ("score quasi soviétique", lis-je), François fait petit jeu en comparaison des 98,09 % obtenus par Nicolas le dimanche 14 janvier 2007 au congrès de l'UMP...

Mais là, évidemment, les amis de Nicolas n'y perçoivent absolument rien de "soviétique" !

lundi, 03 décembre, 2007  
Blogger apollo said...

en tout cas, les électeurs qui ont voté bayrou parce que contrairement aux autres, lui ne se laissait pas aller à des machinations politiciennes et qu'il n'était pas comme les autres etc doivent bien déchanter
Plus dure est la chute!

A force de vouloir créer un parti qui ne sert que son destin personnel au détriment des responsabilités, forcément on finit par se retrouver seul.

mardi, 04 décembre, 2007  
Blogger Julien said...

Score quasi soviétique en effet. Mais rappelle moi... Qui est à la tête de l'UMP aujourd'hui ? Sarko non ? Il n'a même pas voulu céder sa place; de peur de laisser de l'air pour un concurrent éventuel...

mardi, 04 décembre, 2007  
Blogger Betty said...

@ Luc : je te trouve bien méprisant à l'égard des centristes. Il y a tjs eut un partie centriste en France. Minoritaire certes mais qui existe depuis bien longtemps ! Et si ils ne votent ni à gauche ni à droite c'est justement pcqu'ils sont AU CENTRE !!
Je trouve que ton analyse du vote Bayrou est bien simpliste et occulte totalement l'existance d'un courant centriste. Comme aimerait le faire Sarko d'ailleurs !

mardi, 04 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

Tirer sur les ambulances c'est pas très fairplay, en plus ça fait de la peine inutilement aux nouveaux adhérents du modem, bref c'est pas chic Luc...et ça ne te ressemble pas.

mardi, 04 décembre, 2007  
Blogger Luc said...

"Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port."


Oui mais voilà : Bayrou n'est pas Le Cid !

@ Betty : Tu as raison. Le vote Bayrou n'était évidemment pas qu'un vote "ni ni", il y avait aussi dedans le vote des centristes véritables. Simplement, je ne pense pas que les 18,6% des voix qu'il a rassemblé sur son nom n'étaient que des votes centristes. Le vote des législatives l'a bien confirmé, d'ailleurs.

Je ne méprise en rien ni le vote centriste, tout à fait respectable à mes yeux, ni François Bayrou, que je trouve sympathique la plupart du temps. Simplement, je persiste à dire que, de par le comportement politique qu'il affiche depuis qu'il est arrivé troisième au premier tour des présidentielles, il est en train de se suicider politiquement. Et je trouve ça plutôt pathétique, à vrai dire.

Alors, je suis d'accord avec Jack : "ce n'est pas chic". Sans doute. Mais, quand on est un homme politique de premier plan, on s'expose de fait aux critiques des uns et des autres.

Et, même les plus chics d'entre vous devront forcément reconnaître que, plus ça va, plus Bayrou se retrouve tout seul. Même Azouz Begag jette l’éponge ! C'est vous dire où on en est !!!

Quand François Bayrou a pris le contrôle de l'UDF, en 1998, c'était un grand parti centriste qui avaient 77 députés à l'Assemblée Nationale. Aujourd'hui, ils sont 3.

"Nous partîmes 77; mais par un prompt effort
Nous nous vîmes trois en arrivant au port."

mardi, 04 décembre, 2007  
Blogger Jack said...

T'as raison Luc, et c'est aussi pourquoi "c'est pas la peine d'en rajouter..."

mercredi, 05 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

En relisant cette histoire d’entretien "forcé" et poliment refusé rue Clerc, je suis un peu choqué de constater qu'on se gausse de l'attitude de M. Bayrou, qui est tout simplement resté fidèle à sa position qui était de ne pas se compromettre avec qui que ce soit...

Il semble que, de nos jours, il n'est de louanges que pour les traîtres, renégats, girouettes et retourneurs de vestes en tous genre ! Les purs sont immanquablement l'objet de toutes les moqueries !

Drôles de valeurs !

jeudi, 06 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

Et j'ajoute pour finir que François a eu le tact de ne pas raconter lui-même cette histoire peu reluisante pour Ségolène.... Un mec bien, en somme...

jeudi, 06 décembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Patrick : François Bayrou tout à fait "un mec bien", et qui sait se tenir.

Je suis tout à fait d'accord avec toi là dessus.

Tête de mule, mais "bien".

jeudi, 06 décembre, 2007  
Blogger Patrick said...

A propos de la rue Cler, l'égérie Rachida que Nicolas entend parachuter aux municipales dans le 7ème arrondissement de Paris, a fait une bourde : Dans une réunion publique, elle a évoqué sont grand attachement pour la rue de Cler...

vendredi, 07 décembre, 2007  
Blogger Luc said...

@ Patrick : Hé hé hé ... Tu as tout à fait raison ! D'ailleurs, tu sais ce que je pense de Rachida Dati.

lundi, 10 décembre, 2007  

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